Histoire naturelle des "petits" polypes coliques
Société Savante des Maladies et Cancers de l'Appareil Digestif

Domaine concerné
Prévention

Degré d'innovation
Important

Impact patient

Intérêt

Arrivée dans la pratique
Confirmation

Rédacteur
Docteur Philippe AYGALENQ

Enthousiasme

À la une 11/11/2013

Histoire naturelle des "petits" polypes coliques

Cette étude longitudinale a recruté des patients adultes asymptomatiques subissant un dépistage de routine du cancer colorectal par colo-scanner dans deux centres médicaux aux États-Unis. Les patients présentant 1 à 2 polypes de 5 à 9 mm ont été inclus et surveillé par colo-scanner. La progression, la stabilité et la régression ont été définies sur la base d'une modification volumétrique de 20 % par an par rapport aux valeurs initiales (une croissance volumique supérieure ou égale à 20 % était classée comme une progression, une modification volumique comprise entre +20 % et −20 % était classée comme un état stable, et une diminution de volume supérieure à −20 % était classée comme une régression). La coloscopie était indiqué en cas de progression ou désir du patient.

Un suivi à 1 an puis entre 2 à 3 ans en cas de stabilité, a été effectué.
 
Sur 22 006 adultes asymptomatiques, 243 adultes ont été inclus présentant 306 polypes, de 7,4mm de taille moyenne, avec un suivi moyen de 2,3 ans
 
68 polypes (22 %) sur 306 ont progressé en taille pendant le suivi, 153 (50 %) ont été stables, et 85 (28 %) ont diminués avec une disparition apparente de 32 polypes (10 %). Un examen histologique a été effectué pour 131 lésions lors de la coloscopie réalisée après le colo-scanner final. Seul 58 des 68 lésions évolutives ont été enlevées. 107 adénomes dont 23 avancés ont été retirés lors de ces examens.
 
Les résultats ont montré que 21 (91 %) des 23 adénomes avancés avérés avaient progressé en taille durant le suivi, contre 31 (37 %) des 84 adénomes non avancés avérés et 4 (17 %) des 24 autres lésions (p < 0·0001).
 
Seulement 16 (6 %) des polypes de 6—9 mm avaient une taille supérieure à 10 mm lors du suivi.
 
Un patient dépisté avec un polype rectal a échappé au suivi et a présenté un cancer rectal invasif cinq ans plus tard.
Commentaires
 

Le débat sur le dépistage par colo-scanner avec surveillance des petites lésions agite le sujet de la prévention du cancer colorectal. Il repose sur l'histoire naturelle des polypes basée sur un petit nombre de travaux prospectifs. Peu d’études endoscopiques ont évaluées la progression de polypes vus et non réséqués*. Bien que controversé, il est souvent admis que les polypes de moins de 5 mm sont majoritairement bénins, et que ceux de 10 mm, à fort potentiel évolutif, doivent être enlevés sans délai. Ce travail évalue le profil évolutif des lésions intermédiaires entre 5 et 9 mm. Il confirme la notion que 20% des polypes adénomateux vont progresser en taille au cours d'un suivi moyen court de 2 ans. Les lésions avancées (identifiés en fin de suivi >10mm, ou tubulovilleuse, ou dysplasique de haut grade) progressent elles en majorité et plus souvent que les autres. Les auteurs concluent à la fiabilité d'un suivi radiologique de ces lésions intermédiaires avec résection de celles qui progressent en taille. On peut discuter ces conclusions. En effet leur suivi moyen reste extrêmement court, leur rythme d'examen élevé, et malqrè cela, il y a une dysplasie sévère sur un des polypes, et deux autres polypes avancés n'avaient pas progressé en taille au cours du suivi. Enfin l’adhésion à ce mode de dépistage est elle aussi à évaluer, 10 lésions évolutives n'ont pas été enlevées en fin de suivi (cause?), et un patient avec un polype dépisté a échappé au contrôle, atteint 5 ans plus tard d'un cancer invasif. L'attitude française de résection de toute lésion identifiée reste donc parfaitement d'actualité.

Références
 
Titre :

Histoire naturelle des "petits" polypes coliques

Titre original :

Assessment of volumetric growth rates of small colorectal polyps with CT colonography: a longitudinal study of natural history

Auteurs :

Pickhardt P-J, Kim D-H, Pooler B-D, et al

Source(s) :

Article

Revue :

Lancet

Références biblio. :

Lancet Oncol. 2013;14:711-20

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