La seule consommation d’alcool sans risque est une consommation nulle !
Société Savante des Maladies et Cancers de l'Appareil Digestif

Domaine concerné
Prévention

Degré d'innovation
Moyen

Avancement
Validé

Impact patient

Impact soin
Important

Intérêt

Arrivée dans la pratique
Immédiat

Rédacteur
Docteur Camille Barrault

Enthousiasme

À la une 06/11/2018

La seule consommation d’alcool sans risque est une consommation nulle !

Cet article présente les résultats d’une très vaste étude épidémiologique évaluant la consommation d’alcool et ses conséquences sur la santé chez 28 millions de personnes dans 195 pays.

Méthodologie
Les collaborateurs ont évalué dans chaque pays le pourcentage d’usagers d’alcool et de non consommateurs. Ils ont ensuite estimé la consommation d’alcool sur les données de vente en limitant les biais liés à la consommation par les touristes et à la consommation « unrecorded » c’est à dire les ventes illégales etc. Ils s’intéressaient également à la mortalité et la morbidité liées à l’alcool, cette dernière étant évaluée par les DALYs (disability-adjusted life-years). 

Résultats
Les résultats sont très, très intéressants ! Tout d’abord en termes d’évaluation de la consommation. En 2016, 32,5% des personnes de plus de 15 ans, c’est à dire 2,4 milliards de personnes, consommaient de l’alcool. Les hommes consommateurs étaient plus nombreux (39 %) que les femmes (25%). Il existait évidemment une très grande disparité de consommation entre les pays faiblement et fortement industrialisés. Dans ces derniers, comme ceux de l’Europe de l’Ouest, 72% des femmes et 89 % des hommes consomment régulièrement de l’alcool. La différence entre la proportion de femmes et d’hommes est plus faible que dans les pays faiblement industrialisés (8,9% des femmes et 20 % des hommes) avec un minimum en Suède (83% vs 86 %) pays de la parité, s’il en est ! La consommation moyenne des femmes était de 1,9 verres ou unités de 10g d’alcool pur par jour et celle des hommes de 2,9 unités par jour, deux fois plus que la moyenne mondiale (0,7 verre pour les femmes, 1,7 pour les hommes).
Ensuite, en termes de mortalité. La mortalité liée à l’alcool était de 2,8 millions en 2016 et correspondait à 2,2 % de la mortalité chez les femmes et 5,9 % chez les hommes. Cette mortalité liée à l’’alcool est importante surtout chez les 15-49 ans : proche de 10% et 1er facteur de risque de mort prématurée et de DALYs dans cette tranche d’âge (7ième facteur de risque globalement). Cette mortalité liée à l’alcool est due aux cancers après 50 ans et plus encore chez les femmes (27%) que chez les hommes (19%). 
La consommation d’alcool pourrait « protéger » les femmes de l’infarctus du myocarde (mais pas des autres maladies cardio-vasculaires) et le diabète avant l’âge de 60 ans. Chez les hommes une faible consommation pourrait avoir un très faible effet protecteur contre l’infarctus du myocarde mais il n’y a aucun autre bénéfice de l’alcool sur la santé.

Commentaires
 

Cette très vaste étude épidémiologique apporte des informations concernant la consommation d’alcool à travers le monde. En Europe de l’Ouest, la consommation moyenne d’alcool est supérieure à celle recommandée par des experts français de mai 2017 (ne pas dépasser 10 unités par semaine soit 1,5 verre par jour pour les hommes comme pour les femmes, parité oblige !). Elle permet de re-positionner le rôle délétère de l’alcool sur la santé avec 3 millions de morts chaque année : plus que la tuberculose, le SIDA et les violences réunies. Elle nous apporte également  des informations solides pour rectifier des idées courantes admises sur le rôle éventuel de protection cardio-vasculaire de l’alcool. Son excellent accueil médiatique et médical montre que le problème de l’alcool commence à intéresser les médecins et le public. Elle devrait permettre aux autorités de santé de prendre des décisions courageuses en termes de politique de santé en relativisant le discours des lobbys alcooliers.

Cet article est en accès libre sur le site : https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0140673618313102?via%3Dihub

Références
 
Titre :

La seule consommation d’alcool sans risque est une consommation nulle !

Titre original :

Alcohol use and burden for 195 countries and territories, 1990–2016: a systematic analysis for the Global Burden of Disease Study 2016

Auteurs :

GBD 2016 Alcohol Collaborators

Source(s) :

Article

Revue :

Lancet

Références biblio. :

Lancet. 2018 Sep 22;392(10152):1015-1035

Liens utiles
Alcohol use and burden for 195 countries and territories, 1990–2016
   
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