Corticoïdes dans les hépatites aiguës graves : Primum non nocere again
Société Savante des Maladies et Cancers de l'Appareil Digestif

Domaine concerné
Thérapeutique

Degré d'innovation
Important

Avancement
Recherche clinique

Impact patient

Intérêt

Arrivée dans la pratique
Immédiat

Rédacteur
Professeur Dominique VALLA

Enthousiasme

À la une 10/06/2014

Corticoïdes dans les hépatites aiguës graves : Primum non nocere again

L’hépatite auto-immune peut se manifester sous une forme aigüe grave. Des mécanismes auto-immuns pourraient jouer un rôle dans certaines hépatites aiguës graves d’origine médicamenteuse ou d’origine indéterminée. Cette analyse rétrospective du fichier de l’Acute Liver Failure Study Group a eu pour but d’évaluer le bénéfice éventuel des corticoïdes dans ces formes.D es 361 malades inclus, 66 avaient une origine auto-immune, 131 une origine médicamenteuse, et 164 une origine indéterminée. Il n’y avait aucun bénéfice de survie (globale ou sans transplantation) chez les malades traités par corticoïdes (survie globale de l’ensemble des patients 66% contre 61%), quelle que soit la catégorie étiologique. Dans certains sous-groupes, en particulier ceux les plus grave (MELD > 40) les corticoïdes ont même eu un effet négatif.  

Commentaires
 

C’est un beau travail sur un sujet difficile à aborder avec rigueur de façon rétrospective, mais d’une très grande importance pratique. La première difficulté, celle du diagnostic de chacune des 3 catégories étiologiques (auto-immune, médicamenteuse, et indéterminée), était réglée par une analyse rétrospective des dossiers et des biopsies débouchant sur un certain nombre de reclassifications. Les corticoïdes ont été donnés en moyenne pendant un petit mois, à une dose de l’ordre de 50 mg d’équivalent de prednisone par jour. Dans la moitié des cas, les corticoïdes ont été débutés avant l‘encéphalopathie, et dans l’autre moitié, après la survenue de celle-ci. Aucun bénéfice de survie n’a été observé après ajustement pour les données principales démographiques, cliniques et biochimiques associées au pronostic. Le fait que dans aucune des catégories étiologiques il n’ait été mis en évidence de bénéfice permet d’ignorer plus facilement les difficultés de classification. Enfin, plus la maladie était grave, plus dangereux étaient les corticoïdes. De façon intrigante, le surcroit de mortalité n’était pas dû à un excès d’infections. On reste donc perplexe quant aux explications, mais convaincu quant aux faits, que ne pas donner de corticoïdes à ces malades très préoccupants s’accompagne des meilleurs résultats. C’est apparemment vrai non seulement en cas d’hépatite médicamenteuse ou d’origine indéterminée, mais aussi en cas d’hépatite auto-immune grave. Ces observations débouchent  aussi sur une recommandation d’arrêter les corticoïdes chez un malade évoluant d’une forme d’hépatite auto-immune non grave à une forme grave. Enfin, cela remet complètement en question l’utilisation des corticoïdes comme test diagnostique chez ces malades graves.

Références
 
Titre :

Corticoïdes dans les hépatites aiguës graves : Primum non nocere again

Titre original :

Steroid use in acute liver failure

URL : Lien vers l'article
Auteurs :

Karkhanis, J., Verna, E. C., Chang, M. S., Stravitz, R. T., Schilsky, M., Lee, W. M., Brown, R. S., Jr.

Source(s) :

Article

Revue :

Hepatology

Références biblio. :

Hepatology 2014; 59 (2); 612-21.

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