Les antécédents familiaux de cancer colorectal, ça compte aussi dans les MICI !
Société Savante des Maladies et Cancers de l'Appareil Digestif

Domaine concerné
Prévention

Degré d'innovation
Important

Avancement
Validé

Impact patient

Impact soin
Important

Intérêt

Arrivée dans la pratique
Immédiat

Rédacteur
Professeur Philippe SEKSIK

Enthousiasme

À la une 25/09/2019

Les antécédents familiaux de cancer colorectal, ça compte aussi dans les MICI !

Chez les patients atteints de MICI, l’extension de la maladie colique, l’ancienneté de la maladie la sévérité de la maladie et l’association à une cholangite sclérosante primitive sont des facteurs bien identifiés.

 

Bien que les antécédents familiaux de cancer colorectal (CCR) au premier degré soient un facteur de risque bien établi dans la population générale, son rôle chez les patients atteints de MICI est moins clair.

 

Cet article tente de quantifier le risque en population.

 

Commentaires
 

Les personnes atteintes de maladies inflammatoires de l'intestin (MICI) courent un risque accru de cancer colorectal (CCR). La mortalité attribuable à la survenue d’un CCR sur MICI est de 10 à 15 % et de fait cette complication reste donc redoutée chez ces patients. Le fait d’être porteur d’une MICI augmente d’un facteur allant jusqu’à 6 (Jess et al. AM. J Gastro 2005) le risque de survenue d’un CCR. Chez les patients atteints de MICI, l’extension de la maladie colique, l’ancienneté de la maladie la sévérité de la maladie et l’association à une cholangite sclérosante primitive sont des facteurs bien identifiés. Bien que les antécédents familiaux de CCR au premier degré soient un facteur de risque bien établi dans la population générale, son rôle chez les patients atteints de MICI est moins clair. Un sur-risque a été suggéré dans une étude cas-témoins (Askling et al. Gastroenterology 2001).

 

Les auteurs de ce papier ont tenté d’évaluer en population le sur-risque de CCR chez les patients MICI ayant un antécédent familial au 1er degré de CCR.

 

A partir des bases de données très puissantes (registre du cancer de l’Utah et la base de données de la population de l’Utah), ils ont ainsi pu identifier entre le 1er janvier 1996 et le 31 décembre 2011, tous les patients ayant un cancer et une MICI et ont pu déterminer l’existence ou non d’un antécédent de CCR au 1er degré.

 

L'incidence du CCR a été comparée à celle de la population de cet état au moyen de ratios d'incidence standardisés (SIR). La variable « antécédent familial de CRR » était binaire (oui/non). Une cohorte de 9 505 personnes atteintes de MICI a été ainsi identifiée. Parmi eux 101 ont développé un CCR au cours de la période d’observation. Le SIR pour le CCR chez les patients atteints de la maladie de Crohn était de 3,4 (IC à 95 %, 2,3-4,4) et chez les patients atteints de RCH de 5,2 (IC à 95 %, 3,9 à 6,6). Les patients atteints de MICI et présentant un diagnostic concomitant de cholangite sclérosante primitive présentaient le plus grand risque de CCR (SIR, 14,8; IC à 95 %, 8,3 à 21,2). Les antécédents familiaux de CRC au 1er degré étaient associés à un risque de CRC multiplié par 8 chez les patients atteints de MICI (SIR, 7,9; IC à 95 %, 1,6-14,3), par rapport à la population générale. Les patients atteints de MICI et ayant un antécédent familial de CCR voyaient leur risque de CCR presque doubler (RR 1,88 IC à 95 % 0,8-4,3) par rapport aux MICI sans antécédent familial. Ce dernier résultat n’était pas significatif probablement lié au faible nombre de patients ayant des antécédents familiaux de CCR chez les MICI. Néanmoins, ce risque est cohérent avec les études antérieures.

 

La force de ce travail réside dans le chainage des bases de données d’un même état (en population), base de données dédiée aux cancers et base de données « généalogiques », permettant de lier des déterminants importants pour la survenue du CCR. Peu d’études de cette ampleur ont été réalisées jusqu’à présent pour répondre à la question du rôle de antécédents familiaux de CCR dans la survenue d’un CCR sur MICI. Une étude plus importante en population semble difficilement réalisable. L’étude européenne en cours I-CARE permettra probablement de répondre à cette question.

 

Les résultats suggèrent fortement d’utiliser ce critère (antécédent familial) pour calibrer le rythme de la surveillance de la dégénérescence colique chez les patients atteints de MICI. Autrement dit, les antécédents familiaux peuvent être facilement identifiés chez des patients atteints de MICI et donc indiquer la nécessité d’une surveillance accrue dans cette population.

Références
 
Titre :

Les antécédents familiaux de cancer colorectal, ça compte aussi dans les MICI !

Titre original :

Family History Associates With Increased Risk of Colorectal Cancer in Patients With Inflammatory Bowel Diseases

URL : Clin. Gastro. Hepatol. : accès au texte intégral via rubrique Revues en ligne du site SNFGE pour les membres SNFGE à jour de cotisations
Auteurs :

Samadder NJ, Valentine JF, Guthery S, Singh H, Bernstein CN, Leighton JA, Wan Y, Wong J, Boucher K, Pappas L, Rowe K, Burt RW, Curtin K, Smith KR

Source(s) :

Article

Revue :

Clinical Gastroenteroly and Hepatology

Références biblio. :

Clin Gastroenterol Hepatol 2018 Sep 26. pii: S1542-3565(18)31029-2. doi: 10.1016/j.cgh.2018.09.038.

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