La biomoléculaire s’étoffe dans le cancer colorectal !
Société Savante des Maladies et Cancers de l'Appareil Digestif

Domaine concerné
Thérapeutique

Degré d'innovation
Important

Avancement
Non validé

Impact patient

Impact soin
Important

Intérêt

Arrivée dans la pratique
Futur lointain

Rédacteur
Docteur Nicolas WILLIET

Enthousiasme

À la une 23/03/2022

La biomoléculaire s’étoffe dans le cancer colorectal !

Le cancer colorectal surexprime HER2 dans environ 2 % des cas. Ce biomarqueur est la cible de thérapie validée, telle que le trastuzumab, dans le cancer du sein et le cancer de l’estomac, en 1ère ligne métastatique pour les tumeurs surexprimant fortement l’HER2 en immunohistochimie (IHC) (3+) et/ou en hybridation in situ en fluorescence (FISH).

 

Il n’existe à ce jour aucune thérapie ciblant l’HER2 validée dans le cancer colorectal (CCR). Le trastuzumab-deruxtecan, est une molécule combinant un anticorps humanisé ciblant l’HER-2, à un inhibiteur de topoisomérase-I, et se donne à la dose de 6,4 mg/kg toutes les 3 semaines.

 

DESTINY-CRC est une étude de phase 2 ouverte, qui a été menée pour évaluer cet anticorps conjugué, en 3ème ligne de traitement des CCR métastatiques, après échec de chimiothérapie à base d’oxaliplatine, d’irinotecan, de 5FU, et de thérapie ciblée (anti-angiogénique, anti-EGFR). Trois groupes de patients ont été étudiés selon le niveau d’expression d’HER2. Le taux de réponse tumorale objective confirmée de manière centralisée (objectif principal) a dépassé les valeurs attendues dans la cohorte A (HER2 positive 3+ en IHC ou 2+ et FISH positive) : 42% (IC95 % : 31·6 % - 59·6 %). La médiane de survie sans progression était de 6,9 mois et celle de la survie globale n’est pas atteinte chez ces patients lourdement pré-traités. Cinq patients (6 %) ont eu une pneumopathie interstitielle, dont deux mortelles.

 

Commentaires
 

La biologie moléculaire prend une place grandissante en cancérologie digestive. Cette nanotechnologie permet de libérer dans la cellule tumorale surexprimant l’HER2 l'inhibiteur de topoisomérase. Cette étude de phase 2 ne permet pas un changement de pratique pour le moment mais donne de grands espoirs pour ce sous-groupe de patients. A titre d’exemple, le trifluridine-tipiracil ou le régorafenib, indiqué en 3ème ligne des CCR métastatiques ne permettent qu’un taux de réponse tumorale de 5 %. De plus, cette réponse paraît prolongée dans le temps, et s'observe aussi chez les 16 patients traités par anti-HER2 dans des lignes antérieures. Enfin, presque ⅓ des patients ont vu une stabilité de leur maladie soit un contrôle de la maladie supérieure à 80 %. Le risque faible mais potentiellement mortel de pneumopathie interstitielle nécessite une surveillance vigilance accrue quant à l’apparition de signes fonctionnels respiratoires. Une corticothérapie systémique est alors recommandée.


Pour cette raison, le trastuzumab-deruxtecan nécessite encore d’être évalué dans des études de phase 2 dans le CCR (NCT04744831) mais aussi dans les cancers du sein et de l’estomac. Mais il est déjà fort probable que le trastuzumab-deruxtecan devienne le nouveau standard pour les patients appartenant à ce sous-groupe et il paraît donc nécessaire de rechercher d’ores et déjà cette surexpression tumorale chez nos patients atteints de CCR afin de les inclure dans les essais dédiés.

Références
 
Titre :

La biomoléculaire s’étoffe dans le cancer colorectal !

Titre original :

Trastuzumab deruxtecan (DS-8201) in patients with HER2-expressing metastatic colorectal cancer (DESTINY-CRC01): a multicentre, open-label, phase 2 trial

Auteurs :

Siena S, Di Bartolomeo M, Raghav K, Masuishi T, Loupakis F, Kawakami H, Yamaguchi K, Nishina T, Fakih M, Elez E, Rodriguez J, Ciardiello F, Komatsu Y, Esaki T, Chung K, Wainberg Z, Sartore-Bianchi A, Saxena K, Yamamoto E, Bako E, Okuda Y, Shahidi J, Grothey A, Yoshino T; DESTINY-CRC01 investigators

Source(s) :

Article

Revue :

The Lancet Oncology

Références biblio. :

Lancet Oncol . 2021 Jun;22(6):779-789. doi: 10.1016/S1470-2045(21)00086-3.

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