La polypose festonnée : une maladie de la sénescence ?
Société Savante des Maladies et Cancers de l'Appareil Digestif

Avancement
Recherche clinique

Impact soin
Important

Intérêt

Arrivée dans la pratique
Immédiat

Rédacteur
Professeur Jean-Christophe SAURIN

Enthousiasme

À la une 14/04/2014

La polypose festonnée : une maladie de la sénescence ?

Ce travail de biologie moléculaire collaborative américain et japonais a abouti à proposer une piste à la génétique des polyposes festonnées. Il s’agit comme souvent aujourd’hui d’une analyse de l’ensemble des séquences codantes de 20 sujets présentant des adénomes festonnés multiples (de 3 à 50 SSA, âge moyen 51 ans), comparés au génome de 3500 sujets contrôles. Cette analyse est possible depuis quelques années grâce au séquençage à haut débit, méthode assez révolutionnaire permettant l’analyse d’une grande quantité de séquences génétiques en un temps raisonnable. L’analyse a révélé la présence non pas d’une seule anomalie génétique d’un gène donné, mais la présence de mutations multiples, chez 5 / 20 sujets, de gènes ayant tous une fonction commune, celle du contrôle de la sénescence. Chaque mutation était donc localisée dans un gène différent concernant la sénescence (ATM, TELO2, RBL1, XAF1, and PIF1). Les patients présentant une polypose festonnée (mais dans cet article avec une présentation clinique très variable d’un sujet à l’autre) ont donc une anomalie génétique prédisposant dans 25 % des cas. Ce qui est aussi très intéressant, c’est que près de 10 % des sujets contrôles (3500) présentent une anomalie identique des gènes de la sénescence.

Commentaires
 

La polypose festonnée est une entité de moins en moins rare, dont la définition clinique OMS est aujourd’hui cependant un peu floue (au moins 5 lésions festonnées proximales dont 2 de plus de 1 cm, ou au moins 20 lésions festonnées colorectales quelle que soit leur taille). Les adénomes festonnés sessiles deviennent une lésion pré-néoplasique importante de notre quotidien de gastroentérologue : il s’agit de la seconde lésion néoplasique colorectale en fréquence, après les adénomes classiques (9 % de coloscopies optimisées). Ils sont aussi considérés comme responsables de 30 % des cancers d’intervalle. La fréquence de la polypose festonnée est très difficile à estimer. Une personne sur 3000 dans les formes gauches, dans le cadre d’études de dépistage du cancer colorectal par rectosigmoidoscopie. Jusqu’à aujourd’hui, cette polypose était un peu mystérieuse sur le plan génétique : les gènes classiques dont Mutyh ne sont clairement pas impliqués, sauf exception, la transmission familiale est rare sur plusieurs générations. Cette découverte est donc vraiment importante, d’autant qu’elle ouvre le champ d’une nouvelle forme de prédisposition au cancer colorectal en particulier, mais à d’autres cancers en général. Ainsi, une étude récente, à confirmer, a suggéré une augmentation de risque de cancer du pancréas dans cette polypose festonnée. Il est très intéressant d’observer que, si la fréquence de mutation des gènes de la sénescence est bien plus élevée chez les personnes présentant une polypose festonnée, cette fréquence est loin d’être négligeable dans la population générale. Ainsi, si près de 10 % des sujets non sélectionnés ont une mutation de ce type, il s’agit d’une prédisposition (sans doute mineur) au cancer qui n’aurait de conséquences réelles que chez un groupe limité de personnes, probablement en partie du fait facteurs environnementaux ou d’autres facteurs génétiques. Une page nouvelle du dépistage de personnes à haut risque de cancer est peut-être en train de s’écrire.

Références
 
Titre :

La polypose festonnée : une maladie de la sénescence ?

Titre original :

Germline Mutations in Oncogene-Induced Senescence Pathways

Auteurs :

Manish K. Gala, Yusuke Mizukami, Long P. Le, Kentaro Moriichi, Thomas Austin, Masayoshi Yamamoto, Gregory Y. Lauwers, Nabeel Bardeesy, and Daniel C. Chung

Source(s) :

Article

Revue :

Gastroenterology

Références biblio. :

Gastroenterology 2014;146:520–529

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