La coloscopie est efficace dans la prévention du cancer colorectal
Société Savante des Maladies et Cancers de l'Appareil Digestif

Domaine concerné
Prévention

Degré d'innovation
Important

Impact patient

Impact soin
Important

Intérêt

Arrivée dans la pratique
Confirmation

Rédacteur
Docteur Hervé Hagege

Enthousiasme

À la une 03/11/2013

La coloscopie est efficace dans la prévention du cancer colorectal

R. Nishihara et al rapportent les résultats d’une étude prospective sur l’intérêt de la coloscopie dans deux cohortes américaines suivies durant 22 ans.

La première cohorte concerne 121.700 infirmières américaines âgées de 30 à 55 ans lors de l’inclusion dans l’étude en 1976 et l’autre cohorte concerne 51.529 hommes, professionnels de santé, âgés de 40 à 75 ans lors de l’inclusion en 1986. Ces cohortes ont été suivies régulièrement depuis 1988 avec des questionnaires tous les 2 ans. Le questionnaire permettait de préciser si les sujets avaient eu une rectosigmoïdoscopie ou une coloscopie et la raison de l’investigation. Sur les 88.902 participants (31.736 hommes et 57.166 femmes), 1.815 cas de cancer ont été documentés (714 hommes et 1.101 femmes) durant les 22 années de suivi, correspondant à 1.738.396 personnes/année.

Le message principal de cette étude est qu’en analyse multivariée, le risque de cancer colorectal était significativement diminué chez les patients ayant eu une coloscopie avec exérèse de polypes adénomateux, l’hazard ratio étant de 0,57 (intervalle de confiance 0,45 à 0,72). Ce risque était à 0,60 (IC 0,53 0,68) après une rectosigmoïdoscopie négative et de 0,44 (IC 0,38 à 0,52) après une coloscopie négative. Le risque de cancer colorectal était diminué jusqu’à 15 ans après une coloscopie négative : hazard ratio 0,60 (IC 0,38 à 0,94). Après 3 coloscopies négatives, le risque était franchement diminué : hazard ratio 0,23 ( IC 0,08 à 0,67).

Dans cette étude, il a été identifié 62 cancers diagnostiqués dans les 5 années suivant une coloscopie. Chez ces patients, il a été démontré qu’il existait plus souvent certains phénotypes (CIPM) et des instabilités microsatellites.

La mortalité liée au cancer colorectal était réduite par la coloscopie : hazard ratio 0,32 (IC 0,24 à 0,45). La coloscopie permettait de réduire la mortalité aussi bien pour le cancer colorectal proximal, que pour le cancer colorectal distal.

Commentaires
 

Il s’agit de la première d’étude prospective permettant d’évaluer l’intérêt de la coloscopie de dépistage sur l’incidence du cancer colorectal et sa mortalité. Les études antérieures ont montré que la rectosigmoïdoscopie de dépistage permettait de réduire l’incidence du cancer colorectal distal ainsi que sa mortalité, mais pas celle du cancer colique proximal. Il s’agit d’une étude prospective fondamentale pour les gastro-entérologues.

Elle porte sur de larges cohortes, suivies de façon prolongée et elle démontre que la coloscopie de dépistage permet effectivement de réduire la mortalité par cancer colorectal. Elle complète l’étude publiée dans la même revue en 2012 (Zauber AG et al ; N Engl J Med 2012; 366: 687-696) qui démontrait que la polypectomie permettait de réduire le risque de cancer colorectal. Il est intéressant de remarquer que dans cette étude, les cancers d’intervalle survenus moins de 5 ans après une coloscopie étaient associés à des phénotypes particuliers. Un dépistage particulier pourrait être proposé à certaines catégories de la population.

Théoriquement, cette étude qui portait sur une population de professionnels de santé ne devrait pas être extrapolée à l’ensemble de la population, mais des études antérieures ont montré que le risque de cancer colorectal, dans ce type de population était semblable à la population générale. Après la publication de cette étude, il paraît indispensable de rediscuter les stratégies de dépistage du cancer colorectal dans notre pays.

Références
 
Titre :

La coloscopie est efficace dans la prévention du cancer colorectal

Titre original :

Long-Term Colorectal-Cancer Incidence and Mortality after Lower Endoscopy

Auteurs :

Nishihara R

Source(s) :

Article

Revue :

New England Journal of Medicine

Références biblio. :

N Engl J Med 2013; 369: 1095-1105

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