Intérêt de la Calprotectine fécale dans la prise en charge des MICI : un point sur la littérature
Société Savante des Maladies et Cancers de l'Appareil Digestif

Domaine concerné
Diagnostic

Degré d'innovation
Important

Impact patient

Intérêt

Arrivée dans la pratique
Futur proche

Rédacteur
Professeur Xavier ROBLIN

Enthousiasme

À la une 18/01/2012

Intérêt de la Calprotectine fécale dans la prise en charge des MICI : un point sur la littérature

La calprotectine fécale, est une protéine présente dans le cytosol des cellules granulées. En cas d’inflammation, cette protéine est exsudée dans la lumière du tube digestif et retrouvée dans les selles.

L’impact du dosage de la calprotectine fécale a été rapporté dans une méta-analyse au moment du diagnostic possible de maladie inflammatoire. 13 études ont été rapportées comprenant 670 adultes et 371 enfants (1). La calprotectine fécale avait une précision diagnostique forte dans le diagnostic de MICI (93 % de sensibilité et 96% de spécificité chez l’adulte). 65 % des coloscopies ont été évitées et le retard de diagnostic était faible (moins de 9 %). Dans une étude récente, Koulaouzidis et al (2) ont rapporté une forte corrélation entre la calprotectine fécale et les lésions retrouvées en vidéo-capsule. Les auteurs avaient inclus 70 patients ayant une endoscopie haute et basse, avec iléoscopie normale, avec un diagnostic malgré tout probable de maladie de Crohn (MC). Lorsque la calprotectine fécale était inférieure à 100microg/g de selles, la VPN d’atteinte grélique était de 100%. Un taux de calprotectine > 200microg/g de selles était associé à une MC grelique dans 50% des cas.
 
L’impact du dosage de la calprotectine fécale a été évaluée comme marqueur de réponse au traitement. Deux études norvégiennes montraient, dans la première sur 15 patients sous anti TNF, la deuxième sur 19 patients sous traitement conventionnel, une diminution significative du taux de calprotectine fécale  en cas de réponse endoscopique évaluée par le score SES. Ainsi chez 19 patients porteurs d’une MC traitée hors biothérapie, les taux de calprotectine médian passait de 1282 à 73 (p<00,5)  en cas de réponse endoscopique évaluée par ce score SES à l’inclusion puis entre 4 à 6 mois.
 
L’impact du dosage de la calprotectine fécale a été évaluée comme marqueur de rechute à l’arrêt du traitement. Dans l’étude STORI, Louis et al. (3) ont montré  qu’une calprotectine fécale élevée (> 300microg/g de selles) était un facteur prédictif, indépendant de rechute lors de l’arret de l’infliximab chez des patients restant en monothérapie azathioprine apres une rémission durable de plus de 6 mois en traitement combiné.
 
Commentaires
 

Les travaux rapportés nous permettent d'envisager l'impact de la calprotectine fécale à différents moments de la prise en charge d'une MICI, même si ces résultats restent préliminaires. Plusieurs situations sont à préciser: lors de la découverte, chez le patient quiescent, en poussée, et en post opératoire. Ainsi, par exemple, ce biomarqueur pourrait nous permettre en cas de suspicion diagnostique de MC avec une fibroscopie et une iléo-coloscopie normales, de mieux cerner les patients nécessitant d’un bilan du grêle par videocapsule. En cours de traitement, l'évolution du taux de calprotectine fécale chez un patient donné pourrait aider à différencier des symptômes organiques des manifestations fonctionnelles associées, voir permettre dans l’avenir d’être un marqueur de substitution de la réponse endoscopique. De même, cette cinétique pourrait nous permettre d'envisager des modifications thérapeutiques, de type « escalade », ou inversement « désescalade », comme dans l'étude STORI. Rappelons que l'étude STORI a inclus des patients très sélectionnés, avec une ancienneté de la maladie de plus de 7 ans. Nous ne savons pas actuellement si ces résultats seraient comparables pour des maladies plus précoces. Il faudra toutefois attendre des études complémentaires proposant des algorithmes thérapeutiques en fonction de ce biomarqueur et analysant l’impact évolutif, avant d’éventuellement modifier nos pratiques. En conclusion : La calprotectine fécale est un bio-marqueur important dans les maladies inflammatoires, autant dans la RCH que dans la maladie de Crohn colique. Ce bio-marqueur est, en effet, plus souvent mis en défaut dans les maladies de Crohn grêliques. Trois questions devront être résolues dans l’avenir : 

  1. Quel seuil doit ont proposer pour la calprotectine ?
    Ce seuil sera manifestement différent dans le bilan initial, ou il doit séparer les maladies organiques des manifestations fonctionnelles, de ce qu’il sera dans la prédiction d’une éventuelle rechute sous traitement
  2. Quel va être l’impact thérapeutique de ce bio-marqueur ?
  3. Comment en pratique courante l’utiliser, alors que ce test pour l’instant n’est pas remboursé et est hors nomenclature ?

(2) KOULAOUZIDIS A et al; Fecal calprotectin: a selection tool for small bowel capsule endoscopy in suspected IBD with prior negative bi-directional endoscopy.Scand J Gastroenterol. 2011;46:561-6. 

(3) LOUIS E, GETAID; Maintenance of Remission Among Patients With Crohn's Disease on Antimetabolite Therapy After Infliximab Therapy Is Stopped. Gastroenterology, Volume 142, Issue 1 , Pages 63-70. January 2012.

Références
 
Titre :

Intérêt de la Calprotectine fécale dans la prise en charge des MICI : un point sur la littérature

URL : Faecal calprotectin for screening of patients with suspected inflammatory bowel disease: diagnostic meta-analysis
Auteurs :

Van Rheenen P-F, Van De Vijver E, Fidler V

Source(s) :

Article

Revue :

BJM

Références biblio. :

BMJ 2010; 341 doi: 10.1136/bmj.c3369

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