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CO.11 - Transplantation de microbiote fécal dans la maladie de Crohn : une étude pilote randomisée, simple aveugle, contre placebo

H. Sokol, C. Landman, P. Seksik, L. Berard, M. Montil, I. Nion-Larmurier, A. Bourrier, G. Le Gall, V. Lalande, J. Kirchgesner, A. Daguenel, M. Cachanado, A. Rousseau, E. Drouet, X. Dray, P. Marteau, L. Beaugerie, T. Simon

Introduction

Le rôle du microbiote intestinal dans la pathogenèse des maladies inflammatoires chronique de l'intestin (MICI) est établi et la transplantation de microbiote fécal (TMF) a montré une certaine efficacité dans l’induction de la rémission au cours de la rectocolite hémorragique dans trois essais cliniques contrôlés randomisés à ce jour. Cependant, il n’existe aucun résultat dans la maladie de Crohn (MC). De plus, on ne sait pas si le meilleur moment pour effectuer la TMF est pendant une poussée ou après avoir obtenu une rémission.

Patients et Methodes

Un essai pilote randomisé, en simple aveugle, contre placébo évaluant la TMF chez des adultes ayant une MC colique ou iléo-colique a été réalisé. Les patients ont été inclus au cours d’une poussée (indice de Harvey Bradshaw [HBI]> 4) et traités par une corticothérapie orale. Après rémission clinique (HBI <5), les patients ont été randomisés pour recevoir soit TMF (50-100g de selles d'un seul donneur resuspendu dans 250-350ml de sérum physiologique et administré frais) soit une transplantation simulée (sham transplantation, constitué de sérum physiologique) lors d'une coloscopie. Les corticostéroïdes ont été diminués progressivement et une deuxième coloscopie a été effectuée à la semaine 6. Le Crohn's Disease Endoscopic Index of Severity (CDEIS) a été évalué à chaque coloscopie. Le critère d’évaluation principal était l’implantation du microbiote du donneur chez le receveur à la semaine 6, défini par le microbiote fécal du receveur à la semaine 6 plus proche du donneur (indice Sorensen ≥ 0,6) que du patient avant FMT. Les critères d'efficacité clinique, biologique et endoscopique ont également été évalués (NCT02097797).

Résultats

Au total, 21 patients ont été randomisés, 8 ont reçu une TMF, 9 ont reçu une sham transplantation et 4 n'étaient pas éligible pour la transplantation (3 en raison de l'identification d'un agent pathogène et 1 en l'absence de donneur). Aucun des patients n’a atteint le critère principal. Le taux de rémission clinique sans corticoïde à 10 et 24 semaines était de 44,4% et 33,3% dans le groupe Sham-transplantation et de 87,5% et 57,1% dans le groupe TMF (p = 0,13 et p = 0,6 respectivement à la semaine 10 et 24). Le CDEIS diminuait 6 semaines après la TMF (8,5 [4,6; 13,0] vs 3,5 [1,0; 8,9]; p = 0,03) mais pas après sham transplantation (2,4 [0,0; 8,3] vs 2,7 [0,7; 10,0]; p = 0.8). À l'inverse, le taux de CRP augmentait 6 semaines après la sham transplantation (3,0 [3,0; 4,2] vs 6,9 [4,0; 8,7] mg / l; p = 0,008) mais pas après la TMF (3,0 [3,0; 3,0] vs. 3,0 [3,0 ; 14,2] mg / l; p = 0,5). L'analyse du microbiote intestinal permettait de mettre en évidence que les 2 patients du groupe TMF non colonisés par le microbiote du donneur étaient ceux qui rechutaient le plus vite. Inversement, la colonisation par le microbiote du donneur à la semaine 6 était associé avec le maintien en rémission. La composition du microbiote à la semaine 6 était prédictive d'une rémission clinique sans stéroïde à la semaine 24. Aucun signal de mauvaise tolérance n'a été identifié.

Discussion

Conclusion

Aucun des sujets inclus dans l'étude n'a atteint le critère d'évaluation principal concernant la colonisation du microbiote du donneur à 6 semaines, tel que défini dans le protocole. Cependant, le critère de jugement a été défini en 2012, dans une période où aucune référence n'était disponible sur le sujet et était donc arbitraire. Cette étude pilote dans la MC suggère que la TMF réalisée après induction de la rémission clinique par des corticoïdes pourrait être efficace en tant que traitement d’entretien. Un essai comparatif randomisé de plus grande envergure est désormais nécessaire pour confirmer l'efficacité de cette stratégie.

Remerciements

Cette étude a été financée par des subventions du Programme Hospitalier de Recherche Clinique (PHRCR-13-029), de l’Assistance Publique - Hôpitaux de Paris (CRC16), de la Fondation de France (Fond Inkermann) et de la Fondation Francois Aupetit.