Existe t-il une relation directe entre carence en vitamine D et développement d’une MICI
Société Savante des Maladies et Cancers de l'Appareil Digestif

Domaine concerné
Thérapeutique

Degré d'innovation
Important

Impact patient

Intérêt

Arrivée dans la pratique
Futur proche

Rédacteur
Professeur Vered ABITBOL-SELINGER

Enthousiasme

À la une 12/09/2013

Existe t-il une relation directe entre carence en vitamine D et développement d’une MICI

Dans ce travail, Ananthakrishnan et al. ont étudié la relation entre le statut en vitamine D et le développement d’une MICI dans une large cohorte prospective d’infirmières initiée en 1976 (Nurses’ Health Study, Etats-Unis). Des questionnaires de santé leur étaient adressés tous les 2 ans. A partir de 1986, ce questionnaire comportait une enquête diététique détaillée comportant les apports en vitamine D et des données sur l’activité physique, ce qui a permis le développement et la validation d’un score de prédiction des taux sanguins de 25OH vitamine D. En 1986, 72719 femmes sans ATCD de MICI et ayant répondu au questionnaire ont été incluses dans cette étude prospective. En 2008, les cas incidents de MICI ont été recensés. Une régression de Cox a permis le calcul des risques relatifs (RR) de maladie de Crohn (MC) et de RCH avec ajustement sur d’éventuels facteurs confondants. Au total, 122 cas de MC et 123 cas de RCH ont été documentés pour 1492811 personnes-années de suivi. Les taux de 25(OH) vitamine D médians prédits par ce modèle étaient de 22,3 ng/mL dans le quartile le plus bas et de de 32,2 ng/mL dans le plus élevé.

Ces 2 quartiles ont été comparés et dans le quartile le plus haut, le RR était de 0,54 (95% IC, 0,30-0,99) pour la MC (P trend=0,02) et de 0,65 (95% IC, 0,34-1,25) pour la RCH (P trend=0,17). Par comparaison avec le groupe de femmes ayant un taux de 25(OH) vitamine D inférieur à 20 ng/mL, celles du groupe avec un taux supérieur à 30 ng/mL avaient un RR de 0,38 (95% IC, 0,15-0,97) de MC (P trend=0,048) et de 0,57 (95% IC, 0,19-1,7) de RCH (P trend=0,2).

Il existait une association significative inverse entre l’apport diététique en vitamine D et la RCH, et non significative pour la MC.

Les auteurs concluaient que les taux prédictibles les plus élevés de 25(OH) vitamine D plasmatique réduisaient significativement le risque de MC et non significativement celui de RCH.

Commentaires
 

La vitamine D qui a un rôle régulateur de l’immunité pourrait être impliquée dans la pathogénie des MICI. Une carence en vitamine D liée à un défaut d’exposition solaire pourrait expliquer le gradient Nord-Sud des MICI. Le risque de MICI pourrait être influencé par la régulation génétique des récepteurs de la vitamine D (VDR). Dans un modèle de MICI expérimentale chez la souris, la carence en vitamine D ou en VDR aggrave la sévérité des MICI et le traitement par 1-25 (OH)2D3 les améliore. Chez l’homme, si l’évolution des MICI semble plus sévère en cas de carence en vitamine D (Ananthakrishnan et al. DDW 2013), la relation directe entre carence en vitamine D et développement d’une MICI n’est pas démontrée. Cette étude a le mérite d’être basée sur une large cohorte prospective avec des enquêtes diététiques minutieuses débutées 10 à 12 ans avant le diagnostic de MICI. Il faut préciser que les taux de 25OH vitamine D ne sont pas issus de dosages réels, mais des taux simulés calculés à l’aide d’un score prédictif. Par ailleurs, les résultats de cette étude peuvent être limités par la faible incidence de MICI dans ce groupe d’infirmières aux Etats-Unis. La démonstration d’une relation directe entre vitamine D et développement d’une MICI nécessite la réalisation d’essais contrôlés randomisés en double aveugle et à grande échelle comme ceux en cours actuellement dans la sclérose en plaques.

Références
 
Titre :

Existe t-il une relation directe entre carence en vitamine D et développement d’une MICI

Titre original :

Higher predicted vitamin D status is associated with reduced risk of Crohn's disease.

Auteurs :

Ananthakrishnan A-N, Khalili H, Higuchi LM, Bao Y, Korzenik JR, Giovannucci E-L, Richter J-M, Fuchs CS, Chan A-T

Source(s) :

Article

Revue :

Gastroenterology

Références biblio. :

Gastroenterology 2012;142:482-9

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