Beaucoup de cas familiaux dans les tumeurs carcinoides du grêle ?
Société Savante des Maladies et Cancers de l'Appareil Digestif

Domaine concerné
Prévention

Degré d'innovation
Important

Avancement
Validé

Impact patient

Impact soin
Important

Intérêt

Arrivée dans la pratique
Immédiat

Rédacteur
Professeur Jean-Christophe SAURIN

Enthousiasme

À la une 05/10/2015

Beaucoup de cas familiaux dans les tumeurs carcinoides du grêle ?

Ce travail original et important concerne l’étude de 33 familles pour lesquelles au moins 2 individus apparentés ont développé une tumeur carcinoïde de l’intestin grêle, soit en tout 44 individus présentant une telle tumeur endocrine et 137 apparentés au premier degré (parents, frères, sœurs) de ces personnes atteintes. Les 137 apparentés ont fait l’objet d’une recherche (capsule endoscopique, scanner abdomino-pelvien et scintigraphie (18F-DOPA)). Parmi ces 137 apparentés, 29 présentaient une tumeur carcinoïde du grêle (21 %) dont 19 (33,9 %) des 56 apparentés âgés de plus de 50 ans. La laparotomie confirmait la présence d’une tumeur endocrine chez 23 des 26 (88 %) individus qui acceptaient cette laparotomie. Une comparaison rétrospective du phénotype des personnes affectées dans ces 33 familles avec les séries historiques relevait la grande fréquence (67 %) des tumeurs endocrines multiples du grêle dans ces « familles à risque » versus des tumeurs sporadiques (plutôt aux alentours de 20 %). Enfin dans 1 seule famille était mise en évidence une anomalie génétique dominante compatible avec la transmission du risque, concernant le gène IMPK sur le chromosome 10, probable gène suppresseur de tumeur coactivant p53. Aucune des 32 autres « familles de carcinoïde » ne présentait de mutation de ce gène.

Commentaires
 

L’importance de ce travail est triple. Le résultat le plus important, probablement, est la très haute fréquence de tumeurs carcinoïdes du grêle dépistées chez les apparentés au premier degré, dans ces familles accumulant au moins 2 cas de carcinoïdes. Cette notion était totalement occultée jusqu’à présent, et milite pour une politique de dépistage, qui doit au moins faire l’objet d’une réflexion dans le futur, des tumeurs carcinoïdes du grêle dans certaines familles. Quasiment 34 % des apparentés de plus de 50 ans, cela ressemble beaucoup à une transmission dominante du risque avec une forte pénétrance de la maladie. Le second résultat important, mais à prendre avec prudence du fait des biais possibles d’une étude rétrospective (pas de recherche homogène de lésions multiples dans les séries historiques, bilan pré opératoire différent, technique d’exploration per opératoire différente) est la fréquence élevée des lésions multiples (67 %) dans ces contextes familiaux. Cependant, la notion de tumeurs multiples associées avec un risque familial permettrait une sélection très facile et intéressante des familles dans lesquelles un dépistage pourrait être proposé aux apparentés. Le dernier résultat important est l’identification d’une nouvelle anomalie génétique, clairement délétère et bien liée à la présence de la maladie dans une grande famille. La génétique sera cependant forcément plus complexe puisqu’aucune des 32 autres familles ne présentait une anomalie du même gène. Une page très intéressante de la connaissance des tumeurs endocrines du grêle est en tout cas en train de s’ouvrir.

Références
 
Titre :

Tulmeurs carcinoides du grêle : on n'échappe pas à sa famille....

Titre original :

A Hereditary Form of Small Intestinal Carcinoid Associated With a Germline Mutation in Inositol Polyphosphate Multikinase

Auteurs :

Yoshitatsu Sei, Xilin Zhao, Joanne Forbes, Silke Szymczak, Qing Li, Apurva Trivedi, Mark Voellinger, Grishma Joy, Jianying Feng, Millie Whatley, MaryPat Sussex Jones, Ursula L. Harper, Stephen J. Marx, Aradhana M. Venkatesan, Settara C. Chandrasekharappa, Mark Raffeld, Martha M. Quezado, 8 Adeline Louie, Clara C. Chen, Ramona M. Lim, Richa Agarwala, Alejandro A. Schäffer, Marybeth S. Hughes, Joan E. Bailey-Wilson, and Stephen A. Wank

Source(s) :

Article

Revue :

Gastroenterology

Références biblio. :

Gastroenterology. 2015 Jul;149(1):67-78. doi: 10.1053/j.gastro.2015.04.008. Epub 2015 Apr 9.

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