JFHOD

CO.126 - Une exposition élevée à l’infliximab augmente le risque d’infection chez les patients traités pour maladie inflammatoire chronique intestinale

A. Landemaine, A. Petitcollin, C. Miard, C. Brochard, M. Dewitte, L. Siproudhis, G. Bouguen

Introduction

L’infliximab est une biothérapie efficace des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI), mai augmente le risque de survenu d’un événement infectieux. La relation entre l’exposition au traitement, souvent évaluée par la mesure de la concentration résiduelle, et le risque infectieux reste controversée dans la littérature actuelle. L’objectif de ce travail était d’évaluer les facteurs associés à la survenue d’une infection chez les patients traités par infliximab, en incluant les données pharmacologiques.

Patients et Methodes

Tous les patients traités par infliximab en schéma d’entretien pour une MICI du 01/11/2016 au 30/04/2017 ont été inclus et suivi prospectivement. Les patients en phase d’induction ou ayant une interruption du traitement par infliximab pendant la période d’étude ont été exclus. Les données clinico-biologiques, la survenue d’événements infectieux dans l’intercure et la concentration résiduelle d’infliximab, ont été recueillies à chaque perfusion. L’exposition à l’infliximab entre deux perfusions a été estimée par le calcul de l’aire sous la courbe des concentrations (ASC) par modélisation pharmacocinétique compartimentale. La somme des ASC représentait l’exposition au traitement pendant la période d’étude. Les facteurs de risque indépendants d’infection ont été identifiés par régression logistique.

Résultats

Parmi les 288 patients traités par infliximab pendant la période d’étude, 209 ont été inclus : 102 hommes (49 %), âge moyen 39 ± 14 ans, 159 maladies de Crohn (76 %) et 50 rectocolites hémorragiques (24 %). Une combothérapie était en cours pour 54 patients (26 %). La dose moyenne d’infliximab administrée était de 455 mg (± 197), à intervalle moyen de 8 semaine (± 1,6). La somme des ASC par patient était en moyenne de 3964±444 mg.h/L sur la période d’étude, correspondant à une période d’exposition médicamenteuse moyenne explorée de 24.7±3.5semaines. Lors des 640 perfusions, 202 événements infectieux ont été rapportés (63 (31 %) infections bactériennes, 130 (64 %) infections virales, 9 (5 %) infections fungiques). Au total, 123 patients (59%) ont présenté au moins une infection, 64 (30 %) plus de 2 épisodes infectieux et 46 patients (22%) ont reçu au moins une antibiothérapie. 

Après analyse multivariée dans une approche longitudinale par patient, les seules variables significativement corrélées à la survenue d’au moins une infection au cours du suivi étaient l’activité de la maladie digestive (OR=2,71 IC95[1,31-5,55], p=0,007) et une somme des ASC du patient >5261 mg.h/L (OR 2,28 IC95[1,1-5,09], p= 0,04). En outre, la somme des ASC d’un patient au cours du suivi étaient significativement et positivement associée au nombre d’infections par patient, aux infections virales et bactériennes, à l’activité de la maladie, à l’absence d’antécédent de maladie périnéale, à l’absence d’antécédent chirurgical digestif et à l’existence d’une combothérapie. 

Transversalement, l’analyse par perfusion ne retrouvait pas d’association entre la concentration résiduelle d’infliximab et la survenue d’une infection.

Discussion

Conclusion

Près de deux tiers des patients ont été concernés par au moins une infection au cours des 6 mois de l’étude, événement associé à une exposition cumulée élevée à l’infliximab. Si la concentration résiduelle d’infliximab permet l’ajustement thérapeutique ponctuel, elle ne reflète pas l’exposition réelle à l’infliximab. Ce résultat incite à envisager dès que possible une désescalade de dose ou d’intervalle du traitement d’entretien par infliximab en prévention du risque infectieux. 

Remerciements