Alerte sur les adénomes festonnés : Il faut les voir, les enlever, les surveiller !
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À la une 07/01/2011

Alerte sur les adénomes festonnés : Il faut les voir, les enlever, les surveiller !

Cet éditorial publié dans Gastroenterology soulève le fait qu’à défaut de les voir, on ne peut plus négliger les lésions festonnées et qu’il faut maintenant prendre en compte ces lésions pour définir la surveillance des patients. Cet éditorial accompagne 2 publications sur les lésions festonnées dans le même numéro de Gastroenterology. La première étude, qui porte sur plus de 10000 patients ayant eu une première coloscopie, observe que la présence d’une large lésion festonnée est étroitement corrélée à la présence d’un cancer ou d’une lésion avancée. La seconde, qui porte sur plus de 3000 coloscopies, aboutit aux mêmes conclusions. Cette seconde étude montre aussi que la présence d’une large lésion festonnée lors d’une première coloscopie expose au risque de voir plus de cancers ou de lésions avancées lors de la coloscopie de surveillance.

Ces lésions festonnées comportent les adénomes festonnés traditionnels (AFT) et les adénomes festonnés sessiles (AFS) et sont classés avec les polypes hyperplasiques. Mais ils s’en distinguent en histologie  par  l’aspect dentelé des cryptes, caractéristiques des lésions hyperplasiques,qui va jusqu’à la base des cryptes (qui même s’horizontalisent pour les AFS) et par leur potentiel de dégénérescence via une voie dite "festonnée" de la cancérogénése. Cette voie festonnée est différente pour les AFT (mutation K-ras) et pour les AFS (mutation BRAF). Ce sont surtout les AFS qui, à défaut d’être bien visibles, doivent retenir l’attention : ils siègent dans le colon droit, sont souvent plans et difficiles à distinguer même sessiles (le taux d’AFS « omis » peut dépasser 50%). Ils ne sont pas rares (9% des polypes ou 2% des patients selon les séries). Ils peuvent conduire à un cancer avec instabilité microsatellite et pourraient expliquer que la coloscopie ne « protège » pas, dans les dernières études, du cancer du côlon droit. Ces cancers festonnés pourraient représenter 30% des cancers d'intervalle. Recommandation : les connaitre, avoir un œil attentif dans le côlon droit, les rechercher sous les selles car elles sont couvertes de mucus qui accroche les selles, colorer par indigo carmin le colon proximal quand on commence à voir une lésion de ce type, et les enlever systematiquement contrairement aux polypes hyperplasiques.
Commentaires
 

La connaissance en médecine est faite d’avancées progressives construites pas à pas mais aussi de soudains emballements. Ces soudains emballements sont étonnants quand ils concernent des lésions ou des étiologies qui étaient sous notre nez et que nous n’avions pas vues : c’est le cas bien sûr d’Hélicobacter Pylori, mais aussi des TIPMP qui ont dues être confondues longtemps avec les pancréatites chroniques. On peut classer les lésions festonnées coliques dans cette catégorie : elles étaient sous notre nez et on commence seulement à en parler. Cela en est même incroyable : Toute une carrière consacrée à la coloscopie pour apprendre tout d’un coup qu’on a « raté » ou méconnu toute sa vie une pathologie qui représente presque 10 % des polypes. A partir de ces données, il faudrait théoriquement fixer de nouvelles règles de surveillance. Cet éditorial pointe cependant du doigt les difficultés suivantes : ces lésions sont encore mal classées par les anatomopathologistes et on ne sait pas si la voie festonnée de cancérogènèse est rapide ou non (les données actuelles sont contradictoires sur ce sujet). Les auteurs recommandent d’enlever toutes les lésions festonnées siégeant dans le côlon proximal. Ensuite il propose une coloscopie de surveillance à 1 an en cas de polypose dentelée, à 3 ans en cas de polype festonné avec un certain degré de dysplasie, localisé en amont de l’angle splénique ou de diamètre supérieur à 10mm. Les auteurs reprennent à peu près les mêmes recommandations que pour les adénomes classiques mais insistent pour dire que ces recommandations sont empiriques et que pour certains cas, une discussion avec l’anatomopathologiste pourra être utile. Pour nous, une surveillance à 3 ans est celle que nous appliquons aux adénomes avancés. Il faut certainement que les sociétés savantes en France communiquent sur ces lésions pour les faire connaitre, pour qu’elles ne soient pas considérées non évolutives, comme les polypes hyperplasiques, et pour instituer certes de façon empirique une surveillance, peut être du type de celle préconisée dans cet éditorial.

Références
 
Titre :

Alerte sur les adénomes festonnés : Il faut les voir, les enlever, les surveiller !

URL : Surveillance Guidelines Should Be Updated to Recognize the Importance of Serrated Polyps
Auteurs :

Terdiman J-P, Mc Quaid K-R

Source(s) :

Article

Revue :

Gastroenterology

Références biblio. :

GASTROENTEROLOGY 2010;139:1444–1464

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