JFHOD

CO.007 - Suivi à long terme des patients ayant eu une résection endoscopique pour cancer colorectal T1

F. Corre, M. Barret, V. Lepilliez, J.P. Ratone, J. Albouys, G. Rahmi, D. Karsenti, J.M. Canard, E. Chabrun, M. Camus, T. Wallenhorst, M. François, R. Gérard, B. Terris, A. Rouquette, R. Coriat, J. Jacques, S. Chaussade

Introduction

Les progrès réalisés ces dix dernières années en endoscopie thérapeutique permettent aujourd’hui de traiter les cancers colorectaux superficiels avec une faible morbidité et une mortalité quasi-nulle. Cependant, pour les cancers infiltrant la sous-muqueuse (T1), il existe un envahissement ganglionnaire dans 10% des cas, indiquant alors une résection chirurgicale curative complémentaire. Selon les recommandations japonaises (JSCCR) et européennes (ESGE), en cas de résection histologiquement complète, une chirurgie complémentaire est nécessaire pour les tumeurs à haut risque, c’est-à-dire avec au moins un des quatre facteurs de risque histologiques suivant : infiltration sous-muqueuse profonde (>1000µm), tumeur peu différenciée, emboles veino-lymphatiques ou budding tumoral de haut grade. Avec ces modalités de traitement, le pronostic oncologique de ces tumeurs est excellent, avec un taux de récidive proche de 0% pour les tumeurs à bas risque (aucun facteur de risque histologique) et de 5% pour les tumeurs à haut risque (au moins 1 facteur de risque histologique). Ces données sont essentiellement issues de séries asiatiques et l’objectif de cette étude était de les réaffirmer sur une cohorte occidentale.

Patients et Methodes

Nous avons mené une étude rétrospective incluant les patients ayant eu une résection endoscopique par mucosectomie ou dissection sous-muqueuse pour cancer colorectal T1 dans douze centres experts français entre mars 2012 et décembre 2018. Nous avons recueilli les données démographiques, cliniques, endoscopiques, histologiques et de suivi afin d’étudier la survie sans récidive et la survie globale.

Résultats

La durée médiane de suivi des 271 patients était de 28,9 [18,4-42,2] mois. Sur la totalité de la cohorte, 11 (4,1%) patients avaient eu une récidive ganglionnaire et/ou métastatique et 8 (3,0%) étaient décédés dont 2 (0,7%) à cause du cancer. Parmi les 11 patients ayant récidivé, 10 avaient des tumeurs à haut risque et 7 avaient eu une chirurgie complémentaire dont 1 seule avec envahissement ganglionnaire. La quasi-totalité de ces récidives survenaient entre 1 an et 3 ans de suivi, sauf une qui survenait peu avant 1 an et une qui survenait peu après 4 ans de suivi. Parmi les 88 tumeurs à bas risque, il existait une seule récidive ganglionnaire et 2 décès non liés au cancer ; dans ce groupe, la survie sans récidive à 5 ans était donc de 98,7% et la survie globale à 5 ans de 97,5%. Parmi les 183 tumeurs à haut risque, il y avait 3/68 (4,4%) récidives dans le groupe des patients non opérés et 7/115 (6,1%) dans le groupe des patients opérés ; les survies sans récidive à 5 ans dans ces groupes étaient donc respectivement de 95,6% et de 93,9% ; il y avait 5/68 (7,4%) décès dans le groupe des patients non opérés, dont un seul était lié au cancer, et 1/115 (0,9%) décès dans le groupe des patients opérés, qui était lié au cancer ; les survies globales à 5 ans dans ces groupes étaient donc respectivement de 92,6% et de 99,1%. Si on comparait les courbes de survie sans récidive entre les tumeurs à bas risque et les tumeurs à haut risque, ces dernières avaient une tendance non significative (p=0,13) à plus récidiver alors qu’il n’existait pas de différence en termes de survie globale (p=0,73). Parmi les tumeurs à haut risque, si on comparait les courbes de survie sans récidive entre les patients ayant eu une résection endoscopique seule et ceux ayant eu une résection endoscopique suivie d’une chirurgie complémentaire, il n’existait pas de différence (p=0,69) alors que la survie globale était meilleure chez les patients opérés (p=0,02).

Discussion

Conclusion

Cette étude multicentrique s’intéressant aux patients ayant eu une résection endoscopique pour cancer colorectal T1 confirme l’excellent pronostic oncologique avec cette modalité de traitement, notamment pour les tumeurs à bas risque. Dans cette étude, la chirurgie complémentaire ne semblait pas apporter de bénéfice en termes de survie sans récidive chez les patients ayant une tumeur à haut risque. Il semble donc aujourd’hui nécessaire de trouver de nouveaux biomarqueurs immunologiques, génétiques ou moléculaires afin de proposer des stratégies de conservation d’organe plus larges.

Remerciements