JFHOD

P.336 - Retrouver pour les guérir les patients porteurs d'une hépatite chronique C en rupture de suivi : étude REACTI'VHC

J.M. Combis, H. Mendaille, G. Bonnaud

Introduction

L’infection par le virus de l’hépatite C (VHC) est volontiers asymptomatique mais suppose un potentiel évolutif grave, hépatique (cirrhose/carcinome hépatocellulaire) ou extra-hépatique.

Peut-être du fait du caractère silencieux de cette pathologie, l’observance des patients aux préconisations  de suivi est régulièrement mise à mal.

En référence aux objectifs définis par l’AFEF d’élimination de l’hépatite C en 2025, il convient d’amener au traitement un maximum de patient infectés par l’hépatite C.

L’objectif de l’étude était de mettre en place un screening de la file active de patients porteurs d’une hépatite chronique C, afin de détecter les patients perdus de vue et de leur proposer la prise en charge de leur pathologie.

Patients et Methodes

Les patients ayant été suivis pour une hépatite C dans notre centre entre 1994 et 2016 étaient inclus dans cette étude rétrospective mono-centrique, à l’exception des patients de plus de 85 ans, des patients adressés uniquement pour un fibroscan et de ceux confiés à une autre équipe médicale. Les patients pour lesquels l’éradication du VHC n’était pas validée étaient contactés par voie téléphonique ou à défaut par courrier. Etaient considérés comme perdus de vue (PDV), les patients non revus en consultation depuis plus de 14 mois.Les caractéristiques des PDV étaient comparés aux non perdus de vue (NPDV). Après information délivrée par une infirmière d’éducation thérapeutique sur l’actualité de l’hépatite C (nouveaux traitements, complications de l’hépatite C), un rendez-vous de consultation était proposé. La réponse à la proposition de prise en charge était rapportée. Le temps de travail de screening de la cohorte ainsi que la durée des appels téléphoniques étaient mesurés afin d’obtenir des données médico-économiques.

Résultats

1733 patients porteurs du VHC ont été pris en charge entre 1994 et 2016. 761 (44%) de ces  patients ont à ce jour été inclus dans l’étude. Les résultats sur l’ensemble de la cohorte seront disponibles en décembre 2019 et présentés en mars 2020. Sur ces 761 patients, 293 (38,5%) étaient en rupture du suivi préconisé et recontactés. Les patients PDV étaient majoritairement des hommes (55,6%), 56,7 ans d’âge moyen. 58 patients (20%) avaient une fibrose sévère supérieure ou égale à F3. La répartition par génotype était la suivante : 46% G1, 7,5% G2, 10% G3, 7% G4, 29% autre ou essentiellement non déterminé. 181 patients (61,4%) étaient naïfs de tout traitement, 81 patients en échec d’un précédent traitement (30% PEG interféron, 68% PEG/RIBA, 1% PEG/Riba/Télaprévir), 21 patients (10,4%) n’étaient pas revenus en consultation alors qu’ils étaient en cours de traitement ou en attente de RVS 12. Par rapport au groupe de patients suivis, les PDV étaient plus souvent des hommes (55,6% vs 46,2%, p< 0,05), et avaient une fibrose moins sévère, inférieure ou égale à F2 (61 % vs 42%, p < 0,05). 62 patients (21%) ont pu être joints par téléphone, les autres (226) ont par défaut bénéficié de l’envoi d’un courrier (sauf 2 qui n’avaient aucune coordonnée). Seuls 11 (4,87%) des ces derniers ont répondu. De ces 73 patients pour lesquels le statut a été mis à jour, 33 (45%) étaient guéris, 5 (7%) étaient décédés, 5 (6,9 %) était en cours de traitement dans un autre centre, 30 (41%) étaient éligibles à un traitement par AAD (22 naïfs/8 en échec de précédent traitement).  6 patients ont refusé un rendez-vous. 3 patients rappelleront. 21 patients ont initié un traitement ou sont en cours de bilan pré-thérapeutique. Le taux de RVS sera disponible lors des JFHOD 2020. 60,2 heures de travail ont été nécessaires à l’IDE ETP (44,7 h pour le screening et 15,5 h pour le téléphone) soit une moyenne de 17 dossiers de patients évalués par heure. En considérant le coût horaire d’une IDE de 20,5€, le coût par patient traité était de 58,8 €.

Discussion

Conclusion

Cette étude souligne le nombre important de PDV dans une cohorte de patients infectés par le VHC générant de fait un risque évolutif manifestement négligé par les patients. Le problème de l’information délivrée et de son intelligibilité en est le corollaire et plaide pour l’implication dans la démarche de soin d’un programme d’éducation thérapeutique. Le screening de la cohorte de patients ayant un jour consulté pour une infection par le VHC est plus efficace que le dépistage en population générale et permet d’amener un nombre important de patients au traitement, au prix d’un surcoût acceptable. Toutefois, la perte de contact, possiblement par mobilité géographique reste un frein majeur à cette démarche et des solutions permettant de retrouver ces patients devront être imaginées (collaboration avec l’assurance maladie par exemple). La systématisation de cette approche pourrait s’inscrire dans une stratégie de micro-élimination contribuant ainsi à l’objectif d’élimination de l’hépatite C.

Remerciements

Abbvie a apporté son support pour le suivi, l’analyse des données et le financement de l’étude. Le CREGG (club de réflexion des cabinets et groupes d’hépato-gastroentérologie) a fourni son soutien organisationnel.