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CO.64 - Risque nutritionnel et tolérance de la chimiothérapie chez les patients atteints de cancer colorectal métastatique : résultats d’une étude multicentrique prospective de l’AGEO

C. Gallois, A. Lièvre, C. Bourillon, E. Auclin, P. Artru, D. Vernerey, T. Lecomte, C. Locher, L. Marthey, Y. Zaimi, R. Faroux, S. Pernot, M. Barret, J. Taïeb

Introduction

Le score « Patient-Generated Subjective Global Assessment » (PG-SGA) est considéré comme une évaluation nutritionnelle de référence en cancérologie. Nous avons montré dans deux études rétrospectives que le « Nutritional Risk Index » (NRI), simple d’utilisation, et la sarcopénie, semblaient être associés à la toxicité de la chimiothérapie et à la survie chez les patients atteints d’un cancer colorectal métastatique (CCRm). Les objectifs de cette étude étaient de comparer le NRI et l’évaluation de la sarcopénie au PG-SGA dans leur capacité à prédire la tolérance de la chimiothérapie, la survie sans progression (SSP) et la survie globale (SG) chez des patients atteints de CCRm en début de prise en charge.

Patients et Methodes

Cette étude observationnelle prospective, multicentrique, a inclus des patients atteints de CCRm non encore traités. Les données démographiques et oncologiques et l’évaluation nutritionnelle par le PG-SGA, le NRI et la mesure scannographique du « Skeletal Muscle Index » (SMI), étaient collectées au début de la chimiothérapie de première ligne (J0) et à 2 mois (J60). La sarcopénie était définie par le SMI < 43 cm2/m2 chez l’homme avec un indice de masse corporelle (IMC) < 25 kg/m2, < 53 cm2/m2 chez l’homme avec un IMC > 25 kg/m2 et < 41 cm2/m2 chez la femme indépendamment de l’IMC. Les toxicités de la chimiothérapie étaient évaluées selon le NCI-CTC version 4.0 durant les deux premiers mois de traitement. Les données de SSP et de SG étaient estimées selon la méthode de Kaplan-Meier. Des analyses univariées et multivariées selon le modèle de Cox étaient réalisées afin de rechercher les facteurs à J0 indépendamment associés à la toxicité cliniquement significative de la chimiothérapie (de grade ≥ 2), la SSP et la SG. La SSP et la SG étaient également évaluées selon l’évolution entre J0 et J60 de l’état nutritionnel évalué par ces différents paramètres.

Résultats

169 patients ont été inclus dans huit centres français entre juillet 2013 et novembre 2016, avec un âge médian de 70 ans, 56% d’hommes, 82% avec plus de 2 sites métastatiques. A J0, les patients étaient considérés comme dénutris dans 41% des cas selon le PG-SGA et 56% des cas selon le NRI et présentaient dans 64% des cas une sarcopénie. En analyse univariée : la sarcopénie n’était pas associée à la SSP, la SG ou la toxicité du traitement (p=0,1, p=0,07 et p=0,8 respectivement); la dénutrition selon le NRI était associée à une SG significativement plus courte (HR : 1,9, IC95%[1,1-3,3], p=0,02) mais pas à la SSP (p=0,07) ni à la toxicité du traitement (p=0,1) et la dénutrition selon le PG-SGA était associée à la SG (HR : 1,8, IC95%[1,1-3], p=0,02), la SSP (HR : 1,7, IC95%[1,2-2,5], p=0,003) et aux toxicités cliniques liées au traitement de grade ≥ 2 (OR : 2,8, IC95%[1,4-5,7], p=0,004). En analyse multivariée, seule la dénutrition selon le PG-SGA était associée significativement à ces toxicités (OR : 3,7, IC95% [1,7-8,4], p=0,001) et à une diminution significative de la SSP (HR : 1,9 IC95% [1,2-3,2], p=0,01) et de la SG (HR : 2,2 IC95% [1,1-4,4], p=0,02). Pour le changement de catégorie ou non (dénutrition et pas de dénutrition) du PG-SGA, du NRI et de la sarcopénie entre J0 et J60, les SSP et SG entre les différents groupes comparés deux à deux n’étaient pas significativement différentes. L’apparition  d’une sarcopénie à J60 alors qu’elle n’était pas présente à J0 et une diminution d’au moins 10% du SMI entre J0 et J60 par rapport aux patients ne présentant pas ces critères semblaient être associé à une SSP plus courte sans atteindre la significativité (respectivement p=0,19 et 0,10), possiblement par manque de puissance statistique.

Discussion

Conclusion

Cette étude ne confirme pas l’association du NRI et de la sarcopénie aux toxicités de la chimiothérapie chez des patients atteints de CCRm en début de prise en charge. Bien que plus difficile de réalisation, le score PG-SGA semble être le meilleur score d’évaluation nutritionnelle des patients atteints de CCRm, car il est fortement associé à des paramètres de tolérance de la chimiothérapie, à la SSP et à la SG. L’évolution de la masse musculaire durant la chimiothérapie pourrait être un facteur pronostique, à confirmer dans le futur sur une population plus large.

Remerciements