Consommation régulière d’aliments « bio » et diminution du risque de survenue de cancer
Société Savante des Maladies et Cancers de l'Appareil Digestif

Domaine concerné
Prévention

Degré d'innovation
Important

Avancement
Non validé

Impact patient

Impact soin
Important

Intérêt

Arrivée dans la pratique
Immédiat

Rédacteur
Docteur Roger FAROUX

Enthousiasme

À la une 08/01/2019

Consommation régulière d’aliments « bio » et diminution du risque de survenue de cancer

IMPORTANCE
Although organic foods are less likely to contain pesticide residues than conventional foods, few studies have examined the association of organic food consumption with cancer risk.

OBJECTIVE
To prospectively investigate the association between organic food consumption and the risk of cancer in a large cohort of French adults.

DESIGN, SETTING, AND PARTICIPANTS
In this population-based prospective cohort study among French adult volunteers, data were included from participants with available information on organic food consumption frequency and dietary intake. For 16 products, participants reported their consumption frequency of labeled organic foods (never, occasionally, or most of the time). An organic food score was then computed (range, 0-32 points). The follow-up dates were May 10, 2009, to November 30, 2016.

MAIN OUTCOMES AND MEASURES
This study estimated the risk of cancer in association with the organic food score (modeled as quartiles) using Cox proportional hazards regression models adjusted for potential cancer risk factors.

RESULTS
Among 68 946 participants (78.0% female; mean [SD] age at baseline, 44.2 [14.5] years), 1340 first incident cancer cases were identified during follow-up, with the most prevalent being 459 breast cancers, 180 prostate cancers, 135 skin cancers, 99 colorectal cancers, 47 non-Hodgkin lymphomas, and 15 other lymphomas. High organic food scores were inversely associated with the overall risk of cancer (hazard ratio for quartile 4 vs quartile 1, 0.75; 95%CI, 0.63-0.88; P for trend = .001; absolute risk reduction, 0.6%; hazard ratio for a 5-point increase, 0.92; 95%CI, 0.88-0.96).

CONCLUSIONS AND RELEVANCE
A higher frequency of organic food consumption was associated with a reduced risk of cancer. Although the study findings need to be confirmed, promoting organic food consumption in the general population could be a promising preventive strategy against cancer.

Commentaires
 

Cet article publié par le JAMA Int Med et issu de la cohorte Française Nutrinet-Santé, fait le buzz dans la presse non médicale, avec des commentaires parfois peu nuancés, dans les deux sens.

Nutrinet-Santé est une cohorte prospective d’adultes volontaires initiée en 2009 dont l’objectif est d’étudier les relations nutrition-santé, comptant actuellement près de 280 000  « nutrinautes » . L’étude ici commentée porte sur 68 946 participants, surtout des femmes (78%) d’âge moyen 44 ans suivis pendant 4,5 ans.

Etaient colligées des données socio démographiques, anthropométriques, sur le mode de vie et l’activité physique. La consommation de produits bio était estimée à la base line et  semestriellement sur un questionnaire  en ligne selon 8 modalités de fréquence de consommation : « la plupart du temps », « occasionnellement », « jamais »  (trop cher, non disponible, non intéressé, j’évite ces produits, sans raison spécifique, ne sait pas) et pour  16 types de produits (Fruits, légumes, à base de soja, produits laitiers, viande, poisson œufs, légumineuses, céréales, pains, farines, huiles végétales et condiments, plats préparés, café, thé infusions, vin etc…)

La réduction absolue du risque est de 0,6% chez les forts consommateurs de produits bio. La réduction relative du risque de cancer, après ajustement sur les facteurs de confusion est de 25% (HR Q4 vs Q1,0.75 ; 95%CI,0.63-0.88;P = .001).  La réduction du risque est limitée aux  cancers du sein post ménopausiques ( baisse de 12%) et aux lymphomes (baisse du risque de 76%), tumeurs rencontrées de façon plus fréquente chez les agriculteurs exposés aux pesticides. Une autre grande étude prospective, la cohorte anglaise Million Women Study ne retrouvait pas de diminution de risque pour l’ensemble des cancers mais également une diminution de 21% du risque de lymphome non hodgkinien chez les consommateurs d’aliments « bio ».

Les points forts de ce travail sont le grand nombre de participants, la prise en compte de nombreux facteurs de confusion, le suivi prospectif.
Malgré tout, ces résultats doivent être pondérés en fonction des biais identifiés : Etude observationnelle portant sur une population volontaire non représentative de la population générale, intéressée par la nutrition et les problèmes de santé. Facteurs confondants résiduels potentiellement non identifiés, recul de 4 ans très faible par rapport à la carcinogénèse pour certaines localisations en particulier le cancer colorectal. Ancienneté de la consommation de « bio » non renseignée.

Des confirmations par des études prospectives sur population générale sont nécessaires.
Cet important travail montre néanmoins que la consommation régulière d’aliments bio est associée à une diminution du risque de survenue de certains cancers. L’hypothèse principale (non démontrée ici) est que l’exposition aux pesticides et en particulier aux cocktails de pesticides résiduels, fortement diminuée dans les produits bio réduirait le risque de survenue de cancers. L’apport de micronutriments (antioxydants caroténoïdes, polyphénols etc..) plus bénéfiques pourrait être également plus élevé dans les produits bio.  

L’éditorial qui accompagne l’article note que les avantages d’une alimentation riche en fruits et légumes sont susceptibles de surpasser les risques d’exposition aux pesticides et, en particulier parce que l’alimentation bio reste inaccessible à de nombreuses populations, que les craintes liées aux pesticides ne doivent pas décourager la consommation de fruits et légumes conventionnels. 
  
Promouvoir et faciliter une alimentation riche en fruits et légumes, pauvre en graisses saturées et en sucres raffinés, a fortiori « bio », associée à une activité physique régulière et un contrôle du poids semble bien devenir enfin une évidence pour diminuer le nombre de cancers dans la population générale.

Références
 
Titre :

Consommation régulière d’aliments « bio » et diminution du risque de survenue de cancer

Titre original :

Association of Frequency of Organic Food Consumption With Cancer Risk Findings From the NutriNet-Santé Prospective Cohort Study

Auteurs :

Julia Baudry, PhD; Karen E. Assmann, PhD; Mathilde Touvier, PhD; Benjamin Alles, PhD; Louise Seconda, MSc; Paule Latino-Martel, PhD; Khaled Ezzedine, MD, PhD; Pilar Galan, PhD; Serge Hercberg, PhD; Denis Lairon, PhD; Emmanuelle Kesse-Guyot, PhD

Source(s) :

Article

Revue :

JAMA

Références biblio. :

doi:10.1001/jamainternmed.2018.4357

Liens utiles
https://jamanetwork.com/journals/jamainternalmedicine/article-abstract/2707948
   
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