Le dépistage organisé, ça marche !
Société Savante des Maladies et Cancers de l'Appareil Digestif

Degré d'innovation
Important

Avancement
Validé

Impact patient

Impact soin
Important

Intérêt

Arrivée dans la pratique
Confirmation

Rédacteur
Docteur Patrice PIENKOWSKI

Enthousiasme

À la une 11/12/2018

Le dépistage organisé, ça marche !

Malgré toutes les données favorables accumulées ces dernières années (notamment grâce aux études contrôlées) et la conviction que nous en avons, nous ne disposons pas à ce jour de preuves concrètes de l’efficacité du Dépistage Organisé du Cancer Colorectal (DOCCR) en termes d’incidence et de mortalité en population générale. C’est chose faite avec le travail du Kaiser Permanente en cours de publication dans Gastroenterology.

Résumé :
L’étude porte sur une population Nord Californienne éligible au dépistage (âgés entre 51 et 75 ans) sur la période 2000-2015. Les paramètres analysés sont le taux de réalisation d’un test de dépistage, l’incidence du CCR et la mortalité annuelle spécifique, comparativement avant et après l’introduction d’un DOCCR par test immunologique (FIT), d’abord sous forme d’une étude pilote en 2006 puis sa généralisation en 2008. Dans le cadre de ce programme le FIT (OC-Sensor) est réalisé annuellement au seuil de positivité fixé à 20µg Hb/g de selle et un taux de positivité de 5%. Plus qu’un taux de participation (au sens où nous l’entendons en France), le concept retenu est celui de « à jour de son dépistage » (« up-to-date with screening »), c’est à dire : test fécal dans l’année, rectosigmoïdoscopie dans les 5 ans (RSS) ou coloscopie dans les 10 ans. Avant l’introduction du DOCCR le dépistage reposait sur l’initiative individuelle « opportuniste » et faisait appel pour l’essentiel au test au Gaïac (gFOBT) et à la RSS.
La participation au dépistage était stable pendant la première période (2000-2005) voisine de 40% ; elle augmente significativement après l’introduction de DOCCR pour atteindre 82.7% en 2015 (p<0.01) (Fig1). Cette augmentation est principalement liée au développement du FIT et de la coloscopie (Fig2). Parallèlement l’incidence du CCR diminue de 25% entre 2000 et 2015 (95.8 et 71.4/100.000 ; p<0.01) après une augmentation initiale directement liée à la détection accrue de formes précoces. Cette réduction d’incidence concerne plus les CCR avancés (45.9 à 29.3 /100.000 ; -36% ; p<0.01) que les formes précoces (48.2 à 41.2/100.000 ; -14.5% ; p<0.04) ; elle est similaire pour les CCR proximaux et les CCR distaux, chez les hommes et chez les femmes. La réduction de mortalité est également très significative passant de 30.9 à 14.7 /100.000 sur la période (-52% ; p<0.01)

Figure 1 : Evolution de la participation et de la mortalité

  

 

 

 

 

 

 

Figure 2 : Population « à jour du dépistage » par test

 

 

 

 

 

 

Commentaires
 

Cette étude montre pour la première fois en population générale qu’un dépistage organisé permet de réduire l’incidence du CCR et sa mortalité et que cet effet est rapidement mesurable, pratiquement à l’échelle d’une décennie. Il s’agit d’un grand pas en avant car jusqu’à présent nous ne disposions pour étayer cette hypothèse que des études contrôlées initiales menées avec le test Hemoccult™, principalement celle du Minnesota, la seule à avoir véritablement documenté un bénéfice durable à la fois en incidence et mortalité. L’augmentation transitoire de l’incidence des formes précoces, souvent mise en avant pour dénigrer un dépistage (comme une simple anticipation du diagnostic), y est constatée de manière claire mais sans amoindrir le bénéfice à terme.

Ce résultat est obtenu grâce à une participation très élevée supérieure à 80%, véritable clé de voute du dispositif. Il s’agit d’une participation globale au sens de « à jour de son dépistage » dans laquelle la coloscopie occupe une place très importante (32% de la population cible à la fin de la période) à côté du FIT (50%) soit un ratio 40/60. Cette configuration particulière n’est certainement pas pour rien dans le résultat final ce d’autant que le FIT, même annuel et avec un seuil de détection bas, ne génère que 5% de test positif. L’autre enseignement, et pas des moindre, est qu’il est parfaitement possible (et sans doute souhaitable) de faire coexister un dépistage organisé par FIT et un dépistage opportuniste par coloscopie dans le cadre d’une stratégie multimodale encadrée, l’important étant sans doute d’arriver à un taux suffisamment élevé de recours à la coloscopie dans la population cible, quel qu’en soit le chemin !

Références
 
Titre :

Le dépistage organisé, ça marche !

Titre original :

Effects of Organized Colorectal Cancer Screening on Cancer Incidence and Mortality in a Large Community-Based Population

Auteurs :

Theodore R. Levin, Douglas A. Corley, Christopher D. Jensen, Joanne E. Schottinger, Virginia P. Quinn, Ann G. Zauber, Jeffrey K. Lee, Wei K. Zhao, Natalia Udaltsova, Nirupa R. Ghai, Alexander T. Lee, Charles P. Quesenberry, Bruce H. Fireman, and Chyke A. Doubeni

Source(s) :

Article

Revue :

Gastroenterology

Références biblio. :

Gastroenterology 2018 ; https://doi.org/10.1053/j.gastro.2018.07.017 (in press)

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