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P31 - Syndrome de l’intestin irritable et consommations alimentaires : étude Nutrinet-Santé

Torres Marion J, Sabaté Jean-Marc, Bouchoucha Michel, Hercberg Serge, Benamouzig Robert, Julia Chantal

Introduction

L’alimentation est un enjeu important pour les patients atteints du syndrome de l’intestin irritable (SII). La majorité des patients estime qu’elle peut déclencher ou exacerber les symptômes. Cependant, à ce jour, peu d’études utilisant une méthodologie rigoureuse ont étudié les facteurs nutritionnels associés à ce syndrome, notamment en France. L’objectif de notre étude était de comparer les consommations alimentaires en termes d’aliments et de nutriments entre des individus présentant un SII et ceux n’en présentant pas, dans une large population d’adultes français.

Matériels et Méthodes

Cette étude a inclus 36448 individus, issus de la cohorte Nutrinet-Santé, qui ont renseigné un questionnaire spécifique aux troubles fonctionnels digestifs basé sur les critères de Rome III. Les données nutritionnelles ont été obtenues à partir d’un minimum de 3 enregistrements de 24H auto-administrés via Internet. L’association entre le SII et les consommations alimentaires a été évaluée par des tests de comparaison de moyenne ajustés sur le sexe, l’âge et l’Apport Energétique Total (AET) (Tests ANCOVA).

Résultats

La population d’étude était majoritairement féminine (76,9 %), avec un âge moyen de 50,2±14,2 ans. Parmi ces sujets, 1870 individus (5,1 %) présentaient un SII. L'IMC moyen des individus avec un SII était de 24,0 (4,5) kg/m² alors qu'il était de 23,8 (4,3) kg/m² chez les individus sains (p=0,14). Par rapport aux individus indemnes, les individus présentant un SII avaient des consommations moins importantes de lait (74,6 vs 88,4 g/j ; p<0.0001), de yaourts (108,4 vs 115,5 g/j ; p<0,01), de fruits secs et oléagineux (192.3 vs 203.8 g/j ; p<0.001) et plus importantes pour les boissons non alcoolisées (1167.2 vs 1122,9 mL/j ; p<0,001) par rapport aux individus non atteints du SII. Ils avaient également des apports caloriques quotidiens significativement plus importants (2028,9 vs 1995,7 kcal/j ; p<0,001), avec des apports légèrement plus élevés en lipides (38,5 vs 38,1% de l’AET ; p<0,01) et moindres en protéines (16,4 vs 16, 8% de l’AET ; p<0,01), ainsi qu’en micronutriments (Calcium, potassium, zinc, phosphore et vitamines B1, B2, B5, B9 et C). Les apports n’étaient significativement pas différents selon les différents sous-groupes de SII (en fonction du transit).

Conclusion

Cette première étude épidémiologique comparant les consommations alimentaires entre des sujets atteints du SII et des sujets indemnes, dans une large population française, suggère que les individus avec un SII ont un comportement alimentaire différent. Il est possible que ces sujets modifient leur alimentation et adaptent les aliments consommés en fonction des symptômes ressentis ou des recommandations médicales ou non médicales. D’autres études seront nécessaires afin d’explorer la temporalité de ces associations.