Génétique des cancers colorectaux : y penser, puis agir !
Société Savante des Maladies et Cancers de l'Appareil Digestif

Domaine concerné
Diagnostic

Degré d'innovation
Moyen

Intérêt

Arrivée dans la pratique
Confirmation

Rédacteur
Professeur Jean-Christophe SAURIN

Enthousiasme

À la une 22/09/2013

Génétique des cancers colorectaux : y penser, puis agir !

Les chirurgiens digestifs et gastroentérologues de la Cleveland Clinic ont une approche moderne de la prise en charge oncogénétique des cancers colorectaux : depuis 2009, tous les cancers colorectaux opérés dans ce centre font l’objet d’une analyse d’instabilité (MSI). Dès que l’un des 5 marqueurs classiques d’instabilité est positif (MSI-low ou MSI-high) une immunohistochimie est réalisée en complément. Le travail présenté dans ce n° du JCO est l’analyse des pratiques cliniques d’aval de ce processus moderne de détection : au cours des 8 dernières années, 3 algorithmes de prise en charge de ces cancers instables ont été utilisés : 1) résultat adressé au seul chirurgien ; 2) résultat adressé au chirurgien et au conseiller génétique (CG), e-mail du CG au chirurgien concernant la conduite à tenir ; 3) comme en 2 mais le CG prend directement contact avec le patient. Les résultats sont sans appel : lorsque les tests biologiques sont en faveur d’une maladie de Lynch (16 % de 1108 cancers), le chirurgien seul réagit (conseil génétique) dans la moitié des cas (55 %) versus 100 % des cas lorsque le conseiller génétique est aux manettes. Les 56 patients ainsi contacté se rendent au conseil génétique dans 76 % des cas, acceptent d'être testés dans 66 %, et ont ainsi un résultat positif (identification d’une mutation délétère) dans 30 % des cas (17 / 56).

Commentaires
 

La recherche d’une instabilité/perte d’expression dans un cancer colorectal devrait aujourd’hui être faite de façon systématique dans tous les cas de cancer colorectal en dessous de 60 ans (recommandation INCA). Cette recherche systématique, si elle était associée à une prise en charge optimale d’aval, permettrait d’identifier plus de 50 % des patients présentant une maladie de Lynch. L’approche encore plus systématique de la Cleveland Clinic (tous les cancers sont testés) est encore plus efficace en théorie, puisque pratiquement 100 % des patients présentant un risque de type Lynch devraient être identifiés. Mais les étapes d’aval sont essentielles, et c’est bien là que le bat blesse : bien interprêter le résultat, prendre la décision de contacter le patient et de l’adresser au généticien, à condition bien entendu que le patient accepte cette démarche et se rende à la consultation de génétique. Et l’on sait bien la situation en France : au moins 50 % des patients pour lesquels les tests sont formellement en faveur d’une maladie de Lynch (en Rhone-Alpes une phrase explicite recommande la consultation de génétique) n’ont jamais de consultation de génétique : insouciance du médecin (chirurgien, gastroentérologue) en charge du patient ? Refus du patient de se déplacer ? Il y a donc 2 pistes d’amélioration pour la détection (très mauvaise aujourd’hui) des patients porteurs d’un syndrome de Lynch : tests systématiques sur cancer colorectal avant 60 ans, et améliorer la réactivité des praticiens concernés lorsqu’ils lisent le résultat de ces tests. Si un jour nous voulions faire aussi bien que les gynécologues, qui détectent 80 % des prédispositions hédéritaires au cancer du sein…

Références
 
Titre :

Génétique des cancers colorectaux : y penser, puis agir !

Titre original :

Implementation of Universal Microsatellite Instability and Immunohistochemistry Screening for Diagnosing Lynch syndrome in a Large Academic Medical Center.

Auteurs :

Heald B, Plesec T, Liu X, Rish Pai, Patil D, Moline J, Sharp R, Burke C-A, Kalady M, Church J, Eng C

Source(s) :

Article

Revue :

Journal of Clinical Oncology

Références biblio. :

J Clin Oncol 31:1336-1340.

SNFGE.org