Les antibiotiques influent sur l’immunisation des anti-TNFα
Société Savante des Maladies et Cancers de l'Appareil Digestif

Domaine concerné
Thérapeutique

Degré d'innovation
Important

Avancement
Validé

Impact patient

Impact soin
Important

Intérêt

Arrivée dans la pratique
Immédiat

Rédacteur
Professeur Xavier TRETON

Enthousiasme

À la une 09/02/2022

Les antibiotiques influent sur l’immunisation des anti-TNFα

La formation d’anticorps anti médicament (ADA pour anti-drug antibody en anglais), est un mécanisme majeur d’échec des traitements anti-TNFα.

 

Devant l’importance des données suggérant que le microbiote pouvait modifier la réponse aux traitements, les auteurs de ce travail ont exploré l’influence des antibiotiques sur la formation d’ADA. Pour ce faire, un registre épidémiologique issu des principaux systèmes d’assurance de santé israéliens a permis d’inclure 1 946 patients avec maladie inflammatoire chronique intestinale (MICI) disposant d’un dosage d’anti-TNFα disponible. Leur suivi médian sous traitement était de 650 jours et 363 (18,6 %) ont développé des ADA. Les prescriptions d’antibiotiques dans les 3 ans précédent le traitement par anti-TNFα étaient colligées. L’analyse (modèle de Cox) a démontré un risque accru d’apparition d'ADA chez les patients ayant reçu des céphalosporines (HR = 1,97, IC à 95 % 1,58 à 2,44) ou des pénicillines avec inhibiteurs de la β-lactamase (pénicilline-BLI, HR = 1,4, IC à 95 % 1,13 à 1,74), alors que les patients traités par macrolides (HR=0,38, IC à 95 % 0,16 à 0,86) ou fluoroquinolones (HR=0,20, IC à 95 % 0,12 à 0,35) étaient protégés de l’apparition d’ADA.

 

Les auteurs ont validé leurs résultats sur des modèles murins. Parmi les souris traitées par infliximab, une augmentation significative de la production d'ADA a été observée en cas de pré-traitement par céphalosporine par rapport aux souris prétraitées par macrolides. Les souris sans microbiote intestinal n'ont produit aucun ADA.
 

Commentaires
 

Cette étude est très intéressante car elle identifie un mécanisme méconnu modulant l’immunogénicité des anti-TNFα et permet donc d’identifier des interventions pour limiter les risques d’échec de ces traitements majeurs des MICI. En effet, ce travail plaide pour favoriser l’usage des macrolides et des fluoroquinolones chez les patients avec MICI éligibles à un traitement par anti-TNFα.

 

Plusieurs points sont à souligner :
1) L’effet des antibiotiques sur la formation d’ADA avait également été montré dans le registre européen ABIRISK, avec un moindre degré de détail ;
2) L’effet, positif ou négatif, des antibiotiques était noté jusqu’à au moins 3 ans avant l’initiation du traitement par anti-TNFα ;
3) Cet effet semble réversible, puisque chez les patients ayant été exposés à la fois à des antibiotiques péjoratifs et à des antibiotiques bénéfiques, le risque d’ADA était identique à celui des patients sans exposition aux antibiotiques et ;
4) On pourrait évoquer un biais potentiel : les patients exposés aux antibiotiques sont plus sévères car mal contrôlés par leur traitement par anti-TNFα.

 

Cependant, dans cette étude il existe un effet dose démontré des antibiotiques bénéfiques ou péjoratifs sur la formation d’ADA, identifiant un lien de causalité et non une simple association. Reste à analyser et identifier plus finement les profils de microbiote responsables d’une meilleure réponse durable aux anti-TNFα, mais l’on peut dès à présent être plus attentif à nos prescriptions d’antibiotiques chez les patients avec MICI.

Références
 
Titre :

Les antibiotiques influent sur l’immunisation des anti-TNFα

Titre original :

Antibiotic use differentially affects the risk of anti-drug antibody formation during anti-TNFα therapy in inflammatory bowel disease patients: a report from the epi-IIRN

Auteurs :

Gorelik Y et al

Source(s) :

Article

Revue :

Gut

Références biblio. :

2022 Feb;71(2):287-295. doi: 10.1136/gutjnl-2021-325185

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