L’aspirine et les AINS sont bien des facteurs de risque important de complications de la diverticulose colique
Société Savante des Maladies et Cancers de l'Appareil Digestif

Degré d'innovation
Important

Impact patient

Intérêt

Arrivée dans la pratique
Confirmation

Rédacteur
Dr Pascal Fabresse

Enthousiasme

À la une 06/05/2011

L’aspirine et les AINS sont bien des facteurs de risque important de complications de la diverticulose colique

Cette cohorte prospective de plus de 47000 hommes américains, âgé de 40 à 75 ans à l’inclusion, a été suivie de 1986 à 2008 avec un questionnaire biannuel alimentaire, pharmaceutique, et médical. Les patients ayant une diverticulose connue à l’inclusion étaient exclus de cette étude. Appareillé en 2 groupes dont un prenant régulièrement des AINS ou de l’aspirine, le risque de diverticulite ou de saignement diverticulaire a été comparé dans ces 2 groupes.

29% des patients prenait régulièrement (c.a.d au moins 2 fois par semaine) de l’aspirine, 5 % régulièrement des AINS. Les calculs ont été faits en années-patients exposés ou non à l’aspirine, aux AINS, ou les 2. 42% du temps patient global ne comprenait aucune exposition à ces traitements, 32% était exposé à l’aspirine, 11% aux AINS, 14 % aux 2.
 
939 épisodes de diverticulite et 236 saignements diverticulaires ont été répertoriés. Le diagnostic de diverticulite était retenu sur l’intensité de la douleur +/- fièvre mais nécessitant des antibiotiques  ou entrainant un scanner positif. Le diagnostic de complications : abcès, perforation, sténose ou fistule était étayé sur la chirurgie ou l’imagerie. Le diagnostic de saignement requérait une hospitalisation, une perfusion (+/- transfusion) et soit une angiographie, soit une scintigraphie au GR, soit une tentative d’hémostase endoscopique ou chirurgicale.
 
Dans le groupe AINS, le risque de diverticulite est statistiquement augmenté que ce soit sous forme de diverticulite non compliquée (RR : 1,65) mais surtout sous forme compliquée (RR : 2.55).  Le risque de l’aspirine est plus faible : diverticulite non compliqué (RR : 1,13), forme compliquée (RR : 1,24). Le risque de diverticulite est corrélé à la fréquence de la prise d’aspirine ou d’AINS mais pas à la dose d’aspirine.  Le groupe AINS + aspirine  a un risque proche de celui du groupe AINS seul (RR : 1,65).
 
Le risque de saignement diverticulaire est augmentée dans les trois groupes, RR : 1,74 pour  le groupe  AINS,  RR : 1,7 pour le groupe aspirine, RR : 2,02 pour le groupe AINS+aspirine.  Pour le risque hémorragique, il existe une corrélation avec la fréquence de prise du traitement, avec un risque maximum pour une prise quotidienne d’aspirine (RR : 3.13) et d’AINS (RR : 2,17), mais aussi pour une dose moyenne d’aspirine versus une dose faible (RR : 2,32 pour des dose cumulées de 700 a 2000 mg par semaine).
Commentaires
 

Le risque de complications diverticulaires des AINS et de l’aspirine est évoqué depuis longtemps par des études, souvent rétrospectives, de patients atteint de diverticulite appareillées à un groupe contrôle. Ces études sont peu détaillées sur la prise effective, la durée, les doses des traitements donnés. Elles comportent peu de données sur le type de complications observées. Cette grosse cohorte (859164 années-patient), particulièrement bien suivie (4000 patients exclus pour résultats incomplets), a une méthodologie certes déclarative mais particulièrement précise. Le diagnostic de diverticulite et d’hémorragie diverticulaire est sont souvent porté en pratique par défaut, la caractérisation très précise de ces diagnostics dans cette étude minore donc très probablement l’incidence réelle de ces événements, mais cela donne un poids scientifique indiscutable à ces résultats. En effet, avec ces critères, l’incidence de ces événements reste faible chez ces patients : 1/1000 année-patient pour la diverticulite, 0,3/1000 année-patient pour l’hémorragie diverticulaire, mais les risques identifiés sont néanmoins nettement significatifs. Par ailleurs, il s’agit de patients naïfs à l’inclusion pour la pathologie diverticulaire, la situation serait bien sur très différente pour des patients déjà connus pour une complication diverticulaire dont on connait le risque élevé de récidive. La seule restriction méthodologique est qu’il ne s’agit que d’hommes (?), travaillant dans la santé en médical ou en para-médical, 2 facteurs dont l’influence est difficilement quantifiable. Cette étude confirme donc une influence notable notamment des AINS mais aussi de l’aspirine sur la survenue d’une diverticulite, d’une forme compliquée, ou d’un saignement. Pour la diverticulite, le risque est nettement plus élevé avec les AINS qu’avec l’aspirine, et notamment pour les formes compliquées les plus graves. Pour le risque hémorragique, le risque est proche pour ces 2 traitements. Globalement, le risque est augmenté par la fréquence des prises, le risque hémorragique étant également augmenté par la dose pour l’aspirine, ce qui confirme les données déjà connues sur les autres lésions intestinales hémorragiques. La prescription de ces traitements chez des patients déjà atteints doit donc être bien pesée. En conclusion, s’il faut discuter du risque global des AINS et de l’aspirine dans la population générale, il est surtout important d’informer nos patients diverticulaires sur le rapport bénéfice /risque de ces traitements, surtout chez ceux qui ont été déjà présenté une complication de la diverticulose à fort risque de récidive. Les AINS semblent favoriser particulièrement les formes compliquées de diverticulite : abcès, perforation, sténose ou fistule, ou hémorragie, ce qui les rend très discutables chez ces patients à risques. En cas d’indication formelle, comme pour le tractus haut, l’utilisation de la dose minimale efficace d’aspirine permet de faire diminuer le risque de complication diverticulaire, notamment hémorragique, de ce traitement. A noter que cet article de Gastroenterology est en accès libre, et que les anglophiles peuvent même bénéficier du commentaire audio de l’auteur.

Références
 
Titre :

L’aspirine et les AINS sont bien des facteurs de risque important de complications de la diverticulose colique

URL : Use of Aspirin or Nonsteroidal Anti-inflammatory Drugs Increases Risk for Diverticulitis and Diverticular Bleeding
Auteurs :

Strate L, Liu Y-L, Huang E-S, Giovannucci E-L, Chan A-T

Source(s) :

Article

Revue :

Gastroenterology

Références biblio. :

GASTROENTEROLOGY 2011;140:1427–1433

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