Les aliments ultra transformés : rôle dans l’augmentation de l’incidence des MICI ?
Société Savante des Maladies et Cancers de l'Appareil Digestif

Domaine concerné
Physiopathologie

Degré d'innovation
Important

Avancement
Recherche clinique

Impact patient

Impact soin
Faible

Intérêt

Arrivée dans la pratique
Immédiat

Rédacteur
Docteur Romain ALTWEGG

Enthousiasme

À la une 10/03/2022

Les aliments ultra transformés : rôle dans l’augmentation de l’incidence des MICI ?

Le rôle de l’alimentation dans la physiopathologie des MICI reste assez méconnu, même si son influence, par la modification du microbiote, pourrait expliquer l’augmentation franche de leur incidence dans de nombreux pays où leur incidence était faible, suite à des changements des habitudes alimentaires, avec notamment le développement d’une alimentation de type occidentale.

 

De nombreux travaux souvent rétrospectifs ont retrouvé une association entre la consommation de viandes, de graisses, d’acides gras insaturés et l’augmentation du risque de MICI, et à l’inverse un rôle protecteur de la consommation de fibres, de fruits et de légumes. Le rôle des aliments ultra transformés, riches en sucres raffinés, en graisses alimentaires et pauvres en fibres a également été suggéré dans plusieurs travaux.

 

Il s’agit dans ce travail d’une étude prospective dans 21 pays (Europe, Afrique, Moyen-Orient, Asie, Amérique du Nord, Amérique du Sud) sur 116 087 participants de 35 à 70 ans, inclus entre 2003 et 2016 (suivi médian de 9,7 ans), s’intéressant au rôle des facteurs alimentaires sur le développement d’une MICI. La consommation d’aliments ultra transformés (viande transformée, sodas, céréales du petit déjeuner, bonbons, cookies, gâteaux, chips, frites, snacks, popcorn…) était séparée en trois catégories (<1 portion/j, 1 à 4 portions/j, et ≥ 5 portions/j). La consommation de tabac, d’alcool, de sel, de viande blanche, de viande rouge, de fruits et de légumes, ainsi que l’apport calorique étaient également étudiés.


Dans ce travail, 467 participants ont développé une MICI au cours du suivi, et la consommation d’aliments ultra transformés étaient associée à un sur-risque de MICI (HR 1,82 [1,22-2,72], p=0,006 en cas de consommation élevée (≥ 5 portions/j)) (HR 1,67 [1,18-2,37], p=0,006 si 1 à 4 portions/j). Il n’y avait pas de différence vis-à-vis de ce sur-risque lié à la consommation d’aliments ultra transformés selon l’âge des participants ou leur lieu d’habitation. La consommation de sel, de viande blanche ou rouge, de fruits, de légumes et de féculents n’était pas associée au risque de MICI.

 

Commentaires
 

Ce travail multicentrique prospectif de forte puissance montre l’impact de l’alimentation dans le développement des MICI. Il suggère notamment le rôle de la consommation d’aliments ultra transformés comme facteur environnemental, ce qui peut expliquer à la fois l’augmentation de l’incidence des MICI dans les pays occidentaux devant la consommation de plus en plus importante d’additifs et de sucres raffinés, mais également dans les pays où l’incidence était faible jusqu’à présent. Cependant, les participants inclus dans ce travail étaient des adultes de plus de 35 ans, ce qui peut expliquer le nombre plus important de patients avec RCH diagnostiqués (377 vs 90), et il semble difficile de considérer la consommation d’aliments ultra transformés comme facteur de risque en cas de formes pédiatriques de MICI.

 

Il s’agit du second travail identifiant ce type d’alimentation comme facteur de risque de développer une MICI. Pour l’heure il n’existe pas de données concernant l’impact de cette alimentation sur l’évolution des MICI déclarées. Il semble donc intéressant de conseiller d’éviter une alimentation riche en produits ultra-transformés, surtout chez les individus à haut risque de développer une MICI (ATCD familiaux de MICI).

Références
 
Titre :

Les aliments ultra transformés : rôle dans l’augmentation de l’incidence des MICI ?

Titre original :

Association of ultra-processed food intake with risk of inflammatory bowel disease: prospective cohort study

Auteurs :

Narula N, et al

Source(s) :

Article

Revue :

BJM

Références biblio. :

BMJ. 2021 Jul 14;374:n1554. doi: 10.1136/bmj.n1554.

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