Les lésions ano-périnéales dans la maladie de Crohn et le risque de cancer : une pièce (supplémentaire) à joindre au dossier...
Société Savante des Maladies et Cancers de l'Appareil Digestif

Domaine concerné
Diagnostic

Degré d'innovation
Important

Avancement
Faisabilité technique

Impact patient

Impact soin
Important

Intérêt

Arrivée dans la pratique
Confirmation

Rédacteur
Docteur Vincent DE PARADES

Enthousiasme

À la une 21/04/2021

Les lésions ano-périnéales dans la maladie de Crohn et le risque de cancer : une pièce (supplémentaire) à joindre au dossier...

Ce travail danois visait à évaluer l'incidence des lésions ano-périnéales (LAP) et l'évolution de leur maladie de patients adultes atteints de maladie de Crohn. Pour ce faire, les auteurs ont étudié au sein d’un registre national une cohorte de 9 739 patients âgés de 18 ans ou plus, dont le diagnostic de maladie de Crohn avait été posé entre le 1er janvier 1997 et le 31 décembre 2015. 

 

Ils ont ainsi individualisé 1 812 patients ayant des LAP (19 %) dont le suivi médian était de 8,2 ans (4,1-13,3). Les fistules anales étaient la manifestation la plus fréquente, représentant 943 cas (52 %).

 
L'incidence des LAP est restée stable dans le temps. De surcroît, la fréquence des LAP n’était pas différente selon que les patients avaient été ou non traités par biothérapie avant la survenue de leurs LAP. Par ailleurs, les patients ayant des LAP avaient un risque accru de subir une chirurgie abdominale majeure (colectomie partielle ou totale, résection de l’intestin grêle et stomie de dérivation notamment) par rapport aux autres patients (hazard ratio : 1,51, IC à 95 % : 1,40 à 1,64, p <0,001). Enfin, les taux d'incidence du cancer anal et rectal étaient plus élevés chez les patients ayant des LAP, respectivement de 11,45 (IC à 9 5% : 4,70 à 27,91, p <0,001) et de 2,29 (IC à 95 % : 1,25 à 4,20, p = 0,006), par rapport à ceux de témoins appariés n’ayant pas de maladie de Crohn. En revanche, au sein de la population de maladies de Crohn, il n’y avait pas de différence significative sur ce point entre les patients ayant des LAP versus ceux n’en ayant pas.
Commentaires
 

La principale force de ce travail est d’avoir étudié une cohorte nationale en situation de « vraie vie » avec un taux très faible de perdus de vue et de biais divers. Ses résultats en sont donc d’autant plus pertinents même si l’analyse était rétrospective et qu’il manquait beaucoup d’informations sur les LAP, les biothérapies et le type histologique de cancers.


Les auteurs ont rapporté une incidence cumulative de grosso modo 20 % de LAP chez leurs patients atteints de maladie de Crohn (dont la moitié de fistules), se situant ainsi dans la borne inférieure des 20 à 30 % habituellement rapportés. 


Fait notable, ils ont contredit un travail précédent, émanant de la Mayo Clinic (Park SH, et al. Inflamm Bowel Dis 2019 ; 25 : 1054-60) et dont les auteurs avaient fait, pour la première fois, le constat que l’incidence des fistules ano-périnéales et recto-vaginales était plus élevé en cas de diagnostic de maladie de Crohn posé avant 1998 (période de moindre exposition aux biothérapies) qu’après cette date (25,8 % versus 14,5 %, p = 0,03). L’idée selon laquelle l’administration précoce d’une biothérapie permettrait peut-être de réduire l’incidence de survenue des LAP dans la maladie de Crohn reste donc à prouver (ou pas).


Ce travail danois a également démontré que les patients ayant des LAP de leur maladie de Crohn avaient un risque accru significatif de subir une chirurgie abdominale majeure par rapport aux autres patients n’ayant pas de LAP. Certaines stomies de dérivation avaient dû s’imposer dans le cadre de la prise en charge des LAP mais cela confirme aussi la plus grande sévérité de la maladie de Crohn en présence de LAP. 


Enfin, ces patients ayant des LAP avaient également un risque accru de survenue d’un cancer anal ou rectal par rapport à des sujets témoins. Cette donnée importante a déjà été suggérée par l’étude de la cohorte CESAME (Beaugerie L, et al. Clin Gastroenterol Hepatol 2018 ; 16 : 892-9) mais elle est encore (trop) peu évoquée. Dans le travail danois, n’y avait pas de différence claire entre les patients ayant des LAP versus ceux n’en ayant pas, probablement en raison de l’effectif insuffisant. Cependant, il est fort probable que la présence de LAP expose à un risque accru de ces cancers. En pratique, ces patients mériteraient peut-être une surveillance spécifique de ce point de vue. Cela plaide aussi pour un recours plus large à la vaccination contre les papillomavirus oncogènes. A étudier encore et à suivre de près...

 

Références
 
Titre :

Les lésions ano-périnéales dans la maladie de Crohn et le risque de cancer : une pièce (supplémentaire) à joindre au dossier...

Titre original :

The Incidence and Disease Course of Perianal Crohn's Disease: A Danish Nationwide Cohort Study, 1997-2015

Auteurs :

Wewer MD, Zhao M, Nordholm-Carstensen A, Weimers P, Seidelin JB, Burisch J.

Source(s) :

Article

Revue :

Journal of Crohn's and Colitis

Références biblio. :

doi.org/10.1093/ecco-jcc/jjaa118 - 2020 June

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