Confirmation de l'effet antitumoral des analogues de la somatostatine dans les TNE
Société Savante des Maladies et Cancers de l'Appareil Digestif

Domaine concerné
Thérapeutique

Degré d'innovation
Important

Impact patient

Intérêt

Arrivée dans la pratique
Immédiat

Rédacteur
Professeur Guillaume CADIOT

Enthousiasme

À la une 28/10/2013

Confirmation de l'effet antitumoral des analogues de la somatostatine dans les TNE

L’essai prospectif randomisé contre placebo PROMID (85 patients) avait démontré que l’octréotide retard à la dose mensuelle de 30 mg augmentait significativement le temps jusqu'à progression des tumeurs neuroendocrines (TNE) du grêle métastatiques (Rinke et al. JCO 2009). Celui-ci passait de 6 à 14,3 mois avec un hazard ratio de 0,34. Cependant cet effet n’existait que chez les patients ayant un faible envahissement hépatique (< 10%). De plus la grande majorité des malades avait un indice de prolifération (Ki67) < 2% (G1). Enfin, la notion de progression avant traitement n’était pas connue chez tous les patients. D’autres études, essentiellement rétrospectives, avaient également suggéré un effet antitumoral avec cet analogue, mais aussi avec l’autre molécule, le lanréotide. Le TNCD avait déjà recommandé les analogues de la somatostatine dans la stratégie thérapeutique, notamment dans les TNE du grêle peu évolutives, avec faible envahissement hépatique et avec faible indice de prolifération.
 
L’étude CLARINET (présentée à l’ESMO cette année), faite avec la somatuline autogel 120 mg tous les mois, a concerné des malades atteints de TNE métastatiques ou localement évoluées, bien différenciées, de tous sièges, notamment du pancréas et du grêle, avec indice de prolifération < 10%. L'évolutivité tumorale était connue avant l'inclusion. La scintigraphie des récepteurs de la somatostatine devait être positive. 204 patients ont été randomisés ; 45% avaient une TNE pancréatique et 36% une TNE du grêle. Les tumeurs étaient G1 chez 69 %, 52% avaient un taux d’envahissement hépatique < 10% et 33% > 25%. Un point fondamental est le fait que les tumeurs étaient non évolutives dans les 6 derniers mois chez 95% des patients. La médiane de la survie sans progression n’a pas été atteinte dans le groupe traité vs 18 mois dans le groupe placebo, avec un hazard ratio 0,47 (0,30-0,73) (P=0,0002). L’effet était plus important dans les TNE du grêle (HR 0,35 ; 0,16-0,80) que dans les TNE du pancréas (HR 0,58 ; 0,32-1,04). Il était également observé de façon significative dans les groupes avec Ki67 < 2% ou  > 2% et dans les groupes avec envahissement hépatique faible (< 25%) ou plus important (> 25%). Il n’y avait pas d’effet sur la survie globale. La tolérance était bonne.

 

Commentaires
 

Cette étude confirme l’effet antitumoral des analogues de la somatostatine dans les TNE métastatiques ou localement évoluées bien différenciées avec indice de prolifération < 10%. En effet le traitement par somatuline double la survie sans progression par rapport au placebo. Elle montre que cet effet existe aussi pour les TNE du pancréas, mais à un moindre degré que pour les TNE du grêle. Il existe aussi en cas d’envahissement hépatique > 25%, sachant quand même que le pourcentage de patients avec un envahissement hépatique > 50% était faible (16%). Les points forts de l’étude sont le nombre important de malades, l'inclusion de tumeurs primitives de sièges variés, l’étude de l’évolutivité tumorale avant traitement et l’inclusion de malades avec Ki67 relativement élevé. Le point faible est la très faible proportion de patients dont la masse tumorale était évolutive avant traitement. Ceci se reflète d’ailleurs par une survie sans progression médiane très longue sous placebo (18 mois). Les résultats des 2 études prospectives PROMID et CLARINET permettent donc de confirmer que les 2 analogues de la somatostatine ont une place dans l’arsenal thérapeutique antitumoral des TNE. Cette place reste actuellement en discussion au sein du groupe qui coordonne le TNCD dont la version actualisée devrait être publiée avant la fin de l’année. La logique serait de placer les analogues en alternative à la surveillance chez certains patients dont les tumeurs n’évoluent pas ou peu et en cas d’évolution lente si le taux d’envahissement hépatique est faible. Conflits d’intérêt : GC est signataire de l’étude CLARINET et a servi de conseils auprès des laboratoires Ipsen et Novartis. Il coordonne le sous-groupe TNE du TNCD.

Références
 
Titre :

Confirmation de l'effet antitumoral des analogues de la somatostatine dans les TNE

Titre original :

A randomized, double-blind, placebo-Controlled study of Lanreotide Antiproliferative Response in patients with gastroenteropancreatic NeuroEndocrine Tumors (CLARINET)

Auteurs :

Caplin

Source(s) :

Congrès

SNFGE.org