La coloscopie réduit bien la mortalité par CCR proximal
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Domaine concerné :
Prévention
Degré d’innovation :
Faible
Avancement :
Validé
Impact patient :
Impact soin :
Important
Intérêt :
arrivée dans la pratique :
Immédiat
 
 
rédacteur :
Docteur Patrice PIENKOWSKI
enthousiasme :
 
 
15/06/2018
 
  Sujet :  
 
  La coloscopie réduit bien la mortalité par CCR proximal  
 
 

Le dépistage par coloscopie réduit la mortalité par cancer colorectal (CCR) mais le niveau de protection au niveau du côlon proximal est débattu, au point que la coloscopie est déconseillée comme test de dépistage dans certains pays (Canada). L’étude porte sur une large cohorte historique du Kaiser Permanente Institute (1.877.000 individus âgés de 55 et 89 ans entre 2006 et 2012) ; il s’agit d’une étude cas-témoins portant sur l’association entre mortalité par CCR et réalisation d’une coloscopie de dépistage dans les 10 ans précédant le diagnostic. 1747 individus à risque moyen décédés de CCR (côlon droit : 50,4% ; côlon gauche : 46,7% ; inconnu : 2,9%) sont comparés à 3460 témoins appariés sans CCR et vivants lors du décès des cas index. 

Par rapport aux patients n’ayant pas eu de coloscopie de dépistage, ceux qui en avaient bénéficié ont une diminution de risque de décès par CCR de 67% (RR=0.33 ; 0.21-0.52) ; pour le CCR distal la réduction de risque est de 75% (RR=0.25 ; 0.12-0.53) ; pour le CCR proximal, la réduction de risque est de 65% (RR=0.35 ; 0.18-0.65). 

Les auteurs concluent que la différence de protection par coloscopie du CCR côlon droit/côlon gauche est relativement faible et non statistiquement significative.

 
 
Commentaires
 
 

La thématique de cette étude n’est pas nouvelle mais les résultats publiés devraient mettre un terme à une vieille polémique sur l’aptitude de la coloscopie à prévenir efficacement le CCR proximal. Il avait effectivement été suggéré un temps que le bénéfice de la coloscopie, notamment en terme de mortalité, se limiterait au côlon gauche (publications nord-américaines de Baxter et Singh dans les années 2010). Ces travaux présentent des particularités méthodologiques susceptibles d’en atténuer la portée notamment le faible pourcentage de coloscopie complète (83%) et la réalisation par un gastroentérologue dans un tiers des cas seulement ! De nombreuses études ont par la suite confirmé l’impact positif de la coloscopie totale sur l’incidence du CCR et sa mortalité avec toutefois de meilleures performances pour les CCR distaux. Dans cette abondante littérature, la réduction d’incidence du CCR après coloscopie est de 68% (colon proximal : 38%, côlon distal : 73%) et la réduction moyenne de mortalité de 72% (côlon proximal : 44%, colon distal : 75%). Le bénéfice est moindre pour les lésions proximales mais il existe quand même. Toutes les études montrent donc clairement une réduction prolongée du risque individuel de CCR de l’ordre de 70%, 10 ans après une coloscopie normale. Ces constatations fondent le rationnel pour une coloscopie de prévention et de dépistage unique ou tous les 10 ans en l’absence de facteurs de risques familiaux.

L’étude de Doubeni et al. confirme donc cette tendance ; les excellents résultats obtenus au niveau du côlon proximal sont probablement à mettre au crédit de l’amélioration des pratiques, notamment de la préparation colique, preuve qu’un niveau d’exigence élevé améliore les résultats.

En attendant les conclusions des études randomisées en cours sur la prévention du CCR en population par coloscopie (étude nord-européenne NordICC, espagnole ColonPrev et américaine CONFIRM), la coloscopie reste à titre individuel un examen efficace pour réduire le risque, l’incidence et la mortalité : une coloscopie normale n’est donc pas une coloscopie inutile.

 
 
  Références :  
 
Titre :   La coloscopie réduit bien la mortalité par CCR proximal
Titre original :   Effectiveness of screening colonoscopy in reducing the risk of death from right and left colon cancer : a large community-based study
Auteurs :   Chyke A Doubeni, 1 Douglas A Corley, 2 Virginia P Quinn, 3 Christopher D Jensen, 2Ann G Zauber, 4 Michael Goodman, 5 Jill R Johnson, 1 Shivan J Mehta, 6 Tracy A Becerra, 3 Wei K Zhao, 2 Joanne Schottinger, 3 V Paul Doria-Rose, 7 Theodore R Levin, 2 Noel S Weiss, 8 Robert H Fletcher9
Source :   Article
Revue :   Gut
Références biblio. :   67;291-298
 
     
     
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