Hyperferritinémie, quand penser à la maladie de la ferroportine ?
Société Savante des Maladies et Cancers de l'Appareil Digestif

Domaine concerné
Diagnostic

Degré d'innovation
Moyen

Avancement
Recherche clinique

Impact patient

Impact soin
Important

Intérêt

Arrivée dans la pratique
Immédiat

Rédacteur
Docteur Lucy MEUNIER

Enthousiasme

À la une 31/03/2022

Hyperferritinémie, quand penser à la maladie de la ferroportine ?

La maladie de la ferroportine est une maladie autosomique dominante de surcharge en fer causée par des variants pathogènes du gène SLC40A1. L’hyperferritiniémie est un motif de consultation en hépato-gastroentérologie fréquent.

 

Des travaux récents retrouvent une prévalence de l’allèle pathogène SLC0A1 de 0,0364 % soit un taux de porteur de 1 sur 1 373. Ces éléments suggèrent donc que la maladie de la ferroportine est probablement sous diagnostiquée.


Le but de cette étude française multicentrique était donc de déterminer un score devant inciter à rechercher une maladie de la ferroportine par analyse génétique en cas d’hyperferritinémie.

 

De 2008 à 2016, 1 306 patients ont été inclus avec un taux de ferritine moyen de 1,351 µg/L± 1,357 µg/L, une concentration hépatique en fer de 166±77 µmol/g. L’analyse génétique a mis en évidence 32 variants pathogéniques chez 71 patients. En analyse multivariée, le sexe féminin, un âge jeune, une ferritinémie élevée, une concentration hépatique en fer élevée, l’absence de diabète ou d’hypertension artérielle étaient significativement associés au diagnostic de maladie de la ferroportine. Un score basé sur ces facteurs était proposé avec une AUROC de 0.83 (0.77-0.88) et testé secondairement sur une cohorte de validation (table 1). Avec un seuil de 9.5 la sensibilité de ce score était de 93,6 % (91.7-98.3) et la spécificité de 49,5 % (45.5-53.6). Chez les patients avec un score ≥ 9.5, la recherche génétique était positive dans 12,6 % des cas.


Table 1
Score permettant d’orienter vers la recherche génétique
de maladie de la ferroportine (de 0 à 20.5 points)

 

Variables Points
Sexe
 
Homme
  Femme

 

0
2.5

Age (années)
  ≤ 40
  41-70
  > 70 

 

5
3
0

Hypertension artérielle ou diabète
 
Oui 
  Non

 

0
3

Fer intra hépatique (µmol/g)
 
≤ 96
  97 - 160
  161 - 200
  > 200

 

0
1.5
3
4

Ferritinémie (µg/L)
  ≤ 700
  701 – 1000
  1001 - 1500
  > 1500

 

0
1.5
2.5
6

 

Commentaires
 

Cette étude propose pour la première fois un score facile à utiliser en pratique clinique pour s’orienter vers la recherche génétique de maladie de la ferroportine en cas d’hyperferritinémie.


On peut faire plusieurs commentaires : 

  • Dans la population étudiée, les patients avec hémochromatose génétique étaient exclus, en effet en cas de coefficient de saturation de la transferrine augmenté la recherche génétique de la mutation C282Y du gène HFE est indiquée en première intention.
  • Il n’y avait pas d’information sur les antécédents familiaux, notamment d’hyperferritinémie, ce paramètre n’a donc pas été pris en compte dans le score.
  • Les éléments du score ne sont pas spécifiques de la maladie de la ferroportine mais cette étude ne permet pas d’orienter vers d’autres maladies du métabolisme du fer comme les maladies de l’hepcidine car leur fréquence est trop faible.

 

Ce score va permettre d’améliorer le coût/efficacité de la recherche génétique de la maladie de la ferroportine. Il est à considérer en seconde intention quand les causes évidentes d’hyperferritinémie ont été éliminées.

 

En conclusion, chez une femme avec hyperferritinémie, surcharge en fer intra hépatique et pas d’argument pour un syndrome métabolique, il faut penser à la recherche génétique de la maladie de la ferroportine. 

 

Références
 
Titre :

Hyperferritinémie, quand penser à la maladie de la ferroportine ?

Titre original :

A simple clinical score to promote and enhance ferroportin disease screening

Auteurs :

Amandine Landemaine, Houda Hamdi-Roze, Séverine Cunat, Véronique Loustaud-Ratti, Xavier Causse, Si Nafa Si Ahmed, Bernard Drénou, Christophe Bureau, Gilles Pelletier, Caroline De Kerguenec, Nathalie Ganne-Carrié, Stéphane Durupt, Fabrice Laine, Olivier Loréal, Martine Ropert, Lenaick Detivaud, Jeff Morcet, Patricia Aguilar-Martinez, Yves M. Deugnier, Edouard Bardou-Jacquet

Source(s) :

Article

Revue :

Journal of Hepatology

Références biblio. :

2022 Mar;76(3):568-576. doi: 10.1016/j.jhep.2021.10.022.

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