Cancer colorectal métastatique : quelle biothérapie en première ligne ? Le choc des titans
Société Savante des Maladies et Cancers de l'Appareil Digestif

Domaine concerné
Thérapeutique

Degré d'innovation
Important

Avancement
Stade préclinique

Impact patient

Impact soin
Important

Intérêt

Arrivée dans la pratique
Futur proche

Rédacteur
Professeur Julien TAIEB

Enthousiasme

À la une 24/11/2014

Cancer colorectal métastatique : quelle biothérapie en première ligne ? Le choc des titans

Deux classes d’agents ciblés sont actuellement disponibles pour le traitement du CCR métastatique. Les antiangiogéniques et les anti-EGFRs. Malgré de nombreuses études publiées et montrant l’efficacité des ces deux agents, aucune ne les avait comparés directement. Cette étude du groupe coopérateur allemand AIO a randomisé 592 patients atteints de cancer colorectal métastatique, non mutés pour le KRAS exon 2, entre FOLFIRI+ cetuximab vs FOLFIRI+ bevacizumab. L’objectif principal de l’étude était le taux de réponse objective. Les résultats montrent en intention de traiter des taux de réponse supérieurs avec le cetuximab mais sans que la différence soit significative (62 vs 58%, p=0,18), elle le devenait en revanche en per-protocole. De manière étonnante ce travail montre une nette supériorité des anti-EGFRs sur les résultats de survie globale (28,7 vs 25 mois, p=0,017) alors qu’il n’existait pas de différence pour la survie sans progression (10,0 vs 10,3 mois, p=0,55) entre les bras. Les auteurs concluaient que chez les patients KRAS exon 2 non mutés le cetuximab devrait être la thérapie ciblée de prédilection en première ligne de traitement du CCR métastatique.

Commentaires
 

Cette étude est la première grande étude à enfin comparer les deux agents ciblés que nous utilisons en première ligne de traitement dans notre quotidien. Elle montre clairement un avantage de survie globale en faveur des anti-EGFRs, et il semble que le taux de réponse soit lui aussi meilleur, in fine, avec cette classe thérapeutique. En revanche, l’absence d’amélioration de la survie sans progression nous laisse un peu perplexe d’un point de vu intellectuel. Plusieurs hypothèses on été évoquées, comme l’exposition de 100% des patients KRAS exon 2 non mutés à une molécule efficace : le cetuximab dans le bras anti-EGFR alors que seul une proportion des patients recevaient in fine cet agent dans l’autre bras. L’idée que la profondeur de la réponse pourrait aussi impacter la survie globale, sans faire bouger la survie sans progression, a été évoquée. Enfin il existe une littérature préclinique montrant qu’un mode d’échappement thérapeutique des tumeurs traitées par un anti-EGFR était la stimulation de la voie de l’angiogénèse qui pourrait expliquer une plus grande efficacité des anti-angiogéniques en deuxième ligne dans ces circonstances.
Au total cette étude est la 1ère grande étude de phase III à montrer une survie globale augmentée avec l’utilisation d’un anti-EGFR en 1ere ligne mais une étude américaine récemment communiquée semble montrer des résultats plutôt en faveur d’une équivalence. Il va nous falloir au cours des prochaines années analyser plus en détails les caractéristiques de ces études pour conclure sur ce sujet épineux. En essayant de rester objectif et de ne pas faire entrer en jeu notre défiance face aux effets secondaires cutanés des anti-EGFR, ou nos difficultés à obtenir les résultats de biologie moléculaire aujourd’hui incontournables dans la prise en charge du CCR métastatique.

Références
 
Titre :

EGFR dans le traitement des cancers colorectaux métastatiques KRAS non muté

Titre original :

FOLFIRI plus cetuximab versus FOLFIRI plus bevacizumab as first-line treatment for patients with metastatic colorectal cancer (FIRE-3): a randomised, open-label, phase 3 trial

Source(s) :

Article

Revue :

Lancet Oncology

Références biblio. :

Lancet Oncol. 2014 Sep;15(10):1065-75.

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