Alcool et stéatopathie métabolique : la vérité est dans les cheveux !
Société Savante des Maladies et Cancers de l'Appareil Digestif

Domaine concerné
Diagnostic

Degré d'innovation
Important

Avancement
Recherche clinique

Impact patient

Impact soin
Moyen

Intérêt

Arrivée dans la pratique
Futur proche

Rédacteur
Docteur Lucy MEUNIER

Enthousiasme

À la une 05/09/2022

Alcool et stéatopathie métabolique : la vérité est dans les cheveux !

La stéatopathie métabolique (NAFLD) et l’hépatopathie liée à l’alcool (ALD) partagent plusieurs caractéristiques physiopathologiques et cliniques. L’histologie hépatique ne permet pas toujours de faire la distinction entre les 2 pathologies. Étant donné que plus de 75 % des adultes en Europe et en Amérique consomment de l'alcool, et qu'environ 70 % des patients sont en surpoids ou obèses, la coexistence des facteurs de risque métaboliques et de consommation d'alcool rend difficile une distinction claire entre ces 2 pathologies.

 

Le but de cette étude était d’évaluer la consommation d’alcool par un marqueur objectif (éthylglucuronide dans les cheveux, hEtG) chez des patients étiquetés au préalable avec stéatopathie métabolique ou hépatopathie liée à l’alcool. Ce marqueur de consommation d’alcool à également été comparé à d’autres marqueurs uEtG (ethylglucuronide urinaire), questionnaire AUDIT-C, CDT (transferrine désialylée), VGM (volume globulaire moyen), GGT, ALD/ NAFLD index (ANI).

 

Au total, 184 patients ont été inclus prospectivement entre mars 2013 et novembre 2018 dans 3 centres Autrichiens : 114 avec stéatopathie métabolique (définie selon les critères EASL) et 70 avec hépatopathie liée à l’alcool. Il s’agissait majoritairement d’hommes (113, 61,4 %), d’âge moyen 54 ans et pour 40,2 % cirrhotiques. Dans le groupe stéatopathie métabolique, initialement 52.6 % (60/114) des patients avaient déclaré une consommation d’alcool faible (< 20g par jour pour les femmes et < 30g par jour pour les hommes) et 47.4 % (54/114) aucune consommation d’alcool. Dans le groupe hépatopathie liée à l’alcool, initialement 18.6 % (13/70) des patients déclaraient une consommation d’alcool et 81.4 % (57/70) une abstinence complète depuis au moins 6 mois. L’analyse de l’hEtG des patients classés « stéatopathie métabolique » révélait une consommation d’alcool modérée à excessive chez 29.8 % (34/114) des patients, après confrontation des résultats les patients admettaient une consommation plus importante que celle déclarée initialement. De même, dans le groupe « hépatopathie liée à l’alcool », 28.6 % (20/70) des patients avaient un hEtG positif témoin d’une consommation d’alcool modérée ou excessive dans les 6 derniers mois.

Concernant les autres marqueurs pour détecter une consommation modérée d’alcool : CDT, VGM, GGT, uEtG (seuil > 0.1 mg/l) et uEtG (seuil > 0.5 mg/l) avaient des aires sous la courbe ROC (AUROC) à 0.544, 0.500, 0.569, 0.766 et 0.659 respectivement contre 0.897 pour hEtG (Figure).


En conclusion, la détection de l’éthylglucuronide dans les cheveux a dans cette étude, une excellente performance pour identifier une consommation modérée ou excessive d’alcool notamment chez des patients initialement étiquetés avec stéatopathie métabolique.

 

Figure
Sensibilité et spécificité des marqueurs de consommation d’alcool pour la détection d’une consommation modérée

Commentaires
 

Cette étude prospective apporte 2 informations majeures pour notre pratique clinique :

  • La première concerne les performances diagnostiques des tests de détection de l’alcool. Cette étude remet en question l’utilisation des GGT, CDT et VGM pour évaluer cette consommation d’alcool. En revanche, elle conforte l’intérêt du dosage de l’ éthylglucuronide (EtG) dans les cheveux et les urines. La place de cet outil reste encore à déterminer en pratique clinique mais l’intérêt est certain.
     
  • La deuxième information notable est la proportion non négligeable de patients étiquetés «stéatopathie métabolique » (29.8 %), c’est-à-dire à priori sans ou avec faible consommation d’alcool qui ont en fait une consommation modérée à excessive mise en évidence par l’hEtG et confirmée dans un 2ème temps par le patient.

En conclusion, la consommation d'alcool potentiellement nocive chez les patients atteints de stéatopathie métabolique présumée ne peut pas être détectée de manière fiable par les moyens de diagnostic courants. Les auteurs préconisent donc l’intégration de l'hEtG et de l'uEtG dans le diagnostic de routine chez ces patients en plus de l'AUDIT-C, au lieu des méthodes de dépistage traditionnelles pour le dépistable de la consommation d’alcool modérée à sévère.

Références
 
Titre :

Alcool et stéatopathie métabolique : la vérité est dans les cheveux !

Titre original :

Ethyl glucuronide in hair detects a high rate of harmful alcohol consumption in presumed non-alcoholic fatty liver disease

Auteurs :

Katharina Staufer, Ursula Huber-Schönauer, Georg Strebinger, Philipp Pimingstorfer, Silke Suesse, Thomas-Matthias Scherzer, Bernhard Paulweber, Peter Ferenci, Thomas Stimpfl, Michel Yegles, Christian Datz, Michael Trauner

Source(s) :

Article

Revue :

Journal of Hepatology

Références biblio. :

2022 May 20;S0168-8278(22)00316-6. doi: 10.1016/j.jhep.2022.04.040

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