JFHOD

P.070 - Signatures du microbiome fécal chez l’individu sain présentant un risque élevé d’apparition de la maladie de Crohn

S. Mondot, C. Chevarin, M. Cornu, H. Sarter, J.F. Colombel, G. Savoye, F. Ruemmele, A. Mosca, D. Ley, P. Desreumaux, C. Borderon, L. Beaugerie, A. Buisson, M. Collins, B. Sendid, N. Barnich, P. Lepage, C. Gower-Rousseau

Introduction

La maladie de Crohn (MC) a une étiologie multifactorielle. Chez les parents au premier degré (PS) de patients atteints de MICI, le risque relatif d'apparition de la maladie peut être jusqu'à cinq fois plus élevé que dans les familles non affectées. Les anomalies génétiques de l'hôte, son système immunitaire défectueux et une composition anormale du microbiote intestinal sont souvent rapportés comme facteurs déterminants dans la pathogenèse de la MC.

Matériels et méthodes

Au total, 112 individus comprenant des patients adultes atteints de MC en phase de rémission clinique (n = 33; délai de diagnostic <2 ans), leurs parents au premier degré en bonne santé (PS; n = 46) et des témoins sains appariés (HC; n = 33) ont été inclus dans notre étude. Nos objectifs étaient d'identifier des profils microbiens associés à la composition du microbiote des PS discriminants par rapport aux MC et aux sujets contrôles (HC) et de les corréler aux marqueurs inflammatoires de l'hôte tels que la calprotectine fécale. La composition, la diversité et les charges estimées du microbiote fécal ont été évaluées par séquençage du gène de l'ARNr 16S et PCR quantitative. D'autres biomarqueurs associés aux MC (détection des ASCA, des IgG et des IgA sériques et de la calprotectine fécale) et la recherche d’Escherichia coli adhérent-invasif (AIEC) dans des échantillons de selles ainsi que leur classificaiton par groupe phylogénétique et pouvoirs invasifs ont été quantifiés.

Résultats

Les charges bactériennes estimées étaient similaires entre les différents groupes (MC = 9,8, HC = 10,2, PS = 10; log10 UFC / g). La diversité microbienne n'était pas plus faible chez les MC ou les PS (MC = 0,91, HC = 0,90 et PS = 0,93; indice de Simpson). La richesse du microbiote (nombre d'UTO observées) était plus élevée chez les individus PS (227,6) que chez les MC (181,7) et les HC (205,4) (p = 0,01). Huit genres bactériens avaient des abondances significativement différentes selon les groupes. Le microbiote MC était caractérisé par une plus grande abondance de Bacteroides et d'Intestinibacter et une plus faible abondance de Faecalibacterium et d'Odoribacter par rapport aux microbiotes de HC et de HFDR. La composition du microbiote des HFDR comportait des caractéristiques microbiennes spécifiques avec une représentation plus élevée de Coprococcus, Gemmiger et Clostridium IV et une présence presque indétectable d'Haemophilus. Au niveau de l’espèce Coprococcus catus, Gemmiger formicilis, Eubacterium siraeum et Clostridium leptum étaient significativement plus abondants dans le microbiote des HFDR par rapport aux MC et HC. Les souches d'E. coli isolées chez des patients MC et PS présentaient une plus grande capacité d'invasion des cellules épithéliales intestinales par rapport aux souches d'E. coli isolées de HC. Les souches AIEC sont principalement distribuées parmi le phylogroupe B2. Aucune association n'a été trouvée entre la composition du microbiote et les mesures d'ASCA et les taux de calprotectine fécale.

Discussion

Conclusion

Notre étude décrit la présence de caractéristiques microbiennes spécifiques dans le microbiote d'individus en bonne santé et présentant un risque plus élevé d'apparition de la MC. Les parents en bonne santé des patients atteints de MC avaient une richesse microbienne plus importante caractérisée par l’abondance plus élevée de nombreux taxons bactériens en comparaison aux patients MC et aux témoins sains. Cette composition microbienne spécifique (principalement en bactéries connues pour produire des acides gras à chaîne courte, tels que le butyrate) pourrait contrebalancer la prédisposition génétique de l'hôte. De plus, les individus sains de famille MC hébergent plus de souches invasives d'E. coli que les témoins sains. Ainsi des approches thérapeutiques visant à corriger la dysbiose microbienne chez le patients MC devraient s’appuyer sur la composition spécifique du microbiote de parents en bonne santé.

Remerciements