L’ustekinumab, pas encore un traitement validé de la maladie de Crohn
Société Savante des Maladies et Cancers de l'Appareil Digestif

Domaine concerné
Thérapeutique

Degré d'innovation
Moyen

Impact patient

Intérêt

Arrivée dans la pratique
Futur proche

Rédacteur
Professeur Guillaume CADIOT

Enthousiasme

À la une 28/11/2012

L’ustekinumab, pas encore un traitement validé de la maladie de Crohn

L’ustekinumab, déjà commercialisé en France sous le nom de Stelara® avec une AMM dans le traitement du psoriasis, est un anticorps monoclonal humain qui bloque l’activité de l’interleukine 12 et de l’interleukine 13. L’objectif de cette étude internationale était d’évaluer l’efficacité et la tolérance de l’ustekinumab dans le traitement de la maladie de Crohn modérée à sévère résistante aux anti-TNF. Il s’agissait d’une étude multicentrique, randomisée, comparant une dose iv du produit (1, 3 ou 6 mg/kg) au placebo administrés à S0 puis, dans une étude de maintenance, comparant à S22 l’effet de l’ustekinumab 90 mg sc au placebo administrés à S8 et S16 (nouvelle randomisation). Les malades devaient avoir une maladie de Crohn active (CDAI 220-450), avec résistance ou intolérance aux anti-TNF. Ils pouvaient être traités par immunosuppresseurs ou par corticoïdes < 40 mg/j ou budésonide < 9 mg/j. Les anti-TNF devaient avoir été arrêtés depuis au moins 8 semaines. Le critère primaire d’efficacité (réponse clinique à S6 définie par une diminution du CDAI > 100 ou par un CDAI < 150 si CDAI initial < 248) a été atteint chez 39,7% des patients traités par la dose de 6 mg/kg vs 23,5% dans le groupe placebo. Les taux étaient respectivement de 36,6% et 34,1% pour les doses de 1 et 3 mg/kg. A S8, une réponse clinique était obtenue chez 43,5% des malades traités par la dose de 6 mg/kg contre 17,4 % avec le placebo. Les taux de réponse clinique à S6 étaient significativement plus élevés chez les malades ayant eu un échec secondaire des anti-TNF (échappement) ou un échec de 2 anti-TNF et chez ceux ayant une maladie la plus active. Les taux de rémission clinique (CDAI < 150) n’étaient pas significativement différents à S6 et S8 entre les 3 doses d’ustekinumab et le placebo. Dans la phase de traitement d’entretien, il a été montré une différence significative en faveur de l’ustekinumab chez les malades qui avaient eu une réponse initiale : réponse clinique à S22 69,4% vs 42,5% et rémission clinique 41,7% vs 27,4%. Les effets secondaires, évalués sur une période totale de 36 semaines, n’étaient pas différents de ceux observés sous placebo.

Commentaires
 

Cette étude montre que l’ustekinumab entraine une amélioration clinique significative par rapport au placebo mais pas d'amélioration de la rémission. Les résultats positifs dans les groupes ayant une maladie paraissant la plus sévère sont encourageants et justifient la poursuite des études mais pas de son utilisation en dehors des études en cours (UNITI notamment). Compte tenu de l’AMM dans le psoriasis, certains pourraient avoir tendance à profiter de celle-ci pour administrer l’ustekinumab chez les sujets ayant une réaction psoriasiforme aux anti-TNF. Il faut bien évidemment éviter de le faire, d’une part car l’efficacité du produit dans la maladie de Crohn n’est pas démontrée et d’autre part car il faut privilégier l’inclusion dans des essais, justement pour pouvoir tester les nouvelles thérapeutiques. La tolérance du produit est bonne. A suivre donc…

Références
 
Titre :

L’ustekinumab, pas encore un traitement validé de la maladie de Crohn

Titre original :

Ustekinumab induction and maintenance therapy in refractory Crohn's disease

Auteurs :

Sandborn WJ, et al

Source(s) :

Article

Revue :

New England Journal of Medicine

Références biblio. :

N Engl J Med 2012;367:1519-28

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