Les glitazones préviennent-elles le carcinome hépatocellulaire chez les diabétiques ?
Société Savante des Maladies et Cancers de l'Appareil Digestif

Domaine concerné
Prévention

Degré d'innovation
Moyen

Impact patient

Intérêt

Arrivée dans la pratique
Futur lointain

Rédacteur
Docteur Emile-alexandre PARIENTE

Enthousiasme

À la une 23/06/2012

Les glitazones préviennent-elles le carcinome hépatocellulaire chez les diabétiques ?

Cette étude cas-témoin a été menée à Taïwan en population générale (23 millions d’habitants), nichée dans une cohorte de 606583 malades ayant un Diabète de Type 2, suivie 8 ans, dont aucun ne recevait de glitazone à l’entrée dans l’étude. Les malades ayant un cancer du foie (10741), colorectal (7200), du poumon (5361) et de la vessie (1583) ont été appariés pour l’âge, le sexe et la durée du suivi à 99538 témoins. La metformine et les sulfamides furent utilisés par 80-90% des malades, la rosiglitazone par 26% et la pioglitazone par 14%, alors que la moitié des malades a utilisé de l’insuline. 

Après contrôle pour d’éventuels facteurs de confusion (incluant notamment les autres traitements antidiabétiques et l’existence d’une maladie chronique du foie), une diminution de l’incidence du cancer primitif du foie était associée à la prise de rosiglitazone (ORa 0,73, IC95% 0,65-0,81) et de pioglitazone (ORa 0,83 ;IC95% 0,72-0,95) ; il en était de même pour la metformine (ORa 0,77, ;IC95% :0,69-0,85), alors que l’utilisation d’insuline rapide (ORa 2,35) augmentait le risque et que les sulfamides le laissaient inchangé (ORa 1,05). L’effet protecteur des glitazones était plus fort pour une dose cumulée plus élevée et/ou une durée de traitement plus longue. 

Une maladie chronique du foie (hépatite B et C essentiellement) était présente chez 83% des cas et 30% des témoins à l’entrée dans l’étude, et était plus fréquente chez les malades recevant des glitazones. La réduction du risque de carcinome hépatocellulaire ne concernait en fait que cette population (ORa 0,73 et 0,76 pour rosiglitazone et pioglitazone respectivement), avec une nette relation dose effet. Le risque de cancer colorectal était diminué (ORa 0,86) avec la rosiglitazone mais pas la pioglitazone. La prise de glitazones n’était pas associée au cancer du poumon, ni au cancer de la vessie (mais avec un ORa à 1,56 ;IC95% 0,51-4,74) pour la pioglitazone prise plus de 3 ans. 

Commentaires
 

Cette étude montre une réduction du risque ce cancer primitif du foie associée à la prise de glitazones dans une population de diabétiques de type 2 comportant une proportion élevée de maladies chroniques du foie. Il sera intéressant de savoir s'il en est de même dans les hépatopathies stéatosiques non alcooliques. Une raison de plus pour regretter que la décision de retirer la pioglitazone du marché français (sur l'augmentation du risque de cancer de vessie) sans véritable étude bénéfice-risque, et sans tenir compte des risques liés au replacement du médicament par d’autres classes d'antidiabétiques augmentant clairement les risques de cancer (insuline, et probablement glinides). Heureusement qu’il nous reste la metformine !

Références
 
Titre :

Les glitazones préviennent-elles le carcinome hépatocellulaire chez les diabétiques ?

URL : Association of Thiazolidinediones With Liver Cancer and Colorectal Cancer in Type 2 Diabetes Mellitus
Auteurs :

Chang C-H, Lin J-W, Wu L-C, Lai M-S, Chuang L-M, Chan K-A

Source(s) :

Article

Revue :

Hepatology

Références biblio. :

Hepatology 2012;55:1462-72

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