Le risque de cancer colorectal en cas d’antécédents familiaux au premier degré est-il moins important après 55 ans ? (Vers un dépistage plus individualisé du cancer colorectal chez les individus à risque élevé)
Société Savante des Maladies et Cancers de l'Appareil Digestif

Domaine concerné
Prévention

Degré d'innovation
Important

Avancement
Faisabilité technique

Impact patient

Impact soin
Important

Intérêt

Arrivée dans la pratique
Futur proche

Rédacteur
Docteur Patrice PIENKOWSKI

Enthousiasme

À la une 18/10/2015

Le risque de cancer colorectal en cas d’antécédents familiaux au premier degré est-il moins important après 55 ans ? (Vers un dépistage plus individualisé du cancer colorectal chez les individus à risque élevé)

Il est communément admis que le risque de cancer colorectal (CCR) est augmenté en cas d’antécédents familiaux. Ce contexte familial définit pour l’essentiel, le groupe de patients « à risque élevé » et est à la base des recommandations pour leur dépistage individuel (coloscopie à 40 ans ou 10 ans avant l’âge de découverte du cas index). L’objectif de cette étude est d’évaluer l’impact des antécédents familiaux sur l’incidence du CCR et sa mortalité chez les individus de plus de 55 ans, « une fois passé le risque de cancer précoce ».

L’âge de 55 ans correspond à la limite inférieure d’inclusion de patients dans l’étude contrôlée randomisée multicentrique américaine ayant évalué la rectosigmoïdoscopie dans le dépistage du CCR (PLCO trial pour Prostate, Lung, Colorectal and Ovarian cancer screening trial). Parmi les 144.768 patients inclus entre 1993 et 2001, 14.961 (10.3%) décrivent au moins un antécédent de CCR au premier degré (First Degre Relative ou FDR). Durant la période de suivi de 13 ans (jusqu’en décembre 2009), des antécédents familiaux sont notés chez 273/2090 cas incidents de CCR et 71/538 cas de décès par CCR (13% dans les 2 cas). Globalement les antécédents familiaux sont associés à une augmentation significative de l’incidence (RR=1.30) et de la mortalité (RR=1.31) ; le risque est plus marqué en cas d’antécédents familiaux multiples (RR = 2.04 vs 1.23) et il varie avec l’âge de survenue du cas index : avant 60 ans : RR=1.46, entre 60 et 70 ans : RR=1.33 et après 70 ans : RR=1.15. Chez les patients avec un seul FDR par contre, aucune différence significative n’est observée en fonction de l’âge du cas index (RR de 1.27, 1.33 et 1.14 respectivement).

Les auteurs concluent, qu’après 55 ans, les individus n’ayant qu’un seul FDR, n’ont qu’une augmentation modérée du risque de CCR et de mortalité  et qu’une surveillance endoscopique « agressive » ne serait pas susceptible d’améliorer la prévention du CCR.

Commentaires
 

Encadrée par la méthodologie de l’essai PLCO, cette étude est probablement la première à cibler ainsi spécifiquement et de manière prospective la population de plus de 55 ans à risque élevé de CCR en raison d’antécédents familiaux. Certaines publications relativement anciennes montrent en effet que le risque de CCR lié aux antécédents familiaux serait moins élevé chez les sujets âgés de plus de 50 ans (RR de 1.90 vs 3.17 dans la méta-analyse Butterworth de 2005).

On sait par ailleurs que le risque de CCR n’est pas uniforme (Video-Digest 2014 : Etat de l'Art en Endoscopie Digestive :  Risque moyen ou élevé de cancer colo-rectal : comment classer en 2014 ?) : il augmente principalement avec le nombre de cas dans la famille (RR de 4 pour ≥ 2 FDR) et, de manière quasiment linéaire, avec l’âge du cas index (RR de 4 avant 45 ans et inférieur à 2 au delà de 60 ans) ; il reste majoré en cas d’antécédents au second degré (Second Degre Relatives ou SDR) et en cas d’antécédents de polyadénomes (avancé ou non).

Le travail de Schoen rappelle aujourd’hui que l’âge de l’individu à risque est également un paramètre à prendre en considération : le risque semble moindre après 55 ans mais il ne disparaît pas totalement et il reste significatif dans les études antérieures : une modification de nos pratiques est donc de ce point de vue prématurée.

Il apparaît malgré tout que le risque individuel est la résultante de plusieurs facteurs (ce que montre bien dans cette étude la persistance d’un lien avec l’âge du cas index lorsque il existe non pas un mais plusieurs FDR). Le dépistage des individus à risque doit donc aujourd’hui être personnalisé avec pour chaque cas une analyse plus précise de son environnement familial. Cette nouvelle approche, éventuellement assistée d’algorithmes qui restent à définir, devrait permettre d’optimiser le dépistage des populations à risque, tant pour l’âge de début que pour le rythme des coloscopies dans le cadre d’une stratégie plus individualisée.

Références
 
Titre :

Le risque de cancer colorectal en cas d’antécédents familiaux au premier degré est-il moins important après 55 ans ? (Vers un dépistage plus individualisé du cancer colorectal chez les individus à risque élevé)

Titre original :

Incidence and Mortality of Colorectal Cancer in Individuals with a Family History of Colorectal Cancer

Auteurs :

Robert E. Schoen, M.D., M.P.H, Anthony Razzak, M.D, Kelly J. Yu, PhD, Sonja I. Berndt, Kevin Firl, B.A, Thomas L. Riley, B.S, Paul F. Pinsky, PhD.

Source(s) :

Article

Revue :

Gastroenterology

Références biblio. :

Gastroenterology. 2015 Aug 5. pii: S0016-5085(15)01087-2. doi: 10.1053/j.gastro.2015.07.055

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