JFHOD

C.048 - TREM-1, un marqueur sanguin, prédictif d’une poussée dans les 4 ans chez les patients avec une maladie de Crohn en rémission clinique ?

N. Benech, N. Drilhon, J. Kirchgesner, A. Bourrier, C. Landman, I. Nion-Larmurier, P. Seksik, L. Beaugerie, A.O. Hafid, H. Sokol

Introduction

Le récepteur de l’immunité innée TREM-1 (triggering receptor expressed on myeloid cells-1) est impliqué dans la production de cytokines pro-inflammatoires par les cellules myeloïdes au niveau de la paroi intestinale (Schenk et al). Des travaux avec de faibles effectifs suggèrent que la concentration de son fragment soluble (sTREM-1) est augmentée dans le sang de patients avec une Maladie de Crohn de manière corrélée à l’activité de la maladie (Park et al). Toutefois, l’utilisation de sTREM-1 comme marqueur prédictif d’une poussée de la maladie n’a jamais été évaluée. L’objectif principal de ce travail était d’évaluer le risque de rechute de la maladie en fonction de la valeur de sTREM-1. Les objectifs secondaires étaient d’évaluer les paramètres influant les variations de sTREM-1 dans la Maladie de Crohn (activité de la maladie, phénotype, localisation, paramètres biologiques).

Patients et Methodes

Entre juin 2012 et janvier 2017, un dosage de sTREM-1 par méthode ELISA a été réalisé à partir du serum de patients avec une Maladie de Crohn suivis au sein d’une cohorte prospective monocentrique d’un centre tertiaire pour la prise en charge des Maladies Inflammatoires Chroniques Intestinales. Les caractéristiques (traitement reçus, ancienneté de la maladie, phénotype, localisation), l’activité clinique de la maladie (définie à partir du compte-rendu médical de la consultation/ hospitalisation au moment du prélèvement) et la CRP étaient évaluées au moment du prélèvement ainsi qu’au cours du suivi clinique des patients de manière prospective et standardisée. La date de début de suivi correspondait à la date du prélèvement, la date de fin d’analyse était à 48 mois de l’inclusion. Le critère de jugement principal était la survenue d’une poussée de la maladie définie par la survenue d’une hospitalisation, d’une intervention chirurgicale ou d’un changement de traitement (hors intolérance ou effets secondaires). Les patients en rémission ont été séparés en deux groupes suivant la valeur de la médiane des dosages de sTREM-1 dans cette population. Les courbes de survie en rémission de chacun de ces deux groupes ont ensuite été calculées à l’aide de la méthode de Kaplan-Meier avec un calcul du Hazard ratio (HR) par la méthode de Log Rank (modèle univarié). La courbe ROC pour évaluer les performances diagnostiques pour prédire une poussée de la maladie dans les 48 mois a également été calculée.

Résultats

Deux cent deux patients ont été inclus. Seize patients ont été perdus de vue avant la fin du suivi. Au prélèvement, l’âge moyen des patients était de 35,9 ans (+/-13,4 ans) et 84,2% d’entre eux étaient traités par anti-TNFalpha (n=170). La médiane d’ancienneté de la maladie était de 11 ans (IQR : 12 ans). sTREM-1 était significativement augmenté chez les patients en poussée (n=67, médiane : 330,7 pg/mL ; IQR : 197,1 pg/mL ) comparés à ceux en rémission (n= 135; médiane= 230pg/mL ; IQR : 176,1 pg/mL; p<0,0001, test de Mann Whitney). Les patients en rémission avec une maladie de phénotype perforant présentaient une augmentation significative de sTREM-1 (n=36 ; médiane=270 pg/mL ; IQR : 196pg/mL) en comparaison aux autres phénotypes (n=99 ; médiane=221 pg/mL , IQR : 142 pg/mL p=0,02 ; Mann Whitney). Il n’y avait pas de différence en fonction de la localisation de la maladie. Les patients en rémission avec une valeur de sTREM-1 supérieure à 230 pg/mL (médiane) avaient une probabilité de faire une poussée dans les 4 ans plus importante que ceux avec une valeur de sTREM-1 inférieure (Figure 1 ; HR= 4,73 ; IC95% [1,77 -12,61]). L’AUROC de sTREM-1 pour prédire une poussée dans les 48 mois était de 0,75 (IC95% [0,67 ; 0,84]). Au seuil de 230pg/mL, la sensibilité du dosage de sTREM-1 pour prédire une poussée dans les 48 mois était de 82,6% (IC95% [62,9 ; 93,0]) pour une spécificité de 57,1% (IC95%[47,9 : 65,9]).

Discussion

Conclusion

Une augmentation de sTREM-1 était associée à un sur-risque de poussée, et pourrait être un biomarqueur prédictif de l’activité de la maladie. La confirmation de ces résultats au sein d’une cohorte de validation est en cours. Les mécanismes sous-tendant une telle association restent à explorer.

Remerciements