Dépistage du CHC : cessons de stigmatiser les cirrhoses alcooliques !
Société Savante des Maladies et Cancers de l'Appareil Digestif

Domaine concerné
Diagnostic

Degré d'innovation
Moyen

Avancement
Validé

Impact patient

Impact soin
Important

Intérêt

Arrivée dans la pratique
Immédiat

Rédacteur
Docteur Camille BARRAULT

Enthousiasme

À la une 28/05/2019

Dépistage du CHC : cessons de stigmatiser les cirrhoses alcooliques !

En France, l’incidence du carcinome hépato-cellulaire (CHC) est élevée avec 9 000 cas par an dont 90 % sur cirrhose (liée à l’alcool dans 60 % des cas).


Or, chez les patients ayant une cirrhose liée à l’alcool, son incidence et donc l’intérêt médico-économique de son dépistage sont controversés.


Le but de cette étude était d’évaluer l’incidence du CHC chez des patients ayant une cirrhose liée à l’alcool de la cohorte Cirral.


Cette cohorte franco-belge multicentrique a inclus 652 patients entre 2010 et 2016. Ces patients avaient une cirrhose alcoolique (plus de 3 verres par jour pour les femmes, 4 pour les hommes) prouvée histologiquement et avaient un score de Child-Pugh A à l’inclusion. Ces patients étaient des hommes dans 2/3 des cas, d’âge moyen 58 ans. Ces patients n’avaient pas d’infection virale, en revanche 21 % avaient un syndrome métabolique. La majorité des patients était abstinent (67%) et 17 % avaient une consommation inferieure à 1 verre par jour.
 

Après un suivi médian de 29 mois, 153 patients avaient été perdus de vue, 43 avaient développé un CHC, 14 patients étaient décédés. Bien que 33 CHC diagnostiqués (77 %) remplissaient les critères de Milan, seuls 24 patients (56%) bénéficiaient d’un traitement curatif. Ce constat est en concordance avec ce qui avait été observé dans la cohorte CHANGH, possiblement en raison des comorbidités fréquemment associés. L’incidence annuelle du CHC était de 2,9 % par an donc au-delà du seuil de 1,5 % recommandé pour mettre en place un dépistage. Parmi les 73 décès enregistrés à 29 mois, 27 étaient directement attribuables à la maladie hépatique dont 8 liés au CHC.


A 2 ans, la survie globale était de 93%. La survie sans évènement (ascite, ictère, encéphalopathie, hémorragie digestive) était de 80 % et l’incidence de la mortalité cumulée liée à la maladie hépatique de 3,2 %. Ces bons résultats s’expliquent probablement par le fait que ces patients étaient suivis dans le cadre d’une cohorte et régulièrement rappelés pour les examens. Le délai médian de 6,2 mois entre les échographie de dépistage était en accord avec les recommandations. D’autre part un grand nombre de patients (85 %) étaient abstinents ou avec consommation faible à l‘inclusion.


L‘incidence du CHC dans la population des patients avec une cirrhose liée à l’alcool semble donc compléter les critères pour début un dépistage. Avec un taux de traitement curatif de 56 % et un faible recours aux traitements percutanés, les patients avec CHC liés à l’alcool ne bénéficient pas encore d’une prise en charge optimale par rapport aux patients avec CHC d’une autre cause.

Commentaires
 

Dans cette étude, l’impact des comorbidités (un quart de syndrome métabolique) explique la mortalité importante non liée au CHC.


Toutefois, cette cohorte inclut peu ou pas de patients alcoolo-dépendants non sevrés. Chez les patients ayant une cirrhose liée à l’alcool, la poursuite d’une consommation excessive complique le dépistage du CHC (observance des consultations, réalisation non optimale des examens d’imagerie). Dans la cohorte CHANGH, la survie des patients ayant une cirrhose OH était moins bonne (ref). Cette cohorte incluait également des malades non sevrés et/ou avec une maladie hépatique plus grave. Elle montrait que la mortalité liée au CHC était supérieure aux patients ayant une cirrhose non liée à l’alcool, d’une part car au diagnostic la  maladie carcinologique était plus avancée probablement en raison d’un long délai entre les échographies, et d’autre part de la non accessibilité à certains traitements comme la transplantation les traitements percutanés d’une fonction hépatique plus grave.


Enfin, ces patients souffrent également d’une mortalité liée à la consommation d’alcool non liée au foie (cancers ORL, maladies cardio-vasculaires, accidents…).


L’étude de l’équipe de Nathalie Ganne est très importante car elle confirme l’intérêt du dépistage dans la population des patients ayant une cirrhose liée à l’alcool. En raison de l'amélioration de l'efficacité des traitements des virus de l'hépatite C et B et de l'augmentation de la consommation d'alcool par habitant dans certaines régions du monde, il est probable que l'alcool deviendra une cause majeure de CHC dans un proche avenir.


Donc poursuivons nos efforts de prise en charge de ces malades !

Références
 
Titre :

Dépistage du CHC : cessons de stigmatiser les cirrhoses alcooliques !

Titre original :

Estimate of hepatocellular carcinoma incidence in patients with alcoholic cirrhosis

Auteurs :

N. Ganne-Carrié et al.

Source(s) :

Article

Revue :

Journal of Hepatology

Références biblio. :

2018 Dec;69(6):1274-1283

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