Le coupable c’est le fructane et non le gluten !
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Domaine concerné :
Thérapeutique
Degré d’innovation :
Moyen
Avancement :
Recherche clinique
Impact patient :
Impact soin :
Moyen
Intérêt :
arrivée dans la pratique :
Futur proche
 
 
rédacteur :
Docteur Pauline JOUET
enthousiasme :
 
 
27/07/2018
 
  Sujet :  
 
  Le coupable c’est le fructane et non le gluten !  
 
 

L’hypersensibilité au gluten est caractérisée par une amélioration des symptômes après exclusion du gluten en l’absence de maladie cœliaque. Les mécanismes de cette pathologie ne sont pas clairs, et il n’y a pas de biomarqueurs pour en faire le diagnostic. Les aliments ayant du gluten contiennent souvent des fructanes, un type d’hydrates de carbones fermentescible appartenant aux FODMAPs (acronyme pour Fructo-, Oligo-, Di-, Monosacharides And Polyols). Le but de cette étude norvégienne était d’évaluer l’effet du gluten et de fructanes pris séparément chez des patients s’étant auto-diagnostiqués une hypersensibilité au gluten. Les 59 patients inclus ont suivi trois challenges en double aveugle et en cross-over avec l’administration randomisée d’une alimentation avec du gluten (5,7g), des fructanes (2,1 g), ou un placebo, inclus dans des barres de muesli, pendant 7 jours. Après une période de wash-out d’au minimum 7 jours (jusqu’à ce que les symptômes induits par le challenge précédent aient disparu), les participants testaient en alternance les autres types d’alimentation (gluten, fructanes, placebo) et évaluaient leurs symptômes digestifs par le score Gastrointestinal Symptom Rating Scale Irritable Bowel Syndrome (GSRS-IBS). Une analyse en modèle linéaire mixte a été utilisée.

Les scores GSRS-IBS étaient significativement différents pendant la période avec gluten, fructanes et placebo (valeurs moyennes : 33.1 ± 13.3, 38.6 ± 12.3, and 34.3 ± 13.9, respectivement (P = 0.04). Le score moyen du GSRS-IBS pour les ballonnements étaient de 9.3 ± 3.5, 11.6 ± 3.5, and 10.1 ± 3.7, respectivement pour les challenges avec le gluten, fructanes, et le placebo (P = .004). Le score global (P =0 .049) et le score de ballonnement (P = 0.003) GSRS-IBS étaient significativement plus élevés dans la période avec fructanes par rapport au gluten. Il n’y avait pas de différence de score de GSRS-IBS entre les groupes avec gluten et placebo.

En conclusion, dans cette étude en double aveugle randomisée contrôlée versus placebo et en cross over effectuée chez des patients s’étant auto-diagnostiqués une hypersensibilité au gluten et n’ayant pas de maladie cœliaque, la prise de fructanes induisaient plus souvent l’apparition de symptômes que le gluten ou un placebo.

 
 
Commentaires
 
 

Certains patients rapportent une amélioration de leurs symptômes digestifs après éviction du gluten, en l’absence de maladie cœliaque, définissant l’hypersensibilité au gluten. Dans l’étude de Skodje et al. effectuée chez des patients ayant une hypersensibilité au gluten,  l’ajout de fructanes induisait plus de symptômes que l’ajout de gluten ou d’un placebo. Il faut noter que la différence était juste à la limite de la significativité. Ce résultat est cependant intéressant car en accord avec l’étude de Biesierkierski1 et al. montrant que le gluten n’influençait pas les symptômes digestifs de ces patients lorsqu’ils suivaient un régime  pauvre en Fodmaps (acronyme pour Fructo, -Oligo, -Di, Monosaccharides And Polyols), remettant déjà en cause le rôle du gluten. Les fructanes font partie des FODMAPS, et sont contenus en particulier dans le seigle. L’éditorial commentant cet article nous met en garde sur l’alimentation pauvre en gluten, qui ne semble pas être justifiée compte tenu de ces résultats, et qui pourrait, en diminuant l’ingestion de fibres de céréales ou de céréales complètes, avoir un impact sur le risque cardio-vasculaire des patients. 

1 Gastroenterology 2013;145:320–328

 
 
  Références :  
 
Titre :   Le coupable c’est le fructane et non le gluten !
Titre original :   Fructan, Rather Than Gluten, Induces Symptoms in Patients With Self-Reported Non-Celiac Gluten Sensitivity.
Auteurs :   Skodje GI,  Sarna VK,  Minelle IH,  Rolfsen KL,  Muir JG,  Gibson PR,  Veierød MB,  Henriksen C,  Lundin KEA.
Source :   Article
Revue :   Gastroenterology
Références biblio. :   Feb;154(3):529-539.e2. doi: 10.1053/j.gastro.2017.10.040.
 
     
     
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