JFHOD

CO.151 - Risque d'incontinence anale selon les différents types de rapports sexuels anaux : enquête chez 24 308 hommes ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes

A. Garros, M. Bourrelly, M. Mora, A. Sow, L. Abramowitz

Introduction

La problématique des risques de la pénétration anale réceptive (PAR) sur les fonctions ano-rectales est régulièrement abordée en consultation. Les données de la littérature sont pauvres et discordantes et ne tiennent pas compte de l’hétérogénéité des pratiques. Notre objectif principal était de déterminer la prévalence de l’incontinence anale (IA) sur une population d’homme ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (HSH) et pratiquant la PAR par une enquête en ligne. Nos objectifs 2aires étaient d’établir la prévalence de la dyschésie et de chercher des sous-groupes à risques de dysfonctions ano-rectales.

Patients et Methodes

1. Une enquête en ligne « Rapport Au Sexe » menée par Santé Publique France (SPF) entre le 16/02 et le 31/03/19 a sondé 24308 HSH. Les données recueillies comprenaient des données démographiques, de sexualité et la réponse à la question suivante : « Durant le dernier mois, vous est-il arrivé d'avoir des fuites involontaires de selles ? » définissait l’IA.  SPF a mis à notre disposition une partie des résultats.

2. Un 2nd questionnaire plus complet sur les pratiques sexuelles et les fonctions ano-rectales a été proposés aux 1831 HSH ayant répondu avoir une IA. 

Résultats

1. Chez les 13020 HSH ayant déclaré avoir pratiqué une PAR au cours du dernier mois, une IA a été retrouvée dans 9.17% des cas (1181 sujets) contre 5.6% chez ceux sans PAR sur la même période. Parmi ces 13020 sujets, il y avait 21.8% de sujets ≥ 50 ans dans le groupe IA contre 15.1% dans le groupe sans IA. Les facteurs significativement associés à l’IA étaient : endettement (19.2 vs 8.8%), infection par le VIH (21.4 vs 8.1%), infection sexuellement transmissible autre dans l’année (25 vs 14%), chemsex (22.3 vs 8.2%), fist (20.1 vs 8.4%), pratique « hard » (20.6 vs 8.5%).

2. Parmi les 1831 répondants avec IA, 83 ont complété le 2nd questionnaire et pratiquaient la PAR. Le score de Jorge & Wexner (SJW) moyen était de 6.3/20 et 19.3% des répondants présentaient une IA sévère (SJW ≥ 10/20). Dans ce groupe, 21.7% ont déclaré un antécédent de traumatisme anal (viol, empalement…), 57.8% avoir du mal à évacuer les selles ou l’impression d’évacuer incomplètement le rectum lors de l’exonération, 42.2% faire des lavements ou utiliser des suppositoires pour déclencher l’exonération, 30.1% avoir pratiqué au moins occasionnellement le fist, 32.5% avoir pratiqué des PAR successives par plusieurs partenaires, 26.5% avoir pratiqué la PAR double et 60.2% avoir pratiqué la PAR avec un godemichet.  Les répondants ≥ 50 ans (31.3%) avaient une IA sévère plus souvent que les autres (26.9 vs 15.8%).

Discussion

Conclusion

Cette première étude, avec ces biais et l'absence de groupe contrôle, semble confirmer l'augmentation du risque d'incontinence anale en cas de pratiques sexuelles anales réceptives à risque (fist, chemsex, autres pratiques « hard »). Cette étude suggère également l'existence d'une modification globale des fonctions ano-rectales chez les HSH pratiquant la PAR avec une prévalence élevée de troubles dyschésiques, indépendement d’une incontinence anale.

Remerciements

Santé Publique France, unité Santé Sexuelle : N.LYDIE, A.VELTER, L.DUCHESNE 

Groupe de Recherche En Proctologie (GREP)