JFHOD

CO.071 - Résultats du traitement endoscopique des cancers colorectaux T1 dans une cohorte multicentrique française

F. Corre, M. Barret, J.P. Ratone, J. Albouys, E. Chabrun, J.M. Canard, T. Wallenhorst, M. François, R. Gérard, J. Jacques, B. Terris, R. Coriat, S. Chaussade

Introduction

Les progrès de ces dernières années en endoscopie thérapeutique permettent de traiter les cancers colorectaux (CCR) superficiels avec une faible morbidité et une mortalité quasi-nulle. Cependant, pour les cancers infiltrants la sous-muqueuse (T1), le risque d’envahissement ganglionnaire est de l’ordre de 10%. L’absence de certains critères histologiques rappelés dans les recommandations de l’ESGE et de la SFED (infiltration de la sous muqueuse >1000µm, présence d’emboles veinolymphatiques, budding grade 2-3, faible grade de différenciation) permettent en cas de résection R0 de prédire un risque ganglionnaire très faible, et donc de s’affranchir de la chirurgie de résection colorectale avec curage ganglionnaire. L’objectif de cette étude était de déterminer le résultat de la chirurgie complémentaire des CCR T1. 

Patients et Methodes

Nous avons recueilli prospectivement tous les patients ayant eu une mucosectomie ou une dissection sous-muqueuse pour un CCR T1 dans huit centres experts français et inclus 223 patients entre mars 2012 et juillet 2019. Tous les patients ont eu leur dossier présenté en réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP). Les données démographiques, cliniques, endoscopiques, histologiques et les décisions de RCP ont été recueillies. L’objectif de cette étude était d’évaluer les résultats de la chirurgie complémentaire après résection endoscopique d’un CCR T1.

Résultats

L’âge moyen ±DS des patients était de 70,9 ± 11 ans. Les lésions étaient coliques (51,1%) et rectales (48,9%). Près de la moitié des patients ont eu une dissection sous-muqueuse. Une indication de chirurgie complémentaire était posée en RCP chez 56,4% des patients et une surveillance simple chez 43,6% des patients. Nous disposons des données chirurgicales et histologiques pour 76 patients (35.5% de rectums et 64.5% de colons). 3 patients ont été opérés alors qu’ils n’avaient aucun critère histologique péjoratif et l’examen de la pièce opératoire ne retrouvait pas d’envahissement ganglionnaire. Parmi les 73 patients qui avaient une indication opératoire selon les critères de l’ESGE/SFED, 60 (82.2%) avait une pièce blanche malgré l’existence d’un cancer peu différencié, d’un budding de grade 2-3, d’emboles veinolymphatiques ou d’un envahissement sous-muqueux profond. 7 (9.6%) patients avaient un résidu local tumoral dont 5 avaient une résection R1 histologique. 12 (16,4%) patients avaient un envahissement ganglionnaire dont 9 avaient une invasion sous-muqueuse profonde qui était pour tous >2000 µm. 5 de ces patients avaient un contingent mucineux au sein du cancer. 10 n’avaient qu’un seul critère histologique péjoratif. Si le seuil d’envahissement sous-muqueux avait été de 2000 µm sans autres critères histologiques péjoratifs, 7 (9.6%) chirurgies auraient pu être évitées sans majoration du risque d’envahissement ganglionnaire. 

Discussion

Conclusion

L’utilisation des critères histologiques recommandés par l’ESGE et la SFED pour poser l’indication d’une chirurgie complémentaire après la résection endoscopique d’un CCR T1 retrouve dans 82% des cas une pièce opératoire blanche. Repousser le seuil de l’extension sous-muqueuse jusqu’à 2000 µm associée à l’absence de critères qualitatifs défavorables pourrait permettre de diminuer le nombre d’indications chirurgicales sans augmenter le risque ganglionnaire. Il est nécessaire d’identifier d’autres critères histopronostiques afin d’éviter des chirurgies inutiles.

Remerciements