JFHOD

CO0 - Traitement chirurgical de la maladie de Crohn chez l'enfant. Effets sur la croissance, la cortico-dépendance et le risque de réintervention chirurgicale

Turck Dominique, Thomassin N, Bonnevalle M, Michaud L, Uhlen S, Chouraqui Jean Pierre, Meskini T, Guimber D, Gottrand Frédéric, Turck D
Introduction

La chirurgie au cours de la maladie de Crohn (MC) ne permet pas la guérison et n'évite pas les récidives. Elle garde cependant une place non négligeable, même s'il n'existe pas de consensus. Le but de ce travail était d'évaluer, dans une population d'enfants atteints de MC, les effets d'une chirurgie d'exérèse ou de dérivation digestive sur la croissance staturale et la corticodépendance, et de rechercher des facteurs de risque de réintervention chirurgicale.
 

Patients et Méthodes

Cette étude rétrospective et monocentrique a inclus 54 enfants âgés de 11,4 ± 3 ans (extrêmes : 0,5-17 ans ; sexe ratio F/G : 0,5), sur une période de 24 ans (1982-2006). Les seuls patients appendicectomisés inclus dans ce travail sont ceux ayant subi une intervention chirurgicale ultérieure. Pour chaque enfant, le Z score de vitesse de croissance staturale (VCS) était calculé au diagnostic, à la chirurgie, à 6, 12 et 24 mois post-opératoires, et la taille cible était estimée grâce à la taille des 2 parents. La corticothérapie était convertie en doses équivalentes de prednisolone, exprimées en mg/kg/j.
 

Résultats

L'âge moyen à la chirurgie était de 13,5 ± 3 ans (0,5-17 ans). Le délai moyen entre le diagnostic de MC et la 1ère intervention chirurgicale était de 2 2 ans (0-7 ans). L'indication chirurgicale était (plusieurs causes possibles) : complication aiguë révélatrice (n = 4 ; 7 %) ; sténose digestive (n = 30 ; 56 %) ; complication chronique (résistance au traitement médical, corticodépendance, altération de la croissance staturale) (n = 39, 72 %). La localisation de la MC était : grêle seul (n = 16 ; 30 %) ; côlon seul (n = 2 ; 4 %) ; iléo-colique (n = 36 ; 66 %). Le geste chirurgical était : résection du grêle (n = 3) ; résection colique (n = 9) ; résection grêle + côlon (n = 36) ; stomie (n = 6). Le Z score VCS augmentait de façon significative après le geste chirurgical : -0,6 à la chirurgie ; +1 à 6 mois ; +2,5 à 1 an ; +3,5 à 2 ans post-opératoires (p < 0,0001), sans influence de la localisation initiale de la maladie (p = 0,68). 90 % des enfants ont au moins atteint une taille correspondant à leur taille cible moins une déviation standard en fin de suivi et ce, indépendamment d'une corticothérapie concomitante et de la localisation de la MC. Pendant les 12 premiers mois après l'intervention, la corticothérapie baissait de 0,93 à 0,15 mg/kg/jour lorsqu'elle était isolée, sans autre traitement (p = 0,0005), et de 0,79 à 0,01 mg/kg/jour lorsqu'elle était associée à un traitement médicamenteux ou nutritionnel concomitant (p = 0,0014). La topographie de la MC n'avait pas d'influence sur la diminution de la corticothérapie. Le nombre de réinterventions chirurgicales était 2 fois plus élevé en cas d'atteinte pancolique ou iléo-pancolique (1,3 1,4) qu'en cas d'atteinte iléale ou iléo-colique droite (0,7 1) (p = 0,04).
 

Conclusion

La chirurgie est associée à un effet bénéfique sur la croissance staturale et la corticodépendance. La localisation pancolique est un facteur de risque de réintervention chirurgicale.