L'importance de la qualité en coloscopie
Société Savante des Maladies et Cancers de l'Appareil Digestif

Domaine concerné
Diagnostic

Degré d'innovation
Important

Impact patient

Intérêt

Arrivée dans la pratique
Futur proche

Rédacteur
Professeur Jean-Christophe SAURIN

Enthousiasme

À la une 10/03/2011

L'importance de la qualité en coloscopie

Ce travail s’intéresse aux cancers d’intervalle, definis par des cancers survenant, dans le cadre du dépistage du cancer colorectal, entre une coloscopie sans cancer et une seconde coloscopie programmée en fonction des constatations de la première coloscopie, en respectant les délais recommandés. Dans un registre national de dépistage du cancer colorectal en Pologne,  sur 4 ans, incluant des personnes de 40 à 65 ans, les auteurs ont relevés 42 cancers d’intervalle répondant à cette définition. Le nombre de personnes participant au programme était de plus de 40 000, représentant 188,788 personnes-années enregistrées. La répartition de ces cancers d’intervalle était la suivante : côlon proximal 28 %, côlon gauche 22 %, rectum 38 %, indéterminé 12 %. Les facteurs prédictifs de cancer manqué ont été recherchés en utilisant une analyse multivariée : les antécédents familiaux de cancer et le sexe du patients n’intervenaient pas, en revanche les cancers d’intervalle étaient plus fréquents pour des patients plus âgés. L’âge, le sexe et la spécialité (chirurgien ou gastroentérologue) de l’endoscopiste n’intervenaient pas, ni le taux d’intubation caecale. Les cancers d’intervalle ne survenaient en général pas au site d’une résection préalable d’adénome (seul 1 cas sur 42). En revanche, le principal facteur prédictif de cancer d’intervalle était le taux de détection d’adénomes spécifique de chaque endoscopiste. Pour un TDA supérieur à 20 %, il n’existait aucun cas de cancer manqué.

Commentaires
 

Plusieurs études récentes basées, soit sur des registres de cancer, soit sur des études cas-témoin à partir de registres épidémiologiques ou d’assurance maladie, montrent que le dépistage par coloscopie protège bien les patients du cancer colorectal, mais principalement pour un cancer colorectal survenant au niveau du côlon distal (au-delà de l’angle splénique). En revanche, la coloscopie n’aurait pas d’efficacité pour la prévention d’un cancer survenant au niveau du côlon proximal. L’article de Kaminsky va dans ce sens en montrant un taux bien plus élevé que prévu (28 %) de cancer proximal dans ces cancers d’intervalle. Cet article montre, par la proportion impressionnante de cancers du rectum (38 %) qu’il existe aussi un défaut de diagnostic à ce niveau, militant pour une rétrovision systématique et une attention particulière, lors du retrait, à cet étage. Le déficit de diagnostic au niveau du côlon proximal fait l’objet de nombreuses interrogations et polémiques, mais doit nous faire réfléchir à la qualité des endoscopies réalisées. Ce défaut de diagnotic peut venir de l’opérateur lui-même (défaut d’analyse de la muqueuse, retrait trop rapide), du patient (préparation incomplète), enfin de la nature des lésions coliques droites (lésions planes, clairement plus fréquentes à droite ; lésions festonnées dysplasiques, en grande majorité de localisation proximale). Le point d’intérêt majeur de cet article est de montrer qu’aucun cancer d’intervalle ne survient lorsque l’endoscopiste a un TDA, dans une indication de dépistage du cancer colorectal, supérieur à 20 %. Or, l’on sait que ce TDA d’adénomes varie en France de 6…à 48 % selon l’opérateur! A nous donc d’améliorer, individuellement, nos performances pour éviter les cancers d’intervalle.

Références
 
Titre :

L'importance de la qualité en coloscopie

URL : Quality indicators for colonoscopy and the risk of interval cancer
Auteurs :

Kaminski M-F, Regula J, Kraszewska E, Polkowski M, Wojciechowska U, Didkowska J, Zwierko M, Rupinski M, Nowacki M-P, Butruk E

Source(s) :

Article

Revue :

New England Journal of Medicine

Références biblio. :

N Engl J Med. 2010 May 13;362(19):1795-803

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