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CO.014 - Une hyperactivation de la protéine YAP dans les hépatocytes module la régénération et l’inflammation au cours de l’hépatite alcoolique sévère

M. Bousaleh, G. Lassailly, M. Ningarhari, V. Gnemmi, F. Maggiotto, F. Artru, E. Boleslawski, E. Anglo, S. Pau, S. Truant, A. Corlu, J. Argemi, S. Dharancy, R. Bataller, P. Mathurin, A. Louvet, L. Dubuquoy

Introduction

L'hépatite alcoolique sévère (HA) est une maladie grave et complexe dont la physiopathologie est mal connue en raison de la difficulté d'accès aux prélèvements humains et au manque de modèles animaux pertinents. L’HA se caractérise par un profil inflammatoire particulier caractérisé par un important infiltrat de polynucléaires neutrophiles (PNN). Des données récentes de notre groupe démontrent une activation anormale du facteur de transcription YAP au niveau des hépatocytes des patients présentant une HA. Les conséquences de cette activation de YAP restent à préciser et notre objectif a été de caractériser les conséquences de l’activation hépatocytaire de YAP au cours de l’HA.

Patients et Methodes

Ce projet est une étude translationnelle utilisant des des prélèvements issus d’explants de patients soit transplantés pour HA résistante au traitement médical (n = 28), soit pour cirrhose alcoolique (Cirrh, n = 20) ou provenant de foie « contrôle » de patients (Ctrl = 19) opérés métastases. Cette étude bénéficie de l’accord du comité d'éthique hospitalo-universitaire (CPP14/67). Les hépatocytes marqués pour YAP en cas d’HA ont été isolés par microdissection laser. Leurs profils transcriptomiques réalisés par RNA Seq ont été comparés aux hépatocytes de patients cirrhotiques et contrôles. Les conséquences de l’hyperactivation de YAP ont été évaluées in vivo dans un modèle murin d’alcoolisation de type Lieber De Carli et dans un modèle de régénération hépatique après intoxication au tétrachlorure de carbone (CCl4).

Résultats

L’analyse transcriptomique issue de la microdissection laser des hépatocytes d’HA montrait un important défaut des gènes d’identité hépatocytaire et une dérégulation de ceux du cycle cellulaire. L’expression des chimiokines conduisant à l’infiltration par les PNN : CXCL5, CXCL8 et CXCL1 (Log2 FC 4.83 ; 3,80 ; 3,67 respectivement) était fortement induite (top 10 des gènes les plus induits dans les hépatocytes d’HA par rapport aux deux autres groupes). Afin de modéliser l’hyperactivation de YAP dans l’HAA, des souris surexprimant un YAP constitutivement activé étaient soumises à un protocole d’alcoolisation. Ces souris présentaient une dédifférenciation des hépatocytes qui exprimaient plus fréquemment des marqueurs biliaires que les souris contrôles : SOX9 (p=0,02) et HNF1b (p=0,04). Des infiltrats inflammatoires et des zones de nécrose étaient observés concomitamment à une induction de l’expression de cytokines (IL1b et TNFa) et chimiokines (CXCL1 et 5) inflammatoires. Dans le modèle de régénération au CCl4 la surexpression hépatocytaire de YAP était associée à une diminution significative d’incorporation de BrdU (-77% ; p< 0,0001) témoignant d’un blocage de la prolifération hépatocytaire.

Discussion

Conclusion

Cette étude identifie la protéine YAP comme un régulateur de l’identité hépatocytaire capable d’altérer la régénération et de favoriser les processus inflammatoires au cours de l’HA. L’hyperactivation de YAP dans l’hépatocyte induit sa dédifférenciation, bloque sa prolifération et de manière plus surprenante, produit de nombreuses chimiokines conduisant à l’infiltrat par les PNN. L’ensemble de ces résultats identifient la protéine YAP comme un acteur majeur de la physiopathologie de l’HA et donc une nouvelle cible thérapeutique originale.

Remerciements

Les auteurs remercient l’AFEF, la région Haut de France et le NIAAA pour leur soutien financier.