JFHOD

CO.131 - Suivi à long terme des patients infectés chroniquement par le virus de l’hépatite B et ayant perdu l'antigène HBs spontanément ou après traitement

J. Bibas, P. Simo-Noumbissie, F. Chaffraix, M. Doffoel, T.F. Baumert, F. Habersetzer

Introduction

La perte de l’antigène HBs au cours de l’infection chronique par le virus de l’hépatite B (VHB) est reconnue comme étant un facteur pronostic favorable de l’évolution à long terme et est l’objectif des développements thérapeutiques actuels. Le suivi à long terme de cohortes asiatiques a rapporté qu’après la perte de l’antigène HBs (Ag HBs) persistait un risque faible de développer un hépatocarcinome. Dans ces cohortes, peu d’informations sont disponibles sur la pérennité de la réponse virale et sur les autres complications hépatiques pouvant survenir à long terme. Peu d’études ont été réalisées sur des populations caucasiennes  ou africaines infectées chroniquement par le VHB et ayant perdu l’Ag HBs.  Le but de cette étude était d’évaluer dans une cohorte bien caractérisée de patients infectés chroniquement par le VHB, le devenir clinique et virologique à long terme des patients ayant éliminé l’Ag HBs spontanément ou après traitement.

Patients et Methodes

Depuis 2006, tous les patients chroniquement infectés par le VHB, c’est à dire porteur de l’Ag HBs,  ont été inclus prospectivement, dans une étude monocentrique, puis suivi par la suite. Les critères d’éligibilité à l’inclusion comprenaient la présence de l’Ag HBs depuis plus de 6 mois et l’absence de coinfection VIH, VHD et VHC ; l’absence de cirrhose décompensée, de carcinome hépatocellulaire et de transplantation hépatique. L’analyse des donées une fois les patients inclus se faisait aussi rétrospectivement. 

Résultats

 Au total, la cohorte comprend, au moment de l’analyse en avril 2017, 799 patients. 418 patients (53,6%) étaient caucasiens, 42 (5,3%) asiatiques et 319 (40%) d’Africains. Parmi ces patients, chez 40 (5%) l’Ag HBs s’est négativé. 31 (77%) étaient hommes et 9 (23%) étaient femmes. 33 patients étaient d’origine caucasienne et 7 d’origine africaine. L'âge moyen des patients ayant perdu l’Ag HBs était de 42 ans (±12,57), 23 (57.5%) patients avaient initialement une hépatite chronique active et 3 avaient une cirrhose à l’inclusion.Un traitement antiviral était administré chez 19 patients ;  21 n’ont pas été traités. Les 2 groupes de patients, traités et non traités étaient comparables. La durée moyenne de suivi était de 12 ans (±6.25). Parmi les patients traités, 11 ont reçu un traitement à base d'interféron.   Au cours du suivi, chez tous les patients l’Ag HBs est resté négatif et chez 83% des anticorps anti-HBs sont apparus. Deux patients cirrhotiques (0 .5%)  à l’inclusion ont développé un carcinome hépatocellulaire. Un de ces patients qui avait une cirrhose active a reçu un traitement antiviral. Parmi les 38 patients restants, aucun n'a développé de complications hépatiques. Le temps mis pour perdre l’Ag HBsétait significativement plus long chez les patients traités (7.7 ans ±3.75) que chez les patients non traités (3.83 ± 0.29). (p = 0.001). Une proportion équivalente de patients (84% parmi les patients traités et 82.3% parmi les patients non traités) a développé des anticorps anti-HBs. La durée mise pour développer les anticorps n’était pas différente dans les deux groupes traités et non traités. Sept patients dont trois traités et quatre non traités, ont présenté de manière transitoire, un taux d'ADN du VHB détectable mais non quantifiable (sauf chez un à un titre faible) pendant une période très courte et ce jusqu'à 4 ans après perte de l’Ag HBs.

Discussion

Conclusion

Dans la population caucasienne et africaine étudiée, la perte de l’Ag HBs est durable et associéeà un bon pronostic de l’atteinte hépatique chez les patients non cirrhotiques. Des anticorps anti-HBs apparaissent chez plus de 80 % des patients. L’ADN du VHB peut se positiver faiblement et transitoirement chez 17.5% des patients. Ces résultats montrent que la perte de l’Ag HBs, qu’elle soit spontannée ou après traitement antiviral, est associée, sauf chez les patients cirrhotiques, a une bonne évolution clinique et virologique et demandent à être confirmés par des études complémentaires dans ces populations.

Remerciements