Durée optimale de la trithérapie de l'hépatite C avec le bocéprévir et le télaprévir guidé par la réponse virologique : Il est important de distinguer "ARN HCV sérique non détectable" et "ARN HCV non quantifiable"
Société Savante des Maladies et Cancers de l'Appareil Digestif

Domaine concerné
Thérapeutique

Degré d'innovation
Important

Impact patient

Intérêt

Arrivée dans la pratique
Immédiat

Rédacteur
Professeur Dominique LARREY

Enthousiasme

À la une 17/05/2012

Durée optimale de la trithérapie de l'hépatite C avec le bocéprévir et le télaprévir guidé par la réponse virologique : Il est important de distinguer "ARN HCV sérique non détectable" et "ARN HCV non quantifiable"

Harrington et ses collaborateurs ont repris les données d’essais de phase 3 avec le bocéprévir (étude PO 5216) et le télaprévir (études C 216 et 108) dans lesquels, l’ARN HCV sérique est resté détectable mais en dessous du seuil de quantification dans environ 10 à 20% des tests pendant le traitement. Dans l’essai avec bocéprévir PO 5216 et l’essai avec le télaprévir C 216, les sujets avec un ARN HCV qualitativement détectable en dessous du seuil de détection quantitatif, avaient une plus faible RVS.

Pour les patients dont la durée de traitement a été adaptée à la réponse virologique pendant le traitement (semaine 8 pour le bocéprévir et semaines 4-12 pour le télaprévir), les patients avec ARN HCV qualitativement détectable en dessous du seuil de quantification, avaient une RVS inférieure de 20% comparée aux patients avec l’ARN HCV indétectable. Une tendance similaire a été observée pour l’étude 108 avec le télaprévir mais avec une différence de SVR qui est restée modeste. L’analyse des essais thérapeutiques de phase 2 avec le bocéprévir et le télaprévir a montré que les sujets ayant un ARN HCV sérique détectable en dessous du seuil de quantification bénéficiaient d’un prolongement du du traitement sur 48 semaines.

L’éligibilité pour un traitement réduit ne s’applique finalement que pour les personnes ayant un ARN HCV réellement indétectable et non simplement non quantifiable. Ces essais n’ont pas bien défini s’il pouvait y avoir une différence de réponse virologique soutenue selon les décisions basées sur la technique de quantification ou sur l’indétectabilité qualitative située à un seuil inférieur. Le corollaire de cette question est de déterminer si ceci peut avoir un impact clinique sur la réponse thérapeutique. 

Commentaires
 

L’analyse de l’ARN HCV dans le plasma ou le sérum est un élément clé du traitement de l’hépatite chronique C. Le but principal des traitements est d’obtenir une réponse virologique soutenue (RVS) habituellement défini comme un ARN HCV indétectable dans le sérum ou le plasma 24 semaines après la réalisation du traitement. L’obtention de la RVS est habituellement considérée comme un excellent facteur prédictif d’éradication virale et d’amélioration d’un bénéfice clinique long terme. La mesure de l’ARN HCV en cours de traitement est utilisée pour déterminer le mode de réponse en cours et prédire les chances d’obtenir une SVR, de déterminer la durée optimale de traitement ou à l’inverse de décider d’une interruption prématurée en cas de réponse insuffisante. Ceci s’applique particulièrement aux nouvelles trithérapies avec les anti-protéases, le bocéprévir et le télaprévir dans le traitement de l’hépatite C de génotype 1. En effet, avec les mêmes chances de guérison, selon le statut initial du patient, il est possible de raccourcir la durée totale de traitement de 48 semaines à 24 semaines (télaprévir) ou 28 semaines (bocéprévir) selon la réponse virologique en début de traitement. Les critères sont spécifiques à chacune des molécules. Ainsi, pour le télaprévir, chez les patients non cirrhotiques naïfs de traitement antérieur ou rechuteurs, les critères sont l’ absence d’ARN HCV sérique à 4 et 12 semaines. Pour le bocéprévir chez les patients non cirrhotiques et naïfs de traitement antérieur, c’est l’absence d’ARN HCV à 8 semaines de traitement. La qualité et l’interprétation du test virologique sont donc des points fondamentaux. Les études de phase 3 avec le bocéprévir et le télaprévir ont été réalisées en utilisant le test virologique ROCHE COBAS Taqman HCV 2.0. Dans ces essais, la limite inférieure de détection quantitative de l’ARN HCV était de 25 UI/ml et la limite de détection était entre 9,3 à 10 UI/ml. La conclusion de ce travail très important est qu’il est essentiel de bien interpréter le test virologique pour le suivi thérapeutique en différenciant ARN HCV qualitativement détectable en dessous du seuil de quantification et ARN HCV indétectable.

Références
 
Titre :

Durée optimale de la trithérapie de l'hépatite C avec le bocéprévir et le télaprévir guidé par la réponse virologique : Il est important de distinguer "ARN HCV sérique non détectable" et "ARN HCV non quantifiable"

Titre original :

Clinical relevance of detectable but not quantifiable hepatitis C virus RNA during boceprevir or telaprevir treatment

Auteurs :

Harrington P-H, Zeng W, Naeger L-K

Source(s) :

Article

Revue :

Hepatology

Références biblio. :

Hepatology 2012; 55: 1048-1057

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