JFHOD

CO.45 - Une cytoréduction complète suivie d'une chimio-hyperthermie intra-péritonéale pour carcinose péritonéale est associée à un pronostic plus péjoratif chez les patients porteurs d'une maladie inflammatoire chronique de l'intestin : une étude multicentrique

N. Hammoudi, C. Eveno, J. Lambert, M. Maillet, O. Glehen, D. Goéré, N. Lourenço, M. Allez, T. Aparicio, M. Pocard, J.M. Gornet

Introduction

La chirurgie de cytoréduction péritonéale (CRS) complète (CC0) suivie d’une Chimio hyperthermie intra péritonéale (CHIP) est un traitement validé chez des patients sélectionnés atteints de métastases péritonéales d’origine intestinale, en association avec une chimiothérapie IV. Le risque de développer un cancer colorectal (CCR) ou un adénocarcinome de l’intestin grêle (AIG) est accru chez les patients atteints de maladie inflammatoire chronique de l’intestin (MICI). La faisabilité et le bénéfice attendu de cette technique chirurgicale sont inconnus chez les patients atteints de MICI.

Patients et Methodes

Les informations concernant les patients atteints de MICI opérés pour une carcinose péritonéale compliquant un CCR ou un AIG ont été extraites d’une base de données multicentrique nationale de patients traités par exérèse CC0 suivie d’une CHIP entre 1995 et 2016. Les patients atteints de MICI ayant été opérés étaient comparés à une cohorte déjà publiée de 234 patients ayant eu la même chirurgie pour un cancer du colon sporadique (Maillet, Ann Surg Oncol 2015). Ces 234 patients ont été sélectionnés après ajustement sur l’âge au diagnostic de carcinose péritonéale et à la CHIP, le sexe, le statut TNM, le caractère synchrone ou asynchrone de la carcinose péritonéale, le type de CHIP (Oxaliplatine ou Mitomycine C), l’Index de Carcinose Péritonéale,et un traitement par chimiothérapie post CHIP ou non.

Résultats

Quatorze patients (Sexe masculin : 57%, Age médian : 40 ans, Maladie de Crohn : 12/14) issus de 3 centres experts atteints de CCR (n=7) et d’AIG (n=7) ont été inclus (Délai médian entre diagnostic de la MICI et de la carcinose péritonéale : 20,7 ans (extrêmes : 1,1-27,1)). Onze patients (Index de Carcinose Péritonéale médian : 7; extrêmes : 1-30) ont été traités par exérèse CC0 suivie d’une CHIP (Oxaliplatine : 72.7% des cas). Les patients du groupe contrôle avaient les mêmes caractéristiques que celles du groupe MICI en dehors d’un âge plus avancé au moment de la CHIP (56.52 vs 45.74; p=0.003). Les médianes de survie globale, survie sans progression et survie sans progression péritonéale étaient respectivement de 24 ; 8,3 et 11,4 mois dans le groupe MICI contre 44,3 ; 12,9 et 18,1 mois dans le groupe des cancers du colon sporadique. Ces différences étaient significatives avec concernant la survie globale : HR = 4,47; IC à 90% (1,91 – 10,49), la survie sans récidive : HR=2,31( IC à 90% 1,17-4,56) et la survie sans récidive péritonéale : HR=3,30; IC à 90% : (1,59-6,85). Six des 11 patients opérés ont présenté des complications de grade 3-4 de la classification de Clavien-Dindo (2 hémorragies sévères, 1 hématome surinfecté, 1 abcès de paroi, 1 collection nécessitant un drainage radiologique et 1 fistule iléocolique), mais ne contre indiquant pas la reprise d’une chimiothérapie post-opératoire si l’indication était retenue.  

Discussion

Conclusion

Les patients atteints de MICI traités  par CRS CC0 suivie d’une CHIP pour métastases péritonéales compliquant un CCR ou un AIG ont un pronostic plus sévère que des patients comparables sans MICI. La morbidité semble comparable aux autres patients. La découverte de métastases péritonéales compliquant l’évolution d’un cancer digestif sur MICI doit conduire à référer ces patients dans un centre expert de CHIP pour avis. La recherche de critères permettant de mieux sélectionner les patients candidats à cette intervention reste nécessaire. 

Remerciements