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CO.092 - Suivi des patients greffés pour une hépatite alcoolique aiguë et évaluation de la rechute : étude multicentrique dans 3 centres français

C. Lombois, C. Decoster

Introduction

L’hépatite alcoolique aigue est responsable de 10% de la mortalité des hépatopathies alcooliques. Malgré le traitement par corticothérapie dans les formes sévères le risque de mortalité à 6 mois en cas d’échec est supérieur à 70 %. Le bénéfice d’une transplantation précoce sur la survie chez ces patients a été prouvée. Devant la pénurie de greffons il est primordial de sélectionner les patients avec un risque de rechute minimal. Cette évaluation est limitée par l’absence de sevrage préalable chez les patients greffés pour une hépatite alcoolique aigüe.L’objectif principal était d’estimer le taux de rechute en alcool chez les patients greffés pour une hépatite alcoolique aigüe dans 3 centres français.

Patients et Methodes

Il s’agit d’une étude observationnelle multicentrique sur une cohorte historico-prospective.Les patients devaient présenter un tableau clinico-biologique compatible avec une hépatite alcoolique aigüe grave et avoir été greffés dans un des 3 centres français de notre cohorte entre le 01/01/2011 et le 31/12/2019. Les patients greffés après 6 mois de sevrage effectif en alcool étaient exclus.Toute consommation d’alcool après la greffe était comptabilisée comme une rechute. Celle-ci était évaluée par un questionnaire remis au patient. Pour ceux n’ayant pu répondre au questionnaire la rechute était évaluée sur les données des consultations antérieures.L’objectif principal était d’évaluer le taux de rechute des patients dans nos 3 centres français. Les objectifs secondaires étaient de mettre en évidence d’éventuels facteurs de rechute et d’évaluer la survie à 1 mois, 1 an et 5 ans. La survenue de complications graves dans le premier mois post-opératoire défini par une défaillance d’organe ou une reprise chirurgicale en urgence a été analysée ainsi que leur facteur de risques prédictifs.

Résultats

Caractéristiques générales et modalités de la transplantation :Sur les 3 centres 42 patients ont été inclus dont 69% d’hommes avec une médiane d’âge de 54ans. Le score de Maddrey médian était de 78. Un transfert en réanimation avant la greffe a été nécessaire chez 59% des cas et le score de MELD médian le jour de la transplantation était de 31.

Rechute en alcool :A 1 an le taux de rechute était de 5% et de 31% (n=13/42) sur la durée totale de l’étude avec une médiane de suivi de 3 ans. La rechute survenait avec un délai médian de 48 mois. Aucun facteur épidémiologique, psycho-social ou concernant la consommation d’alcool avant la transplantation n’était prédictif de rechute.Pour les 9 rechuteurs dont nous avions le questionnaire la consommation n’excédait pas 30 grammes par jour et était surtout occasionnelle. Un seul cas a sevré sa consommation. Tous les patients avaient parlé de leur rechute soit à leur entourage soit à leur médecin mais aucun n’avait souhaité une prise en charge addictologique spécifique.

Survie et complication :Le taux de survie à un mois de la greffe est de 97%, à 1 an de 95% et à 5 ans de 93%. Des complications graves précoces sont survenus chez 48% des cas :  21% des cas ont présenté une défaillance d’organe dont 9,5% de chocs septique et 33% ont eu une reprise chirurgicale. Aucune retransplantation n’a été nécessaire. Seule la quantité de culots globulaires transfusés pendant la greffe est ressorti comme un facteur de risque de complications.

Discussion

Conclusion

Notre étude par son caractère multicentrique analyse une large population de patients greffés pour hépatite alcoolique aigüe cette indication ne représentant que 3,1 % des greffes totales de nos 3 centres.Le taux de rechute à 1 an est inférieur à 10% et s’élève au total à 31% sur un suivi médian de 3 ans soit égal à celui des patients greffés pour une cirrhose alcoolique. La consommation était surtout occasionnelle et n’excédait pas 30 grammes d’alcool. Malgré un nombre élevé de 48 % de complications précoces le taux de survie à 5 ans est de 93 %. Seule la quantité de culots globulaires sanguins transfusés pendant le geste semblait prédictive de complications précoce.

Remerciements