Diabète et foie, relation difficile : mariage mortel, divorce raté
Société Savante des Maladies et Cancers de l'Appareil Digestif

Domaine concerné
Thérapeutique

Degré d'innovation
Important

Avancement
Recherche clinique

Impact patient

Intérêt

Arrivée dans la pratique
Immédiat

Rédacteur
Professeur Christine SILVAIN

Enthousiasme

À la une 23/01/2015

Diabète et foie, relation difficile : mariage mortel, divorce raté

Le diabète est bien connu pour réduire la durée de vie et parmi les facteurs augmentant ce risque de décès, on reconnait les maladies chroniques du foie a priori quelle que soit leur cause. Les maladies chroniques du foie liées à la stéatose non alcoolique  (NAFLD) sont bien un facteur de risque majeur de morbi-mortalité du diabète de type 2. Trois publications récentes font le point sur ce sujet

Zoppini et al ont évalué les taux et les causes de décès d’une large cohorte de sujets diabétiques italiens dont les caractéristiques ne sont certainement pas très éloignées de celles d’une population française. Leur analyse s’est basée sur 473373 personnes-année de suivi et sur 17 134 décès. Le taux standardisé de mortalité lié au foie était de 2,47 (IC 95%=2,19-2,78) chez l’homme et de 2,70 (2,24-3,23) chez la femme. Le taux de mortalité standardisé le plus élevé était celui associé à la NAFLD de 2,86 (2,65-3,65) alors que celui lié au virus était moins élevé de 2,17 (1,90-2,47). Cette étude confirme l’importance de rechercher une atteinte hépatique chez les patients diabétiques et de lutter contre la NAFLD grâce à une prise en charge optimale du diabète de type 2.

Inversement, Elkrief et al  ont étudié la relation maladie chronique du foie et diabète. Dans leur cohorte de patients cirrhotiques étudiés presque sur la même période, le diabète était un facteur pronostic indépendant. En effet le diabète au diagnostic de la maladie chronique du foie ou de la cirrhose était indépendament associé à l’apparition d’une ascite, d’une insuffisance rénale, d’infections bactériennes et de carcinome hépatocellulaire.

Enfin, virus de l’hépatite C et insulino-résistance ont été associés par différents mécanismes et variables suivant les génotypes. La stéatose hépatique induite par le génotype 3 est plus liée au VHC alors que les autres génotypes (1,2,4) sont plus liés à l’insulino-résistance. Les maladies chroniques du foie par elles-mêmes sont un facteur de risque bien établi de diabète. Rush et al ont revisité l’association entre VHC et diabète de type 2 dans une cohorte américaine. En analyse multivariée, le pré-diabète ou le diabète n’était pas associé à l’infection virale C (sérologie et PCR ARN VHC). Les patients ayant une infection virale C (PCR ARN VHC positive) ont été comparés aux témoins sans infection virale C avec des ALAT et des GGT normales, ils n’avaient pas plus d’insulino-résistance. En fait, c’est la NAFLD qui indépendament du VHC joue un rôle primordial pour la survenue du diabète de type2. Bien que cette étude soit un peu provocatrice et nécessite d’être confirmée à plus large échelle et dans d’autres groupes de population, elle met le doigt sur la nécessité de toujours rechercher le pré-diabète et le diabète lorsqu’on diagnostique une maladie chronique du foie en particulier virale et liée au VHC.

Il est bien établi que la prévention du diabète de type 2  passe par une meilleure hygiène de vie (manger mieux et bouger plus !) , mais une fois installé, il est donc nécessaire d’améliorer au mieux le contrôle du diabète chez tous nos patients.

Commentaires
 

1    Mortality from chronic liver diseases in diabetes
Zoppini G et al. Am J Gastroenterol 2014;109:1020-25
2-    Diabetes mellitus is an independent prognostic factor for major liver-related outcomes in patients with cirrhosis and chronic hepatitis C
Elkrief L et al Hepatology 2014;60:823-831
3-    The relationship of hepatitis C virus infection with diabetes in the United States population.
 Ruhl CE et al Hepatology 2014;60:1139-49

Références
 
SNFGE.org