Carcinome épidermoïde de l’anus métastatique : une trithérapie prometteuse !
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Domaine concerné :
Thérapeutique
Degré d’innovation :
Important
Avancement :
Recherche clinique
Impact patient :
Impact soin :
Important
Intérêt :
arrivée dans la pratique :
Immédiat
 
 
rédacteur :
Professeur Thomas APARICIO
enthousiasme :
 
 
05/12/2018
 
  Sujet :  
 
  Carcinome épidermoïde de l’anus métastatique : une trithérapie prometteuse !  
 
 

Bien que l’incidence du carcinome épidermoïde de l’anus augmente, il n’y a pas actuellement de chimiothérapie de référence en situation métastatique. L’étude Epitopes-HPV02 a évaluée l’efficacité et la tolérance de la triple association docétaxel, cisplatine et 5-fluorouracile chez des patients atteints d’un carcinome épidermoïde de l’anus métastatique ou en récidive locale non résécable. Cette étude de phase II multicentrique a inclus 69 patients avec un statut de performance OMS 0 ou 1 et au moins une lésion tumorale mesurable. Les patients ayant reçu préalablement une chimiothérapie par cisplatine et/ou 5-fluorouracile concomitante à une radiothérapie pour une maladie localisée ainsi que les patients séropositifs pour le VIH dont le nombre de lymphocytes CD4 était supérieur à 400/mm3, étaient incluables.

La chimiothérapie administrée était soit 6 cures de DCF (75 mg/m2 de docétaxel + 75 mg/m2 de cisplatine à J1 + 750 mg/m2 par jour de fluorouracile pour 5 jours, toutes les 3 semaines) soit 8 cures de DCF modifié (40 mg/m2 docétaxel + 40 mg/m2 de cisplatine à J1 + 1200 mg/m2 par jour de 5-fluorouracile pour 2 jours, toutes les 2 semaines). Le choix du protocole de chimiothérapie était laissé libre à l’investigateur mais il était recommandé de d’administrer un DCFm chez les patients de plus de 75 ans et/ou OMS 1. Le critère de jugement était le taux de survie sans progression à 12 mois. L’étude était considéré comme positive si 17% des patients étaient sans progression à 12 mois. Trois patients n’ont pas reçu de traitement et ont été exclu de l’étude, 36 patients ont reçu un DCF et 30 patients un DCFm. 

Le critère de jugement principal était atteint puisque 31 (47%) des 66 patients étaient vivant sans progression à 12 mois. Un taux de réponse objective élevé était observé (86%) dont 44% de réponse complète. La survie sans progression médiane était de 11 mois (IC95% 9,3 – 16,4). Le taux de survie à 12 mois était de 83,1% (IC95% 71,5 – 90,3). Le taux de réponse objective, la survie sans progression médiane et le taux de survie à 12 mois étaient comparables que les patients aient reçu du DCF ou du DCFm. Huit (12%) des patients ont eu une résection chirurgicale de leur maladie métastatique.

Un effet indésirable grade 3-4 a été observé chez 46 (70%) patients (30 [83%] patients traités par DCF et 16 [53%] patients traités par DCFm. Les effets indésirables grade 3-4 les plus fréquent étaient les neutropénies (23%), (22% pour le DCF vs 23% pour le DCFm), les diarrhées (18%), (25% vs 10%), l’asthénie (15%), (22% vs 7%), l’anémie (15%), (17% vs 13%), les lymphopénies (12%), (8% vs 17%), les mucites (11%), (19% vs 0%) et les vomissements (11%), 14% vs 7%). Aucun effet indésirable de grade 4 non-hématologique ni de neutropénie fébrile n’a été observé chez les patients traités par DCFm. Aucun décès attribuable au traitement n’a été observé. De plus des données biologiques obtenues chez 50 patients suggèrent que la triple association augmente la réponse immune anti-HPV.

 
 
Commentaires
 
 

Les études concernant le traitement des carcinomes épidermoïde de l’anus métastatiques sont rares, le plus souvent rétrospective. Le taux de réponse objective de 86% dont 44% de réponse complète observé est impressionnant et n’a jamais été rapporté avec la double association cisplatine + 5-fluorouracile ou carboplatine + paclitaxel les plus fréquemment étudiées auparavant. Une étude de phase 2 randomisée présentée à l’ESMO 2018 a évaluée l’association cisplatine + 5-fluorouracile (CF) et carboplatine + paclitaxel (CP). Le taux de réponse objective était de 59% dans le bras CP et de 57% dans le bras CF. La survie globale médiane était meilleure dans le bras CP  (20,0 mois vs 12,3 mois, p = 0,014) et la toxicité était moindre dans le bras CP (Rao S et al, ESMO 2018, LBA 21). L’ensemble de ces résultats sont en faveur de l’utilisation d’un taxane dans le traitement des cancers de l’anus métastatiques. L’association DCFm parait être la meilleure association pour les patients OMS 0 ou 1 et devrait servir de comparateur dans de futurs essais de phase III. D’autre part, l’association DCFm et inhibiteurs de points de contrôle immunitaire serait intéressante à évaluer.

 
 
  Références :  
 
Titre :   Carcinome épidermoïde de l’anus métastatique : une trithérapie prometteuse !
Titre original :   Docetaxel, cisplatin, and fluorouracil chemotherapy for metastatic or unresectable locally recurrent anal squamous cell carcinoma (Epitopes-HPV02): a multicentre, single-arm, phase 2 study
Auteurs :   Kim S, François E, André T, Samalin E, Jary M, El Hajbi F, Baba-Hamed N, Pernot S, Kaminsky MC, Bouché O, Desrame J, Zoubir M, Ghiringhelli F, Parzy A, de la Fouchardière C, Smith D, Deberne M, Spehner L, Badet N, Adotevi O, Anota A, Meurisse A, Vernerey D, Taïeb J, Vendrely V, Buecher B, Borg C.
Source :   Article
Revue :   Lancet Oncology
Références biblio. :   Lancet Oncol. 2018 Aug;19(8):1094-1106. doi: 10.1016/S1470-2045(18)30321-8. Epub 2018 Jul 2.
 
     
     
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