Intérêt du dosage de MUC5AC, MUC2 et PSCA dans le liquide de ponction des lésions kystiques pancréatiques pour l’identification précise des lésions précancéreuses
SNFGE SNFGE
 
Domaine concerné :
Diagnostic
Degré d’innovation :
Moyen
Avancement :
Non validé
Impact patient :
Impact soin :
Important
Intérêt :
arrivée dans la pratique :
Futur proche
 
 
rédacteur :
M. Louis DE MESTIER
enthousiasme :
 
 
11/07/2018
 
  Sujet :  
 
  Intérêt du dosage de MUC5AC, MUC2 et PSCA dans le liquide de ponction des lésions kystiques pancréatiques pour l’identification précise des lésions précancéreuses  
 
 

Les lésions kystiques pancréatiques (LKP) sont diagnostiquées de plus en plus souvent, et certaines sont des lésions précancéreuses à partir desquelles peut se développer un cancer pancréatique (en particulier les cystadénomes mucineux et les TIPMP). Leur diagnostic précis est donc indispensable à la bonne prise des charge des patients, mais les méthodes diagnostiques actuelles ne permettent pas d’identifier précisément la présence de lésions prémalignes (dysplasie de haut grade) ou malignes. L’objectif de cette étude était de construire et valider une analyse protéomique quantitative ciblée permettant de différencier les lésions kystiques pancréatiques sans critère de malignité, des LKP avec critères de malignité (dysplasie de haut grade ou cancer).

Les auteurs ont conduit une étude rétrospective incluant tous les patients consécutifs d’un hôpital Suédois ayant eu une écho-endoscopie avec ponction à l’aiguille fine (EUS-FNA) d’une LKP entre 2007 et 2016. Les biomarqueurs étaient identifiés, testés et validés dans 3 cohortes différentes comprenant respectivement 24, 80 et 68 patients. Le déroulement des EUS-FNA était classique et l’analyse des prélèvements comprenait une cytologie et une mesure du taux d’ACE. Une analyse protéomique par spectrométrie de masse était réalisée dans la 1ère cohorte, permettant d’identifier les biomarqueurs candidats associés à la malignité des LKP. Une analyse quantitative (qui prend 2-3 jours) de ces biomarqueurs était réalisée dans les 2ème et 3ème cohortes, à partir de 0,5 µL de liquide kystique. Le gold standard était l’analyse anatomo-pathologique complétée par l’évolution clinique comme les critères de Sendai pour les TIPMP (notamment pour les lésions bénignes, qui n’étaient pas réséquées).

Des lésions malignes (dysplasie de haut grade ou cancer) existaient chez respectivement 42%, 19% et 20% des patients des 3 cohortes. Dans la 2ème cohorte (test) le meilleur marqueur était la MUC5AC. Néanmoins, comme les TIPMP de phénotype intestinal sont connues pour sécréter principalement de la  MUC2, une analyse combinée MUC5AC/MUC2 a été réalisée. Dans la 3ème cohorte (validation), cette combinaison classait correctement 66/68 lésions malignes soit une précision de 97% contre 61% pour l’ACE et 84% pour la cytologie (p<0.001).  Dans la population totale, la meilleure combinaison de marqueurs était MUC5AC + PSCA (prostate stem-cell antigen), qui correctement 101/105 lésions malignes soit une précision de 96% contre 64% pour l’ACE et 73% pour la cytologie (p<0.001) (en particulier pour les lésions en dysplasie de haut grade : respectivement 95% vs. 35% vs. 50%, p<0.003).

Les concentrations intrakystiques de PSCA et MUC2 étaient significativement plus élevées dans les TIPMP de sous-types respectivement pancréatobiliaire (p=0.007) et intestinal (p=0.002).

 
 
Commentaires
 
 

L’analyse protéomique de MUC5AC, MUC2 et PSCA permettaient une distinction entre LKP malignes et non-malignes avec une précision élevée et significativement supérieure à celle des méthodes diagnostiques courantes. Cela permet d’entrevoir l’opportunité de diagnostiquer des LKP malignes à un stade où la chirurgie peut encore être curative, et ainsi réduire la mortalité liée au cancer pancréatique.

L’utilisation de ces biomarqueurs est sous-tendue par le rationnel que ces protéines sont fréquemment surexprimées dans les cancers pancréatiques et dans les formes précancéreuses mucineuses. En particulier, il s’agit de protéines membranaires ou excrétées, donc ayant une forte probabilité d’être identifiées dans le liquide des LKP. Leur analyse semble reproductible, la méthode de préparation des échantillons parait simple, et ne nécessite qu’une quantité faible de liquide (0,5 µL). Le fait que cette méthode se focalise sur des peptides spécifiques rend possible une analyse à haut débit. Cette technique semble donc remplir les critères pour que leur utilisation clinique puisse être validée prospectivement, sous réserve d’une analyse médico-économique. En particulier, cette méthode doit être validée dans des cohortes multicentriques au travers d’essais randomisés et contrôlés.

Enfin, cette technique n’est applicable qu’au risque de dégénérescence des LKP, et ne concerne pas le risque global de développer un cancer pancréatique chez les patients atteints de TIPMP, qui peuvent développer un cancer à distance de la lésion kystique principale.

 
 
  Références :  
 
Titre :   Intérêt du dosage de MUC5AC, MUC2 et PSCA dans le liquide de ponction des lésions kystiques pancréatiques pour l’identification précise des lésions précancéreuses
Titre original :   Highly Accurate Identification of Cystic Precursor Lesions of Pancreatic Cancer Through Targeted Mass Spectrometry: A Phase IIc Diagnostic Study
Auteurs :   Karolina S. Jabbar, Liisa Arike, Caroline S. Verbeke, Riadh Sadik, and Gunnar C. Hansson
Source :   Article
Revue :   Journal of Clinical Oncology
Références biblio. :   J Clin Oncol. 2018;36:367-375
 
     
     
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