Le sorafénib n’est plus seul en première ligne du carcinome hépatocellulaire
Société Savante des Maladies et Cancers de l'Appareil Digestif

Domaine concerné
Thérapeutique

Degré d'innovation
Important

Avancement
Recherche clinique

Impact patient

Impact soin
Important

Intérêt

Arrivée dans la pratique
Futur proche

Rédacteur
Dr Yann TOUCHEFEU

Enthousiasme

À la une 26/09/2018

Le sorafénib n’est plus seul en première ligne du carcinome hépatocellulaire

Il s’agit d’une étude de phase III, multicentrique, randomisée, de non-infériorité, comparant le lenvatinib (12 mg/jour si poids≥60 kg, 8 mg/j si poids>60 kg) au sorafénib (800mg/j) dans le traitement du carcinome hépatocellulaire BCLC B ou C, avec une fonction hépatique préservée (Cirrhose Child A) et un état général ECOG 0-1. Les patients ayant un envahissement hépatique de plus de 50% ou une invasion du tronc porte étaient exclus. L’objectif principal était la survie globale.

L’étude a inclus 954 patients avec une randomisation 1:1. L’objectif principal a été atteint. La survie médiane a été de 13,6 mois dans le bras lenvatinib, non inférieure à la survie de 12,3 mois dans le bras sorafénib (HR 0,92 (IC 95% 0,79–1,06). Le lenvatinib a été  supérieur au sorafénib dans l’évaluation des objectifs secondaires : survie sans progression (7,4 vs 3,7 mois, (HR 0,66 (95% CI 0,57–0,77) p<0,0001), taux de réponse (24 versus 9%, p<0,0001). Les profils de toxicité ont été différents, davantage de toxicité cutanée et de syndrome main-pied dans le bras sorafénib, davantage d’hypertension artérielle dans le bras lenvatinib.

Commentaires
 

Il s’agit de la première étude de phase III positive en première ligne systémique depuis 10 ans dans le carcinome hépatocellulaire. L’étude est internationale et intercontinentale (Asie-Pacifique, Europe, Amérique). La question principale est la place du lenvatinib dans la pratique clinique. Depuis la publication de l’étude RESORCE démontrant l’efficacité du regorafénib versus placebo en seconde ligne après progression sous sorafénib, il existe une stratégie sorafénib en première et regorafénib en deuxième ligne. L’étude CELESTIAL évaluant le cabozantinib versus placebo chez des patients ayant reçu du sorafénib est également positive (ASCO GI 2018). Il n’y a pas de deuxième ligne validée après lenvatinib. Cette différence pourrait amener les hépatogastroentérologues et oncologues à conserver le sorafénib en première ligne. De plus, après 10 ans d’expérience du sorafénib, son utilisation et la gestion de ses toxicités sont désormais une pratique quotidienne bien rodée. Le lenvatinib est moins connu, actuellement autorisé dans le traitement du cancer thyroïdien.

Le sorafénib n’est plus seul. Le lenvatinib en première ligne, le regorafénib et le cabozantinib en deuxième ligne ont démontré une activité dans des études randomisées de phase III, les résultats d’études d’immunothérapie sont attendus. Il est étonnant de dire que nous aurons bientôt l’embarras du choix dans le traitement du carcinome hépatocellulaire, après 10 années d’exclusivité du sorafénib. La place du lenvatinib et des autres traitements devra être précisée dans des stratégies multilignes.

Références
 
Titre :

Le sorafénib n’est plus seul en première ligne du carcinome hépatocellulaire

Titre original :

Lenvatinib versus sorafenib in first-line treatment of patients with unresectable hepatocellular carcinoma: a randomised phase 3 non-inferiority trial

Auteurs :

Masatoshi Kudo, Richard S Finn, Shukui Qin, Kwang-Hyub Han, Kenji Ikeda, Fabio Piscaglia, Ari Baron, Joong-Won Park, Guohong Han*, Jacek Jassem, Jean Frederic Blanc, Arndt Vogel, Dmitry Komov, T R Jeffry Evans, Carlos Lopez, Corina Dutcus, Matthew Guo, Kenichi Saito, Silvija Kraljevic, Toshiyuki Tamai, Min Ren, Ann-Lii Cheng

Source(s) :

Article

Revue :

Lancet

Références biblio. :

Lancet. 2018 Mar 24;391(10126):1163-1173

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