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CO.14 - Un traitement concomitant par curcumine orale ne permet pas de diminuer le taux de récidive post-opératoire endoscopique chez les patients atteints de maladie de Crohn traités par thiopurines : résultats de l’essai contrôlé randomisé POPCUR

A. Buisson, D. Laharie, S. Nancey, X. Hébuterne, X. Roblin, M. Nachury, L. Peyrin-Biroulet, M. Fumery, D. Coban, F. Goutorbe, C. Allimant, M. Reymond, E. Vazeille, B. Pereira, M. Goutte, G. Bommelaer

Introduction

Malgré une large utilisation des biothérapies, une résection intestinale reste nécessaire chez plus de la moitié des patients atteints de maladie de Crohn (MC). Alors que la chirurgie n’est pas curative, la prévention de la récidive post-opératoire (RPO) reste un enjeu majeur pour ces patients, puisque jusqu’à 75 % d’entre eux présenteront une RPO endoscopique (RPO) dans l’année suivant la chirurgie. Les recommandations actuelles préconisent un traitement préventif de la RPO endoscopique chez les patients à risque et un ajustement thérapeutique à 6 mois, en fonction de l’aspect endoscopique. Parmi les traitements disponibles, les thiopurines ont montré une certaine efficacité. La curcumine, en raison de ses propriétés anti-inflammatoires et antioxydantes, s’est montrée efficace dans la prévention et le traitement de colites inflammatoires murines, et dans le traitement de la rectocolite hémorragique (RCH) chez l’homme [1].

Le but de notre étude était d’évaluer l’efficacité d’un traitement par curcumine, comparativement au placebo, en association à un traitement par thiopurines dans la prévention de la RPO endoscopique chez les patients atteints de MC.

Patients et Methodes

Cet essai contrôlé randomisé en double aveugle contre placebo a été mené dans 8 centres français. Tous les patients (≥ 18 ans) ayant eu une résection intestinale pour MC ont été inclus consécutivement à J15 de leur chirurgie ou du rétablissement de continuité (si une stomie provisoire avait été nécessaire). Pour que les patients soient inclus, la résection iléale ou iléo-colique des lésions devait être macroscopiquement complète et l’anastomose accessible en endoscopie. A partir de J15 et jusqu’à l’évaluation endoscopique, tous les patients ont reçu 2,5mg/kg d’azathioprine par jour par voie orale associée à soit 3 g de curcumine orale par jour, soit un placebo (double aveugle). L’endoscopie à 6 mois (double lecture centralisée) classait la RPO endoscopique selon l’indice de Rutgeerts (ref). La RPO endoscopique était définie par un indice de Rutgeerts ≥ i2 et la RPO sévère par un indice de Rutgeerts ≥ i3. La RPO clinique était définie par un CDAI > 150. Un score de qualité de vie (IBDQ) a été mesuré à l’inclusion et à M6. Une étude statistique intermédiaire à la moitié des inclusions a été réalisée comme prévue par le protocole. Les analyses ont été réalisées en intention de traiter (ITT) et en per protocole (PP).

Résultats

Au total, 62 patients ont été inclus dont 31 dans chaque bras (âge moyen de 36,3 ± 12,0 ans, durée d’évolution de la MC de 8,1 ans ± 8,0 ans, 67,2 % de femmes, 37,8 % de fumeurs, 8,2 % de lésions ano-périnéales, 45,9 % de formes sténosantes, 36,1 % de formes fistulisantes, 45,9 % de patients avec antécédent de résection intestinale, 18,0 % de naïfs d’anti-TNF et taille moyenne de résection iléale de 22,6 ± 16,6 cm). Il n’existait aucune différence démographique ou relative aux caractéristiques de la maladie entre les deux groupes. Parmi eux 9 patients ont été perdus de vue.

En ITT, la curcumine n’était pas plus efficace que le placebo puisque le taux de RPO endoscopique à 6 mois était de 67,7 % (21/31) vs 58,1 % (18/31) (p=0,60), dans les groupes curcumine et placebo, respectivement. En revanche, le taux de RPO sévère était significativement plus important dans le groupe curcumine (17/31, 54,8 %) par rapport au placebo (8/31, 25,8 %) (p= 0,02). Le taux de RPO clinique à 6 mois n’était pas différent entre les groupes curcumine et placebo : 38,7 % (12/31) vs 45,2 % (14/31), respectivement (p = 0,80).  L’IBDQ n’était pas différent entre les deux groupes (178,5 pour le groupe curcumine vs 181,5 pour le placebo ; p=0,63).

En PP (53 patients), on observait, dans le groupe curcumine et placebo, respectivement, un taux de RPO endoscopique de 61,5 % vs 51,9 % (p=0,58), de RPO endoscopique sévère de 46,2 % vs 14,8 % (p=0,018), de RPO clinique de 17,4 % vs 26,1 % (p = 0,72) et un IBDQ de 158,6 vs 156,3 (p = 0,63).

Aucun effet indésirable sévère n’a été observé dans cette étude.

Discussion

L'analyse intermédiaire planifiée a conduit à interrompre l'essai.

Conclusion

La curcumine, à raison de 3g per os/jour, en combinaison avec les thiopurines, n’exerce aucun effet protecteur vis-à-vis de la RPO endoscopique ou clinique et pourrait même être délétère chez les patients atteints de MC, justifiant l’arrêt de l’étude.

Remerciements

AFA, SNFGE, 3i Nature, AOI, PHRC national